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03/12/2016

Martin Schulz se lance à l’assaut de la politique allemande

Politique

Martin Schulz se lance à l’assaut de la politique allemande

Martin Schulz et Sigmar Gabriel, vice-chancelier.

[European Parliament]

Martin Schulz, footballeur redouté pour ses tacles défensifs à son époque, a décidé de quitter le Parlement européen pour conquérir les plus hauts niveaux de son parti, et de la politique allemande.

« Je ne me présenterai pas à un troisième mandat de président du Parlement européen », a déclaré Martin Schulz le 24 novembre, mettant un terme à des mois de spéculation dans la sphère européenne. « L’an prochain, je me présenterai au Bundestag allemand, comme tête de liste du SPD pour la Rhénanie du Nord-Westphalie. »

Après une longue réflexion, et alors que s’allongeait la liste des rumeurs sur son avenir, le président du Parlement a donc choisi de retourner à la politique allemande une fois son mandat terminé, en janvier, a indiqué un de ses assistants. Une surprise pour nombre d’observateurs, qui comptaient sur la trinité Juncker-Tusk-Schulz pour un troisième mandat parlementaire.

Selon son équipe, l’Allemand a cependant décidé qu’il était temps de se fixer, « ni trop tôt, ni trop tard ». Il estime également que le contexte politique actuel, à la fois en Europe et en Allemagne, était le bon pour une décision.

Son parti, le Parti social-démocrate (SPD), choisira ses candidats pour les élections nationales de 2017 au mois de janvier. C’est également à ce moment que la chancelière, Angela Merkel, nominera un nouveau ministre aux Affaires étrangères.

La décision de Martin Schulz tombe à un moment difficile pour l’Europe. Le 4 décembre, l’Italie se rend aux urnes pour un référendum constitutionnel dangereux pour Matteo Renzi, le Premier ministre, alors même que Rome peine à maintenir à flot un système bancaire défaillant. Le même jour, les Autrichiens voteront à nouveau pour leur président, qui, selon les sondages, pourrait être Norbert Hofer, le candidat d’extrême-droite.

 « Je reste ici »

À 60 ans, Martin Schulz a jusqu’ici toujours minimisé ses ambitions avant sa décision finale. « Dans ma carrière politique, j’ai accompli plus que ce que je rêvais, que pourrais-je imaginer pour mon avenir ? Je reste à mon poste ici et à ses responsabilités », avait-il déclaré juste avant le référendum sur le Brexit.

Ces derniers mois, les rumeurs sur son retour probable en Allemagne et une candidature possible à la chancellerie n’ont pourtant pas cessé d’enfler.

Les chances des socialistes de remporter la chancellerie son minces, mais le candidat du deuxième plus grand parti du pays pourrait se voir attribuer un rôle important dans le prochain gouvernement de coalition. C’est d’ailleurs la même stratégie qui a propulsé le candidat à la tête du Parlement européen en 2014.

Une occasion s’est par ailleurs présentée après la décision d’Angela Merkel de nommer Frank-Walter Steinmeier, ministre des Affaires étrangères SPD, à la présidence du pays. Le vide ainsi créé a servi de tremplin pour un retour de Martin Schulz dans la politique nationale. Un poste ministériel lui offrirait en effet la plateforme dont il a besoin pour améliorer sa visibilité en Allemagne.

Le président du Parlement a cependant hésité jusqu’au dernier moment, comme en témoigne un commentaire de l’eurodéputé Udo Bullmann après s’être entretenu avec lui suite à la nomination de Frank-Walter Steinmeier : « Je pense qu’il restera  pour un troisième mandat ».

Reste à voir si Martin Schulz deviendra ministre, ou parviendra à prendre la tête du SPD. Selon ses assistants, il a « une relation amicale très étroite » avec le vice-chancelier et actuel dirigeant du SPD, Sigmar Gabriel. Ce dernier a été encensé après avoir convaincu Angela Merkel de nommer Frank-Walter Steinmeier à la présidence.

Trop de consensus ?

Martin Schulz, ancien libraire et défenseur dans une équipe de football, s’est construit une réputation de faiseur de consensus, notamment en développant une relation étroite avec Jean-Claude Juncker, son ancien rival des élections européennes et actuel président de la Commission.

>> Lire : Juncker soutient Schulz pour un troisième mandat à la tête du Parlement

« Martin Schulz est, dans le meilleur sens du terme, un Européen combattif », a déclaré Jean-Claude Juncker. « C’est un Européen modèle, déterminé, infatigable, sérieux mais doté d’un sens de l’humour, plein de force et, avant tout, animé d’une conviction totale. »

De fait, l’Allemand a été un pilier essentiel de la « grande coalition » formée au Parlement européen par les Socialistes et Démocrate (S&D) et le Parti populaire européen (PPE), une réplique presque exacte de la coalition de Berlin entre le SPD et les Démocrates-chrétiens d’Angela Merkel.

« Le Parlement européen a énormément bénéficié de sa direction et de son engagement, à la fois en termes de reconnaissance auprès de l’opinion publique et en ce qui concerne l’influence du Parlement sur le processus législatif européen », a quant à lui assuré Manfred Weber, qui dirige le PPE.

Si Jean-Claude Juncker et Martin Schulz défendent les bénéfices de leur relation pour le projet européen, certains observateurs ont au contraire fait remarquer que l’amitié des deux plus grands partis européens nuisait à leur responsabilité, et donc à l’UE.

L’un des plus récents exemples de cela a été la décision du président du Parlement de ne pas imposer une audience parlementaire à Günther Oettinger, qui change de portefeuille au sein de la Commission et gérera bientôt le budget. La conférence des présidents a suivi les conseils de Martin Schulz et organisé un « échange d’opinions » sur des questions liées au budget, au lieu de l’habituelle audience. Un soulagement pour le commissaire, qui a beaucoup fait jaser ces derniers temps.

>> Lire : Oettinger pourrait changer de portefeuille sans passer par le Parlement

Günther Oettinger a également été protégé de ces récentes controverses, et notamment un voyage vers Budapest à bord de l’avion privé d’un lobbyiste proche du Kremlin.

« Imaginons un instant qu’une telle situation ait lieu, par exemple, en Allemagne. Le ministre en question aurait déjà dû démissionner après une telle conduite », assure Benedek Jávor, eurodéputé Vert hongrois, qui a mené les protestations au Parlement. « C’est exactement ce genre de comportements qui nuit à la confiance vis-à-vis des institutions européennes et alimente l’euroscepticisme. Ils n’ont rien appris des scandales politiques récents. »

De grandes ambitions

Une élection à la chancellerie serait le sommet d’une carrière politique entamée en tant que maire de Würselen quand Martin Schulz avait 31 ans. En 1994, il est ensuite devenu membre  du Parlement européen. Ceux qui ont rencontré le jeune socialiste à cette époque ne doutaient pas qu’il irait plus loin.

« Depuis qu’il a rejoint le Parlement, il a de grandes ambitions », indique la socialiste Enrique Barón Crespo, alors président de l’institution.

Quelques années avant le début de cette carrière, à 24 ans, le jeune homme est pourtant passé par une période sombre. Alcoolique et impulsif, il avait notamment rompu tout contact avec sa famille et ses amis, et était en proie à des tendances suicidaires.

« À certain moment de ma vie, j’ai su que si je ne changeais pas complètement ma vie, j’étais perdu », a-t-il confié.

Six ans après, il avait troqué l’alcool pour le jus de pomme et était le plus jeune maire jamais élu à Würselen, la ville où il a grandi.

En juillet 2003, il a fait la une des médias après une altercation avec Silvio Berlusconi lors d’une séance plénière du Parlement européen. Le chef d’État l’avait alors comparé à un garde de camp de concentration nazi.

Adolescent, Martin Schulz ne rêvait pourtant pas d’une carrière politique et espérait devenir footballeur professionnel. « C’était un défenseur aux talents techniques plutôt faibles », se souvient Cornelis Simons, un ami d’enfance, en riant. « Le genre contre qui on n’a pas envie de jouer. »

Son père était policier, et régulièrement posté à la protection des dignitaires participant à la remise du prix Charlemagne international, à Aix. En 2015, son fils y a reçu un prix.

« J’ai eu la chance de vivre une vie fascinante », estime Martin Schulz aujourd’hui.

Il n’est cependant pas au bout de ses peines. L’ancien défenseur s’apprête en effet à jouer son match le plus rude face à Angela Merkel, considérée comme dernière gardienne des idéaux occidentaux après l’élection de Donald Trump aux États-Unis.