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23/02/2017

Une commedia dell’arte pas très drôle au Parlement européen

Politique

Une commedia dell’arte pas très drôle au Parlement européen

Entre alliances improbables et candidats peu fédérateurs, le renouvellement de la présidence du Parlement européen tourne à la commedia’ dell arte, avec l’Italie au centre du jeu.

Les deux principaux partis de droite et de gauche, le PPE et le PSE, ont tous deux présenté des candidats italiens, soit l’ex-commisaire Antonio Tajani à droite et le chef du parti socialiste européen au Parlement, Gianni Pitella, à gauche. Mais le projet surprise du parti centriste ALDE d’accueillir en son sein le groupe italien Cinq Etoiles de Beppe Grillo place aussi l’Italie au cœur de la candidature de Guy Verhofstadt. Et fait grincer des dents : les positions du trublion Beppe Grillo semblent peu compatibles avec les idéaux du seul parti européen réellement fédéraliste.

>>Lire : Beppe Grillo veut rompre avec les eurosceptiques britanniques

«Je suis très préoccupée qu’on envisage de se rapprocher d’un homme politique qui ne cache pas ses positions anti-allemandes, xénophobes et nationalistes » assure Sylvie Goulard à EurActiv. L’eurodéputée du groupe ALDE qui avait songé proposer sa candidature à la présidence du Parlement européen, avant de se retirer, en décembre.

>>Lire : Sylvie Goulard candidate à la présidence du Parlement européen

Pour l’élue, le mouvement 5 Etoiles représente la montée des nationalismes en Europe, qui devrait être combattue plutôt qu’encouragée. « Dans sa déclaration, Beppe Grillo souligne bien qu’il ne changera pas ses positions, il veut simplement profiter des moyens d’influence et financiers » ajoute l’élue qui connait bien l’Italie.

Non seulement les candidats ne font pas rêver, mais la seule femme à se présenter, l’élue verte britannique Jean Lambert, représente une farce supplémentaire de cette comédie satirique. Non pas que ses compétences soient remises en question. Mais les Verts, qui savent avoir peu de chance d’obtenir la présidence du Parlement européen, on délibérément choisi une candidate britannique, alors que le Royaume-Uni sort de l’UE, pour moquer les candidats absurdes présentés par les autres partis.

« Tous les candidats semblent être totalement hors sol par rapport aux réalités actuelles : ce sont des vieux politiques pétris d’échecs successifs, l’un d’eux* a même couvert le dieselgate » se désole un élu de gauche.

L’absence de candidature féminine crédible pose aussi problème pour un Parlement censé défendre la cause des femmes.

Une farce passée inaperçue

Les eurodéputés français, très mobilisés par la campagne présidentielle puisque 5 d’entre eux sont candidats, (Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot, Vincent Peillon, Michèle Alliot-Marie et Marine Le Pen) et que leur collègues les soutiennent pour certains, semblent peu impliqués dans l’avenir de la chambre européenne.

Au final, cette élection en forme de farce compliquée à comprendre passe totalement sous le radar des principaux médias, peu motivés par des candidats pas tout jeunes et adeptes d’une langue de bois dépassée.

Une situation globale qui contribue à « dévaloriser le Parlement européen » selon un élu. De fait, le débat a pour l’heure tourné autour d’enjeux individuels, et non autour d’un projet politique. La gauche a simplement acté le fait que la Grande Coalition était terminée, sans proposer grand-chose pour la remplacer. A l’heure des crises multiples, le Parlement européen aurait pourtant pu capitaliser sur ses nouveaux pouvoirs. C’est au contraire l’éclatement et les divisions qui priment, pour le plus grand bonheur des forces centripètes.

« Comme beaucoup d’eurodéputés se sentent en marge du processus, et en l’absence d’un leader évident il pourrait y avoir des surprises » lors de l’élection, prévue le 17 janvier, prévient un élu.

*M. Tajani était commissaire à l’industrie lorsque la Commission a eu vent des tricheries de Volkswagen sur les émissions de ses moteurs diesel.