Pourquoi la France reste seule ou presque en première ligne face aux terroristes

La création d'une Europe de la défense est bloquée depuis des années. [Crédit : [seneweb / flickr.com]

À l’exception de la France et de la Grande-Bretagne, très peu de pays européens sont prêts à aller se battre sur des théâtres d’opérations contre Daech. Londres et Paris sont en première ligne contre le terrorisme international. Un article de notre partenaire la Tribune.

« Quand l’Europe de la Défense aura la capacité d’intervenir immédiatement, ce sera dans 150 ans ! ». Quel homme politique français a tenu de tels propos dans une interview accordée à la « Voix du Nord » en février 2013 ? Ils ont été prononcés par… le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qui avait eu ce jour-là un discours de vérité sur les faiblesses de l’Europe dans le domaine de la diplomatie, de la défense et de l’engagement des forces armées.

Pour que cela change, « il faudrait que l’Europe ait un gouvernement unifié, une assemblée européenne et une autorité militaire communes. Je ne sais pas si on verra ça », avait-il précisé.

Tout est vraiment dit dans ces propos chocs de Jean-Yves Le Drian sur l’Europe de la Défense. Et de poser la question : « Consulter les 27 pays membres ? Tout cela est du bla-bla ». Le Mali ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Quand le président malien par intérim a appelé à l’aide face à la menace djihadiste, il s’est tourné directement vers la France.

« Le président du Mali nous a appelés à l’aide le 10 (janvier, ndlr). La décision d’intervenir a été prise par le président (François Hollande, ndlr) le 11 à 12h30, j’y étais. Et nos forces ont commencé à arriver à 17 heures ». Jamais l’Europe n’aurait pu prendre une décision aussi rapidement même en cas d’urgence absolue. Ce qui était le cas au Mali puisque les djihadistes fonçaient vers le sud, et plus précisément vers Bamako.

La France et la Grande-Bretagne en première ligne

À l’exception de la Grande-Bretagne notamment, la France a d’une façon générale choisi de faire la guerre au terrorisme international. Ses forces armées combattent en même temps dans la bande sahélo-sahélienne, en Irak et en Syrie où elle a entre autres déployé le porte-avions Charles-de-Gaulle et de nombreux avions de combat (18 Rafales, 6 Mirages 2000D, 9 Super-Etendard).

Contrairement à la plupart des pays européens qui y participent du bout des orteils, notamment l’Allemagne. Angela Merkel a envoyé une quarantaine d’instructeurs en Irak et en Syrie. Seuls les Pays-Bas, la Belgique, le Danemark et l’Italie ont envoyé quelques avions pour combattre au sein de la coalition internationale en Irak et en Syrie.

D’ailleurs le général François Lecointre, ancien commandant de l’opération de l’Union européenne au Mali, avait bien résumé dans une interview accordée à « La Croix » en février 2014, l’état d’esprit des Européens lors de l’opération Serval.

« L’Union européenne a une réelle capacité d’action quand la volonté politique est là, qui permet d’assouplir les procédures, avait-il souligné. Pourvu qu’on n’ait pas l’ambition d’envoyer des troupes d’autres pays européens au combat, alors le consensus peut se faire. Les Européens, dans ce cas précis, ont accepté la mission de formation ». Une participation a minima qui ne prévoit pas d’aller au combat… Seule la France ou presque s’y colle.