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08/12/2016

Pour Rocard, l’Europe ne peut redémarrer que sans les Anglais

Politique

Pour Rocard, l’Europe ne peut redémarrer que sans les Anglais

Ardent défenseur de l’Europe, Michel Rocard, ancien Premier ministre socialiste français, et député européen de 1994 à 2009, se désespère de voir s’étioler le projet européen, dans une interview avec le journal l’Opinion.

Lâcheté des dirigeants européens, manque de solidarité, promesses non tenues et mauvaise gouvernance… pour Michel Rocard, si l’UE ne va pas bien, c’est surtout à cause du manque de vision commune du projet européen.

Interrogé sur la position du Royaume-Uni, l’ancien Premier ministre a déclaré que Londres n’incluait pas l’Europe dans sa vision du monde et ne lâcherait pas une once de souveraineté.

Michel Rocard s’est positionné en faveur du Brexit, affirmant que « l’Europe ne pourra être relancée sans que les Anglais en sortent ». À ses yeux, une Europe nouvelle est une Europe sans le Royaume-Uni.

>> Lire : Le départ de la Grande-Bretagne, condition de la reconstruction de l’UE

« Tant qu’ils seront là, on ne pourra pas mettre à l’ordre du jour la rénovation de la communauté. Le paradoxe est que la City pousse le pays à y rester. Les financiers profitent du désordre européen pour faire des affaires », a-t-il expliqué au journaliste Pascal Airault.

Fédéralisme

Pour Michel Rocard, les États européens n’ont pas su créer le cadre règlementaire qui aurait dû accompagner l’élargissement de l’UE. « La destruction de l’Europe est aussi liée à la complexification du processus de décision à 28. Les Européens ont été incapables de modifier les règles de fonctionnement lorsque l’on est passé de 6 à 12 États membres, puis au-delà », a-t-il affirmé au journal l’Opinion.

Selon lui, ni le traité de Maastricht ni ceux d’Amsterdam, de Nice ou de Lisbonne n’ont permis de définir un processus de décision plus intégré, ou de retrouver l’enthousiasme fédéralisant des fondateurs de l’Europe.

Démocratie locale

Interrogé sur les relations de l’UE et de la Turquie dans le contexte de la crise des réfugiés, Michel Rocard a déclaré qu’il ne fallait rien attendre d’un dirigeant turc « en pleine dérive autocratique ». D’après lui, l’Union européenne ne parvient pas à résoudre cette crise, car elle n’a pas de projet commun. Il a toutefois souligné l’attitude de la chancelière allemande : « seule Merkel a sauvé l’honneur humanitaire de l’Europe, même si c’est en partie motivé par le déclin démographique de son pays et son besoin de main-d’œuvre ».

>> Lire : Merkel place 2016 sous le signe de l’accueil des réfugiés

Michel Rocard a salué l’action des maires et de leurs municipalités, qui parviennent à faire face à l’arrivée des réfugiés. Selon lui, il est nécessaire de « réinventer des mécanismes de démocratie locale en consultant les municipalités », mais surtout de s’attaquer à l’origine du problème, en Syrie et en Afrique subsaharienne.

Relancer l’emploi pour lutter contre les extrêmes

Pour relancer l’économie européenne, l’ancien eurodéputé conseille de lire Joseph Stiglitz ou Paul Krugman et de mettre l’accent sur la croissance, les investissements, qu’ils soient publics ou privés, la recherche et l’innovation et l’industrialisation. Selon lui, il faut investir dans des secteurs porteurs tels que les véhicules hybrides et libérer les liquidités des marchés spéculatifs.  « Hélas, il faudra convaincre les ministres des Finances qui ont une approche monétariste. La relance de l’emploi est la meilleure façon de lutter contre l’extrême droite et les populistes », a-t-il conclu.

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