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24/01/2017

Succès électoral très relatif de l’austérité au Portugal

Politique

Succès électoral très relatif de l’austérité au Portugal

Pedro Passos Coelho, le premier ministre sortant, s'apprête à former un nouveau gouvernement

La coalition au pouvoir arrive en tête, mais ne parvient pas à obtenir la majorité absolue et perd plus de 11,5 points par rapport à 2011. La gauche est majoritaire, mais divisée. La formation du futur gouvernement s’annonce difficile. Un article de notre partenaire La Tribune.

La coalition au pouvoir arrive en tête, mais ne parvient pas à obtenir la majorité absolue et perd plus de 11,5 points par rapport à 2011. La gauche est majoritaire, mais divisée. La formation du futur gouvernement s’annonce difficile.

>>Lire : Le Portugal aux urnes, sans illusion

La coalition conservatrice au pouvoir au Portugal arrive en tête ce dimanche 4 octobre lors des élections générales, mais ne parvient pas à remporter la majorité absolue. L’alliance « Portugal à Frente » (PàF) du premier ministre Pedro Passos Coleho, qui regroupe les deux partis au pouvoir de centre-droit, le parti social-démocrate (PSD) et le centre démocrate social (CDS-PP), a obtenu 38,55 % des voix sur 99,23 % des voix décomptées. En sièges, alors qu’il reste 4 députés à élire sur 230, PàF obtient 104 députés à l’Assemblée de la République, le parlement unicaméral du Portugal, soit 12 sièges de moins que la majorité absolue. C’est un très bon score compte tenu de la politique d’austérité menée depuis 2011 par le gouvernement portugais, mais il convient de se souvenir que cette alliance électorale perd près 11,7 points et 22 députés par rapport à 2011 où elle avait été majoritaire dans le pays avec 50,4 % des voix et 132 sièges.

La gauche devant, mais divisée

La gauche, elle, cumule, tous partis confondus, 52,18 % des voix. C’est d’autant plus vrai si l’on ajoute les petits partis de gauche sans représentation parlementaires ( PCTP maoïste ou Livre, avec près de 1,9 % des voix ensemble). La gauche obtiendrait aussi la majorité des sièges (122 sur 230). Mais elle est très divisée et ceci lui aura coûté beaucoup de sièges. Le parti socialiste (PS), le principal parti d’opposition du pays, n’est pas parvenu, avec son leader Antonio Costa, à s’imposer comme une vraie alternative. Il obtient 32,38 % des voix et 85 députés, ce qui est nettement plus qu’en 2011, lorsqu’il avait glané 28,1 % des voix et 74 sièges. Si ce n’est pas suffisant pour dépasser PàF, c’est une nette progression. La gauche radicale progresse également en passant de 13,1 % à 18,5 % des voix, mais elle est divisée. Le Bloc des Gauches, gauche radicale non communiste, est le grand vainqueur de la soirée en passant de 5,2 % et 8 députés en 2011 à 10,2 % et 19 députés en 2015. Parallèlement la CDU, l’alliance menée par les verts et le parti communiste, progresse aussi de 7,9 % et 16 députés à 8,3 % et 17 sièges. S’il n’a aucune mesure avec la réaction de certains autres pays, le Portugal a connu une poussée anti-austérité non négligeable (+ 5 points), si l’on prend en compte le fait que la gauche radicale était déjà en 2011 une des plus fortes d’Europe. A noter qu’un autre parti de gauche, le parti animaliste (PAN) obtient un siège et 1,4 % des voix.

>>Lire aussi : L’austérité a fragilisé de nombreux droits fondamentaux

Une « victoire » très relative pour la droite

Il n’y a donc pas réellement de « victoire » de la droite ce dimanche, mais une division de la gauche. Cette « victoire » du premier ministre sortant doit d’autant plus être relativisée que les Portugais se sont montrés particulièrement déçus par l’action politique elle-même. Cette désillusion se constate dans la progression de l’abstention qui passe de 42 % à 44 %, un record historique, tandis que les blancs et nuls restent à un niveau très élevé (3,75 % contre 4 % en 2011). En tout, la coalition au pouvoir a perdu 650.000 voix en quatre ans (sur 99,23 % des bulletins décomptés). L’alliance PSD-CDS-PP ne parvient pas même à conserver les voix du seul PSD en 2011. Il ne peut donc être question de victoire. Du reste, la principale déception du premier ministre sortant sera de manquer la majorité absolue, malgré la constitution d’une coalition électorale bâtie pour cet objectif et un système électoral qui offre une nette prime au parti arrivé en tête. Là encore, ceci doit permettre de relativiser la victoire de la droite portugaise.

Quel gouvernement ?

La constitution du prochain gouvernement sera cependant une gageure. La gauche est majoritaire au parlement, mais sera-t-elle capable de constituer un gouvernement ? Sans doute pas. Le PS aura du mal à construire avec la gauche radicale une majorité alternative. Le BE et la CDU s’étaient dits ouverts à une telle alliance, mais avec des conditions qui risquent d’être difficiles à accepter pour le PS, notamment sur la dette et la trajectoire budgétaire. Ces deux thèmes risquent de heurter la sensibilité « européenne » du centre-gauche portugais. Et Pedro Passos Coelho sera appelé à tenter sa chance en premier. Faudra-t-il alors que le PS s’allie avec la droite pour « adoucir » la politique gouvernementale dans une « grande coalition » ? Mais comment s’allier avec un Pedro Passos Coelho qui s’est fait le champion de l’austérité ? Se contentera-t-il de « surveiller » un gouvernement de droite minoritaire et à sa merci ? C’est le pari du premier ministre sortant qui a déclaré que « plus de 70 % du parlement adhérent aux règles de base de l’Europe. » Il va donc tenter de former un gouvernement minoritaire au nom de l’Europe. Mais sa position sera fragile et on ne peut pas exclure que les Portugais retournent aux urnes rapidement. Une chose est sûre : l’austérité a bien aussi déstabilisé politiquement le Portugal.

Les résultats officiels se trouvent ici.