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19/01/2017

Un Conseil européen focalisé sur la crise migratoire et la Turquie

Politique

Un Conseil européen focalisé sur la crise migratoire et la Turquie

Pour Angela Merkel, l'UE doit aider la Turquie à parvenir à « une meilleure surveillance des frontières maritimes » du pays avec la Grèce

Crédit : [Christopher Jahn/IFRC/ flickr.com]

Les dirigeants des 28 pays membres de l’Union européenne finalisent le 15 octobre à Bruxelles leur offensive diplomatique pour tarir les flux migratoires à la source. La Turquie est au centre de leurs attentes.

L’UE doit aider la Turquie « à prendre soin des réfugiés » et à parvenir à « une meilleure surveillance des frontières maritimes » du pays avec la Grèce, a lancé jeudi devant la chambre des députés à Berlin la chancelière Angela Merkel, avant de partir pour Bruxelles.

Il n’est pas acceptable que l’espace maritime entre la Turquie et la Grèce soit actuellement « aux mains des passeurs », a martelé Mme Merkel.

Ce pays limitrophe de la Syrie en guerre est « devenu la porte d’entrée pour des centaines de milliers de réfugiés vers l’Europe », avait rappelé le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. « L’UE a besoin de la Turquie et la Turquie a besoin de l’UE », selon son dauphin Frans Timmermans.

>> Lire : La crise des réfugiés remet en cause la doxa budgétaire européenne

Le commissaire européen aux questions migratoires, Dimitris Avramopoulos, et Frans Timmermans ont des entretiens jeudi à Ankara avec le président Recep Tayyip Erdogan et le Premier ministre Ahmet Davutoglu pour tenter de trouver des solutions à cette crise.

Un accord avec la Turquie, avec « des concessions » pour la convaincre, « n’a de sens que s’il réduit effectivement le flux de migrants », a souligné le président du Conseil européen, Donald Tusk, maître d’œuvre du sommet de jeudi.

« La principale chose qu’on leur demande, c’est qu’ils continuent d’accueillir des réfugiés, avec notre aide », souligne un diplomate. Plus de deux millions de Syriens ont déjà trouvé refuge en territoire turc.

Zone de sécurité

Dans son discours jeudi au Bundestag, Merkel – qui doit se rendre dimanche en Turquie, moins de quinze jours avant les législatives prévues dans ce pays – a prévenu que son pays ne se laisserait pas forcer la main dans les négociations avec Ankara, qui demande des concessions en échange, comme une libéralisation des conditions d’entrée dans l’UE pour les citoyens turcs.

En guise de carotte, outre une aide financière proposée, les Européens ont voulu faire preuve de bonne volonté en acceptant de discuter de la « zone de sécurité » que le président Recep Tayyip Erdogan a appelée de ses vœux le long de sa frontière avec la Syrie.

« C’est un vrai dilemme, et l’intervention de la Russie et de l’Iran rend la situation encore plus difficile », tempère toutefois un haut responsable européen doutant de la faisabilité de ce « sanctuaire », que la Russie rejette formellement.

>> Lire : Silence de l’UE après l’intervention russe en Syrie

Les Européens sont aussi prêts à discuter d’une « libéralisation » des visas pour les Turcs voyageant dans l’UE, même si le sujet suscite « des sueurs froides dans certains États membres », selon un diplomate.

La mise en place d’un corps européen de gardes-frontières pour améliorer le contrôle aux frontières extérieures de l’Union sera également abordée.

Le nombre d’arrivées de migrants reste très élevé dans les pays aux frontières de l’UE et les capacités d’accueil sont souvent saturées.

Ainsi, en Serbie, comme dans le reste de la région le flux de migrants reste ininterrompu. Le nombre varie selon les jours et se situe entre 2 et 5 000 entrées par jours à Presevo (sud de la Serbie) ce qui correspond au nombre de migrants qui entrent quotidiennement en Macédoine à Gevgelija, à la frontière avec la Grèce.

En Autriche, 7 000 migrants sont arrivés mercredi et 2 160 jeudi entre minuit et 5 h 30 GMT.

« More for more »

À Bruxelles, les chefs d’État vont aussi exprimer « leurs inquiétudes au sujet des attaques russes contre l’opposition syrienne et les civils » en Syrie, où la situation dramatique est la source principale des vagues de réfugiés vers l’Europe, selon un projet de conclusions du sommet lu par l’AFP.

Même s’ils sont divisés sur le rôle que peut jouer le président syrien Bachar al-Assad dans une transition politique, les Européens vont réaffirmer leur consensus sur le fait qu’il ne « peut y avoir de paix durable en Syrie » sous le régime actuel.

Le sommet va également rappeler la coopération que l’UE veut instaurer avec les pays de la « Route des Balkans », empruntée par les réfugiés, et plus loin, avec l’Afrique.

« Il y a un consensus très fort autour du principe du +more for more+ » (plus pour plus) à appliquer à la relation avec les pays africains, explique un diplomate européen. En clair : s’ils veulent plus d’aide, ces pays doivent davantage faciliter le retour sur leur sol de leurs ressortissants renvoyés par l’UE quand ils n’obtiennent pas le statut de réfugié.

Le sujet sera au cœur du Sommet de La Valette, qui réunira l’UE et des pays africains à Malte les 11 et 12 novembre. À ce sujet, la Commission va sermonner jeudi les dirigeants des États membres qui n’ont pas encore apporté de contribution au nouveau fond d’urgence pour l’Afrique.