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04/12/2016

Les discussions stratégiques sur la Russie vont éviter le sujet des sanctions

Politique

Les discussions stratégiques sur la Russie vont éviter le sujet des sanctions

Gros plan sur la cathédrale Basile le Bienheureux sur la place Rouge à Moscou. [Mariano Mantel/Flickr]

Les dirigeants européens vont passer en revue toute la gamme de coopération « sélective » avec Moscou – y compris dans le conflit syrien – lors du Conseil européen à Bruxelles. La prolongation des sanctions imposées à Moscou n’est cependant pas à l’ordre du jour.

Les 28 États membres se garderont « délibérément » d’envisager toute sanction supplémentaire sur la Russie pour son soutien militaire au régime de Bachar Al-Assad en Syrie et son incapacité à appliquer les accords de paix de Minsk en Ukraine, ont indiqué des diplomates à Bruxelles.

La Pologne et les pays baltes se sont empressés de demander l’ajout de noms à la liste des personnalités russes frappées par des sanctions européennes, mais « n’ont pas insisté », a assuré un haut diplomate.

L’implication de la Russie dans le conflit syrien sera abordée durant le sommet, mais personne « n’a très envie de prolonger les sanctions vis-à-vis de Moscou ».

>> Lire : L’Allemagne et la France haussent le ton face à Moscou

Au Parlement européen, les eurodéputés ont adopté une position plus agressive. Le Parti populaire européen (PPE) de centre droit, les libéraux (ALDE) et les Verts ont co-signé une lettre conjointe appelant à des « sanctions plus strictes contre Moscou » lors de l’ouverture du sommet européen aujourd’hui.

« L’UE doit utiliser des leviers concrets pour faire cesser les crimes de guerre de la Russie en Syrie. Pour cela, imposer des sanctions plus sévères visant Poutine et son cercle intime est le moyen le plus efficace à court terme », a déclaré Guy Verhofstadt, chef de file de l’ALDE.

Il est cependant peu probable que les choses se passent ainsi. « Je pense que cette discussion manque d’oxygène », a déclaré un diplomate. Un point de vue partagé par un autre responsable qui a souligné que les sanctions existantes avaient déjà été renouvelées pour l’automne et ne feront pas l’objet de discussions jusqu’à leur expiration en janvier et mars de l’année prochaine.

« Discussion sérieuse »

Le « rôle néfaste » de la Russie en Syrie sera néanmoins fermement dénoncé. Et les responsables des crimes de guerre en Syrie devront répondre de leurs actes devant les tribunaux internationaux, ont commenté les deux diplomates.

Par ailleurs, même si les sanctions ne seront pas à l’ordre du jour, la discussion sur la Russie « ne sera pas simplement théorique ». « Le débat va être très sérieux », a prévenu un diplomate.

La politique européenne « d’engagement sélectif » avec la Russie dans un large éventail de problématiques d’affaires étrangères sera discutée, avec entre autres le processus de paix au Moyen-Orient, la Syrie, mais aussi « le climat, l’Arctique, la sécurité maritime, l’éducation, la recherche et la coopération transfrontalière ».

>> Lire : L’UE condamne les bombardements russes en Syrie

Lors du sommet d’aujourd’hui, certains États membres appelleront l’UE à revoir entièrement cette politique d’engagement sélectif, présentée en juin par la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini. Certains dirigeants européens risquent d’exprimer leurs inquiétudes vis-à-vis des lobbys, médias ou groupes politiques financés par la Russie et opérant sur leur territoire.

Engagement sélectif

Selon un diplomate, l’engagement sélectif « signifie faire part à la Russie de nos demandes et de nos attentes pour qu’elle fasse son possible pour mettre un terme aux attaques meurtrières perpétrées sur les civils à Alep et prenne des mesures immédiates pour donner libre accès à l’aide humanitaire ». « Je pense que le Conseil européen appellera à la cessation immédiate des hostilités. »

Pour Fredrik Wesslau, du Conseil européen des relations internationales (ECFR), l’engagement sélectif n’est pas un changement de politique en soi, mais plutôt l’application des politiques existantes. « C’est l’un des cinq principes directeurs accordés en mars dernier pour les relations UE-Russie. D’une certaine manière, l’UE s’est engagée de manière sélective depuis l’annexion de la Crimée. »

« Reste à savoir maintenant si l’UE a un intérêt à s’engager dans d’autres domaines avec la Russie », a expliqué Fredrik Wesslau. « Au vu des événements des dernières semaines, il semble néanmoins difficile d’envisager de nouvelles grandes initiatives. Dans la mesure où il y aurait de nouvelles voies pour un engagement, celui-ci sera surement technique. »

Selon lui, la politique de l’UE envers la Russie doit trouver un équilibre entre les pays poussant à plus d’engagements et ceux qui demandent davantage de mesures restrictives comme les sanctions. « Cela va certainement ressortir des discussions du Conseil européen. Il est important que l’UE affirme sa politique – mais je ne crois pas qu’un changement majeur de politique sortira des discussions », a-t-il estimé.

Parmi les membres de l’UE, les pays du sud cherchent généralement à entretenir de bonnes relations avec la Russie, a rappelé un diplomate. Parmi eux, l’Espagne, l’Italie, la Grèce, Chypre et le Portugal. La Pologne est beaucoup plus agressive vis-à-vis de la Russie, alors que la Slovaquie et la Hongrie cherchent à maintenir de bonnes relations avec Moscou.

La France adopte quant à elle une position plus neutre. L’Allemagne, elle, est fortement dépendante du gaz russe et ne veut pas mettre cela en danger même si Berlin n’ose pas l’admettre publiquement, a indiqué le diplomate.

Pour Vladimir Chizhov, ambassadeur russe auprès de l’UE à Bruxelles, tout n’est pas blanc ou noir en ce qui concerne les relations avec la Russie. Il ne souhaite pas diviser les États membres de manière aussi catégorique. « Ce sont 28 nuances de gris », a-t-il commenté.

Contexte

Jusqu’à l’annexion illégale de la Crimée, l’Union européenne qualifié la Russie de « partenaire stratégique ». Mais dans la nouvelle stratégie globale de l’EU pour la politique étrangère et de sécurité, dévoilée fin juin, le bloc qualifie désormais la Russie de « enjeu stratégique ».