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04/12/2016

L’AfD perd son bouc émissaire favori : les États-Unis

Politique

L’AfD perd son bouc émissaire favori : les États-Unis

L'AfD a d'abord salué la victoire de Donald Trump mais risque de vite se rendre compte que cela signe la fin de son ascension.

[De Visu/Shutterstock]

L’alternative pour l’Allemagne (AfD) a salué la victoire de Donald Trump. Mais le nouveau président risque de priver le parti d’extrême droite de son épouvantail favori : les États-Unis. Un article de notre partenaire le Tagesspiegel.

Le 9 novembre, la branche berlinoise de l’AfD a tweeté « Nous l’avons fait ! » en réponse à la victoire de Donald Trump face à Hillary Clinton dans la course à la Maison-Blanche. À première vue, la réjouissance du parti d’extrême droite n’était pas une grande surprise.

Donald Trump et le parti populiste allemand font de la politique de la même manière : ils prétendent défendre les intérêts de la classe moyenne et montrent du doigt l’élite politique, le tout avec une pointe de xénophobie et un zeste de provocation calculée pour faire bonne mesure. Sans oublier une attitude plutôt indulgente envers la Russie.

Pourtant, il suffit de gratter un peu pour comprendre que le triomphe de Donald Trump n’est pas forcément celui qu’aurait voulu l’AfD. Le coprésident du parti par exemple, Jörg Meuthen, a déclaré le 7 novembre lors d’une conférence de presse qu’aucun candidat n’était particulièrement convaincant et que les républicains auraient pu proposer une meilleure option.

Mais suite à la victoire surprenante de Donald Trump, Jörg Meuthen a changé de bord, en insistant sur le fait que « Trump a été récompensé, car il a eu le courage de se rebeller contre le système et affronter les vérités qui dérangent ».

>> Lire : Les luttes intestines de l’AfD profitent à Merkel

Dernièrement, l’image de Jörg Meuthen au parti Alternative pour l’Allemagne a légèrement été ternie, notamment depuis sa décision le lundi 7 novembre de ne pas se présenter aux prochaines élections du Bundestag. Il laisse ainsi la place à sa coprésidente, Frauke Petry, qui soutient depuis longtemps Donald Trump. En effet, elle a fait l’éloge de l’élection du milliardaire, la qualifiant de victoire pour les « exclus ».

Le cofondateur du parti, Alexander Gauland, a déclaré il y a quelques jours qu’il pensait que « Donald Trump était trop imprévisible ».

Le 9 novembre, la vice-présidente du parti, Beatrix von Storch, a soutenu que l’occident désirait un changement de politique, mais s’est toutefois gardé d’un rapprochement par rapport à Donald Trump. « Même si Trump s’autoproclame outsider, il doit désormais prouver qu’il veut réellement un nouveau départ pour les États-Unis, notamment en matière de politique étrangère », a-t-elle ajouté.

Les propos de Beatrix von Storch trahissent le malaise grandissant de l’AfD, pas tant parce que Donald Trump fait partie de ces États-Unis détestés, mais plutôt parce que les promesses du magnat de l’immobilier d’envoyer toutes les politiques de Barack Obama à la trappe pourraient s’avérer plus néfastes que bénéfiques pour l’AfD.

L’AfD a profité du TTIP et des sanctions contre la Russie pour faire des États-Unis son bouc émissaire et pour se développer rapidement ces dernières années. Si vous lui enlevez ça, le mouvement d’extrême droite n’aura plus grand-chose sur quoi frapper. En effet, cette haine à l’égard de Washington s’est révélée être un facteur d’unité pour le parti, bien plus que toute affection envers la Russie.

>> Lire : L’AfD veut être légitime sur d’autres thèmes que l’immigration

Cette tendance anti-américaine s’est également ressentie dans les commentaires de la présidente de l’AfD de Thuringe [Länder situé au centre de l’Allemagne], Björn Höcke, qui a écrit que Donald Trump devait maintenant prouver qu’il « [pouvait] être un président américain indépendant des lobbys et du népotisme, et mener une politique indépendante au profit de ses citoyens, et ce, de manière responsable, notamment à l’égard du reste du monde ».