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02/12/2016

La présidence slovaque compte réconcilier l’est et l’ouest

Politique

La présidence slovaque compte réconcilier l’est et l’ouest

Ivan Korčok [Georgi Gotev]

La Slovaquie prendra bientôt la présidence tournante de l’UE. En bonne place parmi ses objectifs : remédier à la fragmentation de l’UE, selon Ivan Korčok, ministre des Affaires européennes.

Le 12 mai, lors d’une rencontre avec un petit groupe de journalistes, Ivan Korčok ancien représentant permanent de la Slovaquie auprès de l’UE aujourd’hui ministre des Affaires européennes a identifié les grandes priorités de la présidence slovaque, qui commence le 1er juillet.

Le programme officiel de la présidence ne sera cependant dévoilé que deux jours avant la passation de pouvoir entre les Pays-Bas et la Slovaquie.

Deux incertitudes

Selon le ministre, deux incertitudes planent sur la présidence de son pays. La Slovaquie devra en effet adapter son programme au résultat du référendum britannique sur l’Europe, qui se déroulera le 23 juin, et sur les décisions du Conseil qui suivront le vote, les 28 et 29 juin. Bratislava n’aura donc qu’une journée pour fignoler ses priorités.

Si les Britanniques décident de rester dans l’Union, la présidence se concentrera sur l’application de l’accord offert par l’UE à David Cameron, indique Ivan Korčok. En cas de Brexit, Bratislava dépendra de l’issue du sommet du Conseil.

La « situation migratoire » est un autre point d’interrogation pour la prochaine présidence, déclaré Ivan Korčok, évitant les mots « crise des réfugiés ».

Faire face aux divisions

Le ministre assure que la présidence slovaque sera guidée par deux principes principaux. Il s’agira tout d’abord de « faciliter l’élimination de la fragmentation de l’Europe ». « Il faut affronter et supprimer les divisions qui se creusent », défend-il.

Une intention un peu étonnante, puisque la Slovaquie fait partie des pays qui exacerbent ces divisions dans le cadre de la crise de l’immigration, de manière individuelle et en tant que membre du groupe de Visegrád (qui comprend aussi la Pologne, la République tchèque et la Hongrie). Les quatre États se sont en effet opposés à de très nombreuses reprises aux solutions pan-européennes à la crise migratoire.

Les divisions est-ouest sont également visibles sur d’autres fronts. Le 11 mai, il a été révélé que les parlements de tous les pays d’Europe centrale et de l’est avaient utilisé la procédure de « carton jaune » et ainsi réussi à envoyer en révision la proposition de la Commission sur les travailleurs détachés.

>> Lire : Les négociations sur les travailleurs déplacés s’annoncent houleuses

Deuxième grand principe : « offrir un résultat à nos citoyens ». « Nous sommes conscients de grandes attentes en Europe, et en Slovaquie, pour que l’intégration européenne produise des effets tangibles et spécifiques pour les citoyens », souligne Ivan Korčok.

Quatre pierres angulaires

Après y avoir mûrement réfléchi, les autorités avaient décidé que le programme de la présidence serait fondé sur quatre pierres angulaires.

La première, a expliqué le ministre aux Affaires européennes, est économique et fiscale. Bratislava cherche encore un slogan à la hauteur de ses ambitions. Le budget européen pour 2017, l’examen à mi-parcours du budget 2013-2020, qui sera réalisé sans changer les principes principaux, le budget européen post-2020 et l’Union économique et monétaire font tous partie de ce pilier. Il souhaite aussi aider les PME à accéder au potentiel européen.

Le deuxième pilier se composera des projets importants du marché intérieur européen, et notamment du marché unique numérique et de l’Union de l’énergie. Si l’UE parvient à régler des questions comme le géoblocage ou la portabilité des données, les citoyens s’en féliciteront, a-t-il continué.

Enfin, l’immigration. Sans entrer dans le détail, Ivan Korčok a indiqué qu’il était important que l’UE décide du type d’immigration qu’elle veut. La présidence slovaque défendra la nécessité de mettre en place une immigration durable, couplée à une politique d’asile à long terme. Le problème n’est pas la migration, qui existe depuis des siècles, mais le fait que la migration soit devenue ingérable, souligne-t-il.

>> Lire : Les pays de Visegrad s’opposent à la réforme de la politique d’asile

La discussion de la proposition présentée par la Commission la semaine dernière ne sera pas facile, estime-t-il. Les recommandations de l’exécutif pour la prolongation des contrôles aux frontières internes dans l’espace Schengen montrent que la protection des frontières externes pose encore problème. Ivan Korčok indique que la présidence slovaque pourrait rendre le corps de garde-côtes européen opérationnel d’ici la fin de son mandat.

Il estime possible la conclusion d’un accord important sur les frontières intelligentes. Ces dernières comprennent l’assurance d’un certain confort de voyage pour les citoyens européens, tout en maintenant des contrôles pour les personnes n’ayant pas de visas pour l’espace Schengen, précise-t-il.

>> Lire : Le groupe de Visegrad oppose un refus sans appel aux quotas de réfugiés

L’action externe européenne, et notamment commerciale, se trouverait dans le quatrième pilier. Cela inclurait donc les accords du TTIP et du CETA et la question du statut d’économie de marché de la Chine.

La Slovaquie est un pays favorable à l’élargissement, assure le ministre, qui ajoute que les noms des pays qui font des progrès devraient être mentionnés dans les conclusions du sommet du mois de décembre. Il faut vaincre le défaitisme et la division est-ouest en Europe, conclut le diplomate, qui estime que la présidence slovaque arrive au bon moment.

Des sources de Bratislava ont révélé à EurActiv que le pays demanderait à ses partenaires du groupe de Visegrád de mettre un frein à leur rhétorique anti-immigration durant les six mois de sa présidence.

Jusqu’à récemment, la Slovaquie était pourtant au premier rang de l’attaque contre les solutions possibles proposées par la Commission pour résoudre la crise des réfugiés.

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