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26/09/2016

Alexis Tsipras dénonce l’hégémonie néolibérale

Politique

Alexis Tsipras dénonce l’hégémonie néolibérale

Alexis Tsipras.

[European Parliament]

Le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, s’est inquiété du tournant que prend la politique internationale et craint notamment de voir Donald Trump devenir le prochain président américain. Un article d’EurActiv Grèce.

Lors de la conférence Alliance contre l’austérité et pour la démocratie en Europe, le 19 mars à Athènes, le Premier ministre grec a exprimé ses inquiétudes vis-à-vis de la politique internationale dans le contexte de la crise économique et de la crise migratoire.

« À cause de l’extrême pauvreté et des inégalités sociales, la peur et la haine imposent leur hégémonie dans le monde entier », a déclaré Alexis Tsipras.

« Dites-moi qui d’entre vous pensait il y a quelques mois qu’aux États-Unis, le candidat favori des républicains à la présidentielle serait Mr Trump ? », a demandé le dirigeant de gauche. « Il risque de devenir président et j’espère que nous n’aurons pas à faire face à cette situation dramatique».

>> Lire : Tsipras et Corbyn attendus à Paris avant le Conseil Européen

Selon Alexis Tsipras, la montée de l’extrême droite est due à l’abandon total de la gouvernance au profit des marchés financiers, et à l’hégémonie des approches néolibérales de l’économie.

« Les forces progressistes européennes ont plus que jamais le devoir de lutter pour le retour de l’hégémonie idéologique de la gauche », a-t-il affirmé.

Première preuve de lâcheté

Faisant référence à l’accord conclu sur la crise des réfugiés, le Premier ministre a expliqué que l’Europe se trouvait sur le fil du rasoir, confrontée à trois crises simultanées – crises économique, migratoire et sécuritaire – qui se transformaient petit à petit en une « crise existentielle ».

Selon Alexis Tsipras, le fait que des forces néolibérales tentent de résoudre la crise « confirme nos craintes pour l’avenir de l’Europe ».

Le chef du gouvernement a expliqué que l’accord conclu le 18 mars pour endiguer l’afflux de réfugiés transformait la Grèce et l’Italie en des « entrepôts d’âmes », et a ajouté que l’Europe devait changer, car elle ne pouvait pas « ouvrir ses frontières à l’austérité et les fermer au nez des personnes persécutées ».

Autoritarisme turc

À la même conférence, Gabriele Zimmer, la chef allemande du groupe de gauche GUE/NGL au Parlement européen, a qualifié l’accord d’« illégal et inhumain », et affirmé qu’il ne représentait pas une option, même temporaire.

Selon elle, cet accord va plonger encore davantage la Turquie dans un régime autoritaire et risque de légitimer la suppression de la liberté de la presse et l’opposition.

« Avec cet accord, le gouvernement turc se prononcera sur le droit des Kurdes à se rendre en UE, et je pense que c’est une catastrophe ».

Selon Gabriele Zimmer, le gouvernement allemand estime que 3,6 millions de réfugiés arriveront en Allemagne d’ici à 2020. « Notre monde va donc changer et nous aussi. Nous devons apprendre à vivre ensemble dans une société de tolérance et de démocratie ».

>> Lire : Zimmer : « les choses changent au sein de la gauche européenne »

L’eurodéputée de gauche s’est également positionnée contre toute action militaire ciblant les bateaux de réfugiés, et pour la création de routes légales pour que les demandeurs d’asile entrent sur le territoire européen.

Affaiblir le néolibéralisme

Alexis Tsipras a aussi parlé du troisième programme de renflouement conclu l’été dernier entre la Grèce et ses créanciers internationaux, assurant que le gouvernement grec avait réussi à fissurer le mur du néolibéralisme.

« Nous ne l’avons pas brisé, mais nous espérons que nos efforts porteront leurs fruits », a-t-il affirmé, citant les exemples politiques du Portugal et de l’Espagne ainsi que le « virage à gauche du Parti travailliste » au Royaume-Uni et en Irlande.

Le dirigeant grec a prévenu que l’Europe n’avait pas d’avenir si elle ne faisait pas face aux crises, et a appelé les forces progressistes européennes à élever un mur démocratique contre l’extrême droite et le néonazisme.

« Deux options : soit l’Europe sera refondée sur les bases de ses principes fondateurs, et sur l’égalité politique des États, soit elle ne restera pas unie très longtemps », a-t-il conclu.