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06/12/2016

Les Espagnols craignent un nouveau blocage après les élections

Politique

Les Espagnols craignent un nouveau blocage après les élections

Affiches du film Un jour sans fin

Les Espagnols, qui se rendent aux urnes le dimanche 26 juin, craignent que l’impasse politique des dernières élections ne se répète. Un article d’EurActiv Espagne.

Depuis les élections nationales du 20 décembre, lors desquelles aucun parti n’a atteint la majorité nécessaire de 176 sièges au parlement pour pouvoir former un gouvernement stable, l’Espagne est dirigée par un gouvernement intérimaire.

Comme dans le film américain Un jour sans fin, histoire d’une boucle temporelle, d’une journée qui ne cesse de se répéter, les Espagnols craignent de voir le blocage gouvernemental se répéter lors des nouvelles élections. du 26 juin.

Impasse politique

Pourtant, le Premier ministre par intérim Mariano Rajoy (Parti populaire), le chef de file du parti socialiste (PSOE) Pedro Sánchez et le leader centriste Alberto Rivera (Ciudadanos) avaient multiplié les tentatives afin de rallier une majorité parlementaire, en vain.

La situation a évolué de manière peu surprenante. Déjà en février, Mariano Rajoy prédisait que l’Espagne aurait « très probablement » à organiser de nouvelles élections en juin, après des mois d’impasse politique.

>> Lire : Jeu d’échecs pour la formation d’un gouvernement en Espagne

Au vu des derniers sondages laissant entrevoir un scénario semblable à celui de l’après 20 décembre, la question clé est de savoir s’il sera possible de former une alliance et d’éviter une troisième élection.

Ce scénario extrême n’est pas à exclure, même si les responsables des quatre principaux partis ont promis de faire leur possible pour éviter que l’histoire ne se répète.

Aucun vainqueur n’est sorti gagnant du débat du 13 juin entre Mariano Rajoy, Pedro Sánchez, Alberto Rivera et Pablo Iglesias, le chef de file du parti de gauche et anti-austérité Podemos et aucune coalition ne semble possible.

« La patate chaude » de la Catalogne

Même un débat entre représentants de sept partis le 20 juin n’a pas aidé à clarifier la situation. Comme lors de la dernière campagne électorale, les nationalistes catalans ont insisté sur le fait qu’ils soutiendraient un Premier ministre qui respecterait le droit des Catalans à décider de leur sort (selon une récente étude, 47,8 % des 7,5 millions de citoyens catalans rejettent l’indépendance).

La Catalogne est un des principaux obstacles à la formation d’un gouvernement de coalition entre le PSOE et Podemos (avec l’aide d’autres petits partis), à cause de la profonde division entre les deux partis sur le futur référendum sur l’indépendance de la communauté autonome catalane, une des régions les plus riches d’Espagne.

>> Lire : « Sans aucun doute, la Catalogne sera indépendante »

Le PSOE, le PP et Ciudadanos s’opposent à un referendum, qu’ils qualifient d’« anticonstitutionnel », mais en interne, certains responsables politiques de ce « bloc constitutionnel » sont favorables à l’ouverture d’un débat sur une éventuelle réforme de la Constitution espagnole (adoptée en 1978) pour étendre les compétences de la Catalogne.

Le PSOE défend la réforme constitutionnelle qui permettrait de reconnaitre le statut exceptionnel de la Catalogne sans expressément lui céder sa souveraineté, une manière de sortir de l’impasse actuelle.

Le PSOE, une troisième force ?

Faisant référence aux socialistes et à Ciudadanos, Mariano Rajoy a renouvelé son appel à une collaboration avec le PP pour défendre l’unité du pays face au mouvement séparatiste de la région catalane. Mais l’idée d’une grande coalition se dissipe, puisque le PSOE s’y oppose clairement.

Malgré une campagne politique tendue et parfois amère, qui était censée définir les préférences des citoyens, les sondages indiquent que les élections de dimanche seront à l’image de celles de décembre. Des négociations, des pactes et des alliances seront donc nécessaires.

Une enquête réalisée par Metroscopia et publiée par El Pais le 19 juin montre que le PP remportera 29 % des votes (contre 28,7 % en décembre), la nouvelle coalition de gauche Unidos-Podemos récoltera 26 % des voix, les socialistes monteront sur la troisième marche du podium, avec 20,5 % des votes et Ciudadanos terminera quatrième avec 14,5 %. Pour Pedro Sánchez, se faire dépasser par Podemos est un scénario cauchemardesque.

Comme lors des dernières élections, des affaires de corruption dans tous les partis – notamment au sein du PP et du PSOE – ont entaché la campagne. Pedro Sánchez et Alberto Rivera ont farouchement attaqué Mariano Rajoy pour ses liens supposés avec l’ancien trésorier du PP, Luis Bárcenas, actuellement poursuivi pour blanchiment d’argent, évasion fiscale et corruption.

>> Lire : Le premier ministre espagnol est à nouveau accusé de corruption

Podemos, le cheval de Troie ?

L’actuel puzzle politique espagnol est particulièrement complexe surtout à cause de l’animosité à l’encontre de Mariano Rajoy. Le 20 juin, Alberto Rivera a déclaré qu’il accepterait une coalition avec le PP à condition que Mariano Rajoy quitte le gouvernement. Ces six derniers mois, Pedro Sánchez a même refusé de s’adresser au chef du gouvernement et répète à l’envi depuis décembre que le PSOE ne soutiendra jamais un gouvernement mené par le PP, ou une coalition entre le PP, Ciudadanos et le PSOE.

D’un autre côté, les responsables socialistes craignent qu’un gouvernement de coalition de gauche entre le PSOE et Podemos ne se transforme en cheval de Troie détruisant progressivement les fondations du PSOE, puisque Podemos occuperait tout l’éventail de la gauche, de la gauche radicale à modérée.