Tusk dénonce sa convocation au parquet polonais

Donald Tusk dénonce le caractère politique des poursuites du PiS. [EPP/ Flickr]

Donald Tusk, le président du Conseil européen, dénonce le « caractère politique » de sa convocation au parquet de Varsovie, où il a été interrogé comme témoin dans une enquête relative au crash de l’avion présidentiel polonais en 2010 en Russie.

« Tout le contexte fait que l’affaire a un caractère politique », a déclaré Donald Tusk à l’issue de l’audition qui a duré plus de huit heures.

Le président du parti conservateur Droit et Justice (PiS), Jarosław Kaczyński, rejette sur les libéraux, le camp de Donald Tusk, la responsabilité morale de la mort de son frère jumeau, le chef d’État Lech Kaczyński, tué dans un crash aérien à Smolensk, en Russie, avec 95 autres personnes.

Le président du Conseil a déclaré n’avoir « aucun doute que, pour le pouvoir actuel, la justice doit servir d’instrument de lutte contre les adversaires, l’opposition ou les gens qu’on n’aime pas ». « Je n’ai pas de quoi avoir peur, le président [du PiS, Jarosław] Kaczyński ne m’effraiera pas. Indépendamment de l’acharnement avec lequel il m’attaquera », a-t-il lancé à la presse.

Les procureurs avaient convoqué Donald Tusk « dans le cadre de l’enquête concernant des négligences de fonctionnaires d’État » lors d’autopsies de victimes de la catastrophe.

Tusk dénonce son interrogatoire marathon à Varsovie

Le président du Conseil européen a dénoncé le « caractère éminemment politique » de sa convocation par le parquet de Varsovie. Donald Tusk a été entendu huit heures durant comme témoin dans une enquête visant deux anciens chefs du contre-espionnage militaire.

Dans la matinée, le chef du PiS a tenté d’intimider l’ancien Premier ministre polonais. « Il a de quoi avoir peur », a-t-il déclaré ki au site ultracatholique radiomaryja.pl, sans plus de précisions.

De son côté, Donald Tusk a aussi exprimé une forte inquiétude sur l’avenir de la Pologne dans l’UE qui « se présente en forme de grand point d’interrogation. Je comprends les émotions des Polonais qui s’inquiètent aussi bien pour les tribunaux que pour l’avenir de la Pologne dans l’UE ».

« Je ressens cela comme un préambule à une annonce selon laquelle l’UE n’est pas nécessaire à la Pologne et vice versa, et à mon avis ce moment serait l’un des plus dangereux de notre histoire. Je crains que nous soyons plus proches de ce moment que plus loin », a-t-il ajouté.

Une série de lois réformant la justice, adoptées par le PiS, ont provoqué d’immenses manifestations dans toute la Pologne fin juillet. L’opposition estime qu’elles soumettraient le système judiciaire au pouvoir politique, celui du PiS, majoritaire dans les deux chambres.

Le président Andrzej Duda a opposé son veto à deux d’entre elles, estimant que les réformes – subordonnant la justice au pouvoir politique – donnaient trop de pouvoir au procureur général qui est aussi ministre de la Justice.

La Commission européenne a lancé une procédure d’infraction contre la Pologne à la suite de la publication dans le Journal officiel de la Loi sur l’organisation des juridictions de droit commun. L’exécutif européen a donné un mois à la Pologne pour répondre à sa lettre de mise en demeure.

Bruxelles lance une procédure d'infraction contre la réforme de la justice polonaise

Le bras de fer s’intensifie entre Bruxelles et Varsovie après que la Commission européenne a lancé une procédure d’infraction contre une des réformes controversées de la justice mises en place par le pouvoir conservateur polonais. Varsovie soutient pour sa part que Bruxelles n’est pas « compétente » sur le sujet.

Donald Tusk avait été déjà entendu en avril comme témoin dans une enquête visant deux anciens chefs du contre-espionnage militaire, à qui il est reproché d’avoir « outrepassé leurs compétences » en collaborant avec le renseignement russe, le FSB, après la catastrophe de Smolensk.

Il y a quinze jours, dans une diatribe au parlement, le dirigeant conservateur a accusé les députés d’opposition d’avoir « détruit, assassiné », son jumeau Lech Kaczyński.

Interrogé par des journalistes devant l’entrée du parquet, Donald Tusk a estimé que « ce que Jarosław Kaczyński a dit au parlement, dans ce paroxysme de colère et de furie, indique clairement quelles sont les intentions » de sa convocation.

Les Polonais se rassemblent pour défendre les tribunaux

Bougies allumées à la main, des milliers de Polonais se sont rassemblés dimanche soir devant les tribunaux de leur pays pour défendre leur indépendance, menacée selon eux par trois lois, dont l’une sur la Cour suprême.