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28/09/2016

Un cordon sanitaire anti-FN se forme au Parlement européen

Politique

Un cordon sanitaire anti-FN se forme au Parlement européen

La population des pollinisateurs sauvages est en chute libre au niveau européen.

[Peter/Flickr]

Demandé par une élue FN, le rejet d’un pesticide dangereux pour les abeilles a été refusé par le Parlement européen. Les deux principaux groupes politiques travaillent à des lignes de conduite destinées éviter que leurs élus ne votent des amendements FN.

C’est une histoire assez classique dans les institutions européennes. La Commission européenne a autorisé, en juillet dernier, la commercialisation d’un insecticide, dangereux pour les abeilles – encore un. Interdit aux Etats-Unis, le Sulfoxaflor produit par Dow Agrosciences est désormais autorisé en UE, où les normes sont d’ordinaire plus draconiennes.

L’histoire aurait dû susciter le barnum habituel : communiqués indignés des Verts, suivis par la gauche, puis de la droite qui soutient que le pesticide est inoffensif avant que la Commission ne mette tout le monde d’accord en suspendant l’autorisation pour lancer une nouvelle étude.

Mais rien ne s’est passé comme prévu. Aussi dangereux soit-il pour les abeilles, le sulfoxaflor n’a pas –encore- déchaîné les passions. Mardi 13 octobre, la remise en question de son autorisation n’a même pas été votée par la commission Environnement du Parlement européen, d’ordinaire à la pointe sur ces sujets.

La raison en est simple : la question est apparue sous forme d’une objection déposée par une députée européenne Front national. Sylvie Goddyn, élue du Nord-Pas-de-Calais, a vu sa proposition rejetée par 31 voix contre, 18 pour et 6 abstentions.

« Sur le fond, nous déposerons prochainement un autre amendement au sujet du sulfoxaflor. Mais il faut être cohérent politiquement ! Nous ne pouvons pas soutenir des gens qui veulent détruire l’Europe. Tous les membres S&D de la commission environnement ont voté contre », explique Guillaume Balas, eurodéputé socialiste et membre de la commission Environnement.

Du groupe politique aux amendements

L’épisode du sulfoxaflor n’est pas terminé. Il a en revanche suscité un débat politique de fond au Parlement européen.

Faut-il, ou non, suivre le FN lorsqu’on est d’accord avec les propositions qu’il soutient ? Travailler sur un compromis commun avec son groupe, Europe des Nations et des Libertés, voter des amendements qu’ils proposent ? Au Parlement européen, les avis divergent et les élus louvoient. « Dans tous les cas, c’est compliqué à gérer », reconnaît une source au Parlement européen.

>>Lire : Le FN parvient à former un groupe au Parlement européen

La constitution du groupe politique ENL en juin dernier, a totalement changé la donne en décuplant la force de frappe politique de la mouvance d’extrême-droite. 39 députés relaient désormais les idées du FN au sein du Parlement européen. Et surtout, le fait d’appartenir à un groupe politique leur donne un certain nombre de prérogatives : ils peuvent désormais être rapporteur ou corapporteur, proposer des compromis, ce qui risque d’être compliqué vu le rejet manifesté par la plupart des autres groupes, et enfin des amendements ou d’autres actes législatifs dans les commissions où ils siègent – comme le montre l’épisode du sulfoxaflor.

Un vade-mecum en cours de constitution chez les sociaux-démocrates

Pour les socialistes français, la ligne de conduite est très claire : pas question de voter le moindre amendement FN ou de négocier le moindre compromis.  « C’est un acte politique. Bien sûr que sur le fond on peut avoir des convergences sur certains sujets. En revanche il nous est impossible de voter les propositions d’un parti nationaliste qui utilise les outils et l’argent de l’Europe pour mieux pouvoir la critiquer et plaider pour sa dissolution. On participerait à sa normalisation », s’emporte Guillaume Balas. La délégation socialiste a aussi dénoncé ces « écologistes de la 25ème heure » qui se découvrent brusquement une fibre environnementale. De fait, jusqu’à maintenant, Sylvie Goddyn a surtout fait des déclarations pour condamner le marché du carbone quelle accuse de produire des « droits à polluer » par exemple.

Cordons sanitaires anti-amendements

Le groupe socialiste et démocrate planche, à la demande de Tanja Fajon, Enrique Guerrero et Gianni Pitella, sur l’établissement d’une position commune pour éviter qu’un élu de sa formation ne soutienne des amendements du groupe ELN.

La même initiative a été prise à droite au PPE, où Alain Lamassoure et Françoise Grossetête, membres LR du PPE, veulent aussi mettre le sujet sur la table. Il s’agit de convaincre leurs collègues qui représentent la première force politique de la chambre, avec 217 élus, de ne pas voter les amendements FN. La présence de Nadine Morano dans les rangs de la délégation française du PPE brouille toutefois le message aux yeux des autres élus européens. Peut-on affirmer d’un côté que la France est un peuple de race blanche et demander de l’autre de ne pas soutenir les amendements sur les abeilles du Front national ? La question reste ouverte.

Diviser la gauche

Avec l’affaire des amendements, le groupe ENL risque aussi d’atteindre un objectif subsidiaire : celui de diviser la gauche. Au sein de la gauche radicale et des Verts, les élus avancent en effet en rang dispersé sur ce sujet. Les Verts ont déjà adopté une ligne de conduite générale, qui ne les empêche pas de voter les amendements, mais interdisent toute autre collaboration. Ils ont été les seuls, avec la GUE et l’EFDD, à voter pour la proposition du FN à propos du sulfaxoflor.

Contacté par EurActiv, le groupe ENL et la députée Sylvie Goddyn n’ont pas répondu avant la publication de l’article le 15/10.

Réactions

« C'est un produit dangereux. C'est irresponsable de la part des autres groupes politiques de choisir de ne pas agir rapidement" a déclaré Sylvie Goddyn, eurodéputé FN.

Contexte

Pour former un groupe parlementaire, et ainsi recevoir des fonds et accroître son influence au sein du Parlement européen, il faut réunir au moins 25 eurodéputés de sept pays différents.

Marine Le Pen n'est pas parvenue à former un groupe après les élections européennes de l'année dernière, malgré la hausse de popularité des partis d'extrême droite. En France, son parti a ainsi remporté un franc succès, avec 24 eurodéputés élus.

Le soir du 15 juin, elle a annoncé avoir enfin réussi à remplir les conditions pour former un groupe au Parlement.

Plus d'information

Cour d'appel de Californie

Décision de la cour d’appel de San Francisco

Agence européenne de sécurité alimentaire

Evaluation des risques du sulfoxaflor

Commission européenne

Autorisation du sulfoxaflor

Syndicat national d’apiculture

Communiqué sur le sulfoxaflor

Front national

Communiqué de Sylvie Goddyn sur le sulfoxaflor