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17/01/2017

Un eurodéputé conservateur en tête des élections présidentielles en Pologne

Politique

Un eurodéputé conservateur en tête des élections présidentielles en Pologne

Andrzej Duda © Parlement européen

Andrzej Duda, eurodéputé de droite réticent à l’entrée de la Pologne dans la zone euro, a crée la surprise, au premier tour des élections présidentielles

Les sondages prédisaient une avance de 10 % pour le président sortant, Bronis?aw Komorowski, mais c’est finalement Andrzej Duda, du parti Droit et Justice (PiS), qui a remporté le plus de voix lors du premier tour des élections polonaises de ce dimanche 10 mai.

L’issue du scrutin présidentiel risque d’influencer celle des législatives attendues à l’automne, vote clé pour l’exercice du pouvoir en Pologne où les compétences présidentielles sont relativement limitées.

M. Duda obtient 34,8% des voix et affrontera au deuxième tour, le 24 mai, le président sortant que ce résultat relègue à la deuxième place avec 32,2% des voix. L’eurodéputé de droite fait partie du groupe des Conservateurs et réformistes européens au Parlement européen. Il y dispose d’un nombre impressionnant d’assistants parlementaires locaux, soit une quinzaine, à l’instar de nombreux élus des ex pays de l’Est.

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Le candidat contestataire, le rockeur Pawel Kukiz, arrive troisième avec 20,3%, un résultat au-delà de toute espérance, selon ce sondage réalisé pour la télévision publique polonaise.

Ces résultats ont pris par surprise les analystes polonais.

« Je suis complètement choqué », a reconnu un politologue de l’Académie Polonaise des Sciences, Stanislaw Mocek.

« La campagne électorale de Bronislaw Komorowski a été très faible. Son équipe a totalement négligé la puissance de ses opposants », a-t-il expliqué à l’AFP.

Pour un de ses confrères, Eryk Mistewicz, le revers du président sortant vient du fait qu’il n’a été soutenu que par ceux qui ont bénéficié de l’évolution récente de la Pologne.

Contrairement aux supporters de ses principaux opposants, Andrzej Duda et Pawe? Kukiz, les électeurs de la Plateforme civique (PO) de Bronislaw Komorowski se sont montrés peu déterminés et engagés lors de ce premier tour, auquel participaient 11 candidats.

« Le résultat du sondage à la sortie des urnes est un avertissement sérieux pour toute l’équipe au pouvoir », a déclaré le président sortant. « Nous devrions écouter les électeurs, parce qu’il est évidemment nécessaire de mobiliser toutes les forces rationnelles en Pologne. »

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Le président a mené une campagne médiocre, sans réelle vision, essentiellement centrée sur la stabilisation du pays et la sécurité.

Dimanche 10 mai, il a appelé de ses vœux l’engagement du « grand groupe d’électeurs qui sont visiblement désillusionnés et qui attendent une modernisation et un changement rapide, beaucoup plus rapide » de la Pologne.

Malgré son extraordinaire popularité – plus de 67 % des Polonais lui font confiance après cinq ans en fonction – Bronislaw Komorowski a été vaincu par les campagnes efficaces de la plupart de ses opposants.

Une campagne explosive

« Nous avons vu la mobilisation de tous ceux qui mettent en question les acquis des 25 ans de la Pologne libre. Ils veulent dire qu’il a fallu peut-être avancer moins vite pour avoir une Pologne moins libérale et plus sociale », a déclaré Eryk Mistewicz l’AFP. « Ce qui nous attend avant le second tour, c’est une campagne explosive », prédit-il.

Le président sortant a immédiatement qualifié son score de « sérieux avertissement » adressé au « camp du pouvoir » et annoncé qu’il présenterait dès lundi des propositions pour « les déçus qui attendent des changements plus rapides, une modernisation plus rapide du pays ».

« Ne nous leurrons pas, c’est un dur travail, une âpre lutte qui nous attendent, mais, j’en suis convaincu, avec la victoire au bout du chemin », a-t-il assuré.

M. Duda, candidat du parti Droit et Justice (PiS) dirigé par Jaroslaw Kaczynski, a été accueilli au cri de « Nous gagnerons » par les militants rassemblés à son quartier général, qui ont aussi scandé son nom.

Il a affirmé qu’il se donnait pour objectif la « rénovation » de la Pologne dans de nombreux domaines, dont la santé, l’économie et l’éducation.

Andrzej Duda a quant à lui bénéficié de l’électorat loyal et déterminé du principal parti d’opposition, Loi et Justice.

Il a été choisi comme dirigeant du parti par Jaros?aw Kaczy?ski, frère jumeaux de Lech Kaczy?ski, mort lors du crash aérien de Smole?sk en 2010 alors qu’il était président. Bronislaw Komorowski, qui était alors président de la Diète, la chambre basse du parlement polonais, l’a remplacé à la présidence, et a ensuite remporté les élections contre Jaroslaw Kaczy?ski.

Andrzej Duda a appelé les électeurs à se mobiliser davantage lors du second tour, qui se déroulera dans deux semaines. « Nous voulons avoir une vie digne dans une Pologne sûre, qui doit être réparée dans bien des domaines », a-t-il déclaré. « Aujourd’hui, cela signifie d’abord un nouveau président. Nous gagnerons. »

Le rockeur Pawel Kukiz crée la surprise

Lors du premier tour, c’est Pawe? Kukiz qui a créé la surprise. Ce candidat indépendant, qui s’en engagé dans la course à la présidence sans soutien politique, a attiré des électeurs fatigués de l’establishement polonais et convaincu par ses promesse de nouveauté et de changement. Il a récolté 20,5 % des voix, plus que ce que ne prédisaient les sondages.

Pawel Kukiz est un chanteur et compositeur surtout connu pour son rôle au sein du groupe Pierse. Il a d’ailleurs clôturé sa campagne électorale un jour plus tôt que ses adversaires, en raison d’un concert prévu au festival de musique de l’université de Rybnik. Il a cependant fini par annuler le concert.

Pawel Kukiz est impliqué en politique depuis une décennie. Il a commencé par soutenir le parti du président sortant, Plateforme civique, avant de se positionner de plus en plus à droite. Il a d’ailleurs flirté brièvement avec les nationalistes radicaux.

Son naturel naïf, sa spontanéité et sa simplicité sont les raisons de son succès lors de ces élections.

En Pologne, la plupart des pouvoirs sont concentrés entre les mains du Premier ministre et du gouvernement. Le président a donc un rôle largement protocolaire, mais est tout de même commandant en chef des forces armées et a le pouvoir de proposer des législations, ou d’émettre un veto sur un projet de législation.

Le deuxième tour des élections aura lieu le 24 mai.

Les deux candidats représentent les principaux partis politiques du pays et ont au centre de la vie politique polonaise depuis la transition démocratique de 1989. La victoire ira à présent au candidat qui parvient à récolter les votes des Polonais ayant perdu toute illusion sur la réalité qu’ils ont tous deux contribué à créer.