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04/12/2016

Oettinger refuse toujours de s’excuser pour ses propos outranciers

Politique

Oettinger refuse toujours de s’excuser pour ses propos outranciers

Günther Oettinger

Exclusif. Le 2 novembre, le commissaire Günther Oettinger a refusé de s’excuser pour avoir qualifié les Chinois d’« œil en fente » et railler les femmes et le mariage gay.

EurActiv a demandé au commissaire s’il souhaitait s’excuser des commentaires qu’il a tenus la semaine dernière à Hambourg, lors d’un discours filmé à son insu. Depuis que le scandale a éclaté sur ses propos « racistes et homophobes », il résiste à des appels à la démission à Bruxelles et Berlin.

Pourtant, « tout a été dit. Je n’ai pas à m’excuser de quoi que ce soit », a répondu Günther Oettinger. Le commissaire allemand, pressenti pour devenir vice-président de la Commission, s’est défendu en disant que ses propos étaient « maladroits » mais pas racistes, dans une interview pour un journal allemand.

De son côté, la Commission européenne a également refusé de s’excuser ou d’enquêter sur cet incident. Alors que sa gaffe fait les gros titres à travers l’Europe, Günther Oettinger affirme qu’« il n’y a pas de scandale. C’est vous [la presse], c’est EurActiv qui a provoqué le scandale ».

Ayant refusé de reconnaître son tort lors de ses premiers commentaires à la presse depuis l’interview avec Die Welt, la pression s’accentue sur la Commission européenne, censée prendre des mesures contre les remarques du commissaire allemand.

Jean-Claude Juncker, le président de l’exécutif européen, a nommé Günther Oettinger au budget le 28 octobre, alors que les commentaires désobligeants du commissaire étaient déjà connus. Le commissaire allemand remplacera donc Kristalina Georgieva, qui quitte la Commission pour un poste à la Banque mondiale.

Le 31 octobre, il a été rapporté que le discours de Günther Oettinger, dans lequel il déclare avec sarcasme que le mariage gay pourrait être rendu obligatoire par les députés allemands, pourrait lui couter une promotion et une augmentation de salaire de plus de 2 000 € par mois.

>> Lire : Oettinger provoque un tollé avec des commentaires racistes et homophobes

S’il est promu, le commissaire sera soumis à la surveillance des eurodéputés de la commission budget. Ils l’interrogeront probablement sur ses commentaires, mais n’auront pas l’occasion de le faire avant le début de l’année prochaine.

« Neuf hommes, un parti, pas de démocratie », voilà la conclusion qu’a tirée Günther Oettinger d’une visite des ministres chinois à Bruxelles. « Pas de quotas pour les femmes et donc, logiquement, pas de femmes. »

Contrairement à l’Allemagne, la Chine n’a pas de quotas pour les femmes dans les postes à grande responsabilité. Par cette remarque, le commissaire semblait sous-entendre que l’accession de femmes à des postes importants n’était due qu’aux quotas obligatoires. « Ils [les ministres chinois] sont tous en costume, la même veste bleu marine à une poche. Ils ont tous les cheveux peignés de gauche à droite au cirage noir », a continué Günther Oettinger.

« Les remarques en question montrent un sentiment déconcertant de supériorité ancré chez certains politiciens occidentaux », a estimé la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying, lors d’une conférence de presse. « Nous espérons qu’ils puissent apprendre à se considérer et à considérer les autres de manière objective et à respecter et traiter les autres comme des égaux. »

Pas d’excuse

Le porte-parole en chef de la Commission, Margaritis Schinas, a refusé à plusieurs reprises de s’excuser au nom de la Commission suite à l’incident,malgré l’insistance des journalistes.

« Nous n’avons rien à ajouter », a-t-il déclaré aux reporters incrédules lors d’un briefing à Bruxelles. « Il n’y a pas de FBI à la Commission », a-t-il raillé quand ceux-ci lui ont demandé s’il y aurait une enquête.

>>Lire : Bruxelles refuse de condamner les commentaires racistes d’Oettinger

Le même jour, Günther Oettinger a retweeté un article allemand sur le scandale, intitulé « Accusé de racisme ? C’est bien notre Oetti ».

Wallonie

Le commissaire a également suscité la controverse et la colère en disant que la région francophone de Wallonie était une « micro-région gouvernée par des communistes », dans un autre discours.

Pendant une dizaine de jours, la Wallonie a bloqué la signature du CETA, entre la Canada et l’UE. Face à ces remarques, Paul Magnette, ministre-président de la région, s’est demandé : « la Commission sera-t-elle aussi dure face à l’homophobie et au racisme qu’elle s’est montrée face aux défenseurs de la transparence et de la démocratie ? »

La chancelière allemande, Angela Merkel, a quant à elle livré un témoignage de confiance après un week-end de mauvaise publicité. Le chef de file du parti socialiste Die Linke, Dietmar Bartsch, a appelé la chancelière à « retirer cet homme de Bruxelles ».