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26/09/2016

Vers une coalition de gauche en Espagne?

Politique

Vers une coalition de gauche en Espagne?

Pedro Sánchez en campagne.

FSA-PSOE/Flickr]

Podemos et le PSOE socialiste semblent moins éloignés depuis quelques jours. Les deux partis montrent une volonté de compromis qui pourrait déboucher sur une alliance de gouvernement « à la portugaise ». Un article de notre partenaire, La Tribune.

Les lignes seraient-elles sur le point de changer au sein de la gauche espagnole pour renouveler un scénario « à la portugaise », où, en novembre, les gauches s’étaient unies pour chasser la droite autoritaire du pouvoir ? On sait que, en Espagne, la situation est rendu plus complexe par la question de l’autodétermination catalane qui divise les deux grands partis de gauche, le PSOE socialiste qui ne veut pas en entendre parler, et, Podemos, qui en faisait un point central de son programme. Pablo Iglesias, le leader de Podemos, en avait fait une condition sine qua non de toute alliance après les élections du 20 décembre. Cette division rendait jusqu’ici impossible toute alliance.

>> Lire : L’indépendantiste Carles Puigdemont élu président de la Catalogne

Le ton change à gauche

Mais, depuis quelques jours, le ton change et les deux partis de gauche semblent s’envoyer des signes mutuels de bonne volonté. Le point de départ de ce changement a été le voyage du leader socialiste Pedro Sánchez à Lisbonne, pour y rencontrer le premier ministre portugais, Antonio Costa, auteur de la coalition avec la gauche radicale portugaise cet automne. En revenant du voisin ibérique, Pedro Sánchez a centré son discours sur la question de « l’alternative » et du changement de politique. Progressivement, à Podemos, la perspective de pouvoir proposer une autre politique que celle du Parti populaire (PP) de Mariano Rajoy, on a accepté cette idée de majorité alternative. Pablo Iglesias s’est à son tour rendu à Lisbonne. Et les deux partis se sont naturellement rapprochés.

La volonté de compromis de Podemos

Une des preuves principales de ce rapprochement a été la question de la constitution des groupes parlementaires. Pour rendre compte de la « diversité » de l’Espagne, Podemos souhaitait que les listes qu’il avait présenté avec des alliés en Galice, Communauté valencienne et Catalogne, aient leur propre groupe. Une exigence rejetée par le PSOE (et par le règlement du Congrès des députés, la chambre basse des Cortès). Mais le PSOE a proposé des compromis. Jusqu’à ce que, finalement, mercredi 20 janvier au soir, Podemos annonce qu’il n’aura qu’un seul groupe. Ce groupe « unique » lève un des principaux obstacles à la constitution d’une alliance de gauche.

Il confirme que, dans les rangs de Podemos, la question régionaliste semble passer au second plan derrière la question sociale. Les déclarations du dirigeant régionaliste valencien du parti Compromís Joan Baldoví (qui, lui, a cependant décidé de ne pas faire groupe commun avec Podemos) avait confirmé cette position en assurant que le référendum catalan « n’est pas à son agenda ». De leur côté, les régionalistes galiciens avaient eux aussi montré des signes de bonne volonté.

>> Lire : Catalogne : de nouvelles élections, pour quoi faire ?

Le profil bas des indépendantistes catalans

Le futur gouvernement espagnol se joue un peu aussi à Barcelone. Le gouvernement indépendantiste catalan joue, pour le moment plutôt profil bas. Le nouveau président catalan, Carles Puigdemont, a ainsi exclu toute déclaration unilatérale d’indépendance et a même reconnu que la Catalogne « n’était pas aujourd’hui prête » pour la sécession ». Bref, une fois l’unité du camp indépendantiste réalisée, l’heure n’est pas à l’offensive à Barcelone. L’idée est de favoriser le dialogue avec Madrid en évitant un « raidissement » espagnol par la formation d’un gouvernement de « défense de l’unité nationale » entre le Parti populaire de Mariano Rajoy, les centristes unionistes de Ciudadanos et le PSOE. Une alliance de gauche serait le meilleur allié de Carles Puigdemont, car, estime-t-on à Barcelone, un dialogue pourrait s’ouvrir. Du coup, il est difficile pour les adversaires de Pedro Sánchez au sein du PSOE de réclamer l’union nationale en s’appuyant sur le cas catalan.

Rajoy en difficulté

Tout ceci place donc Mariano Rajoy en difficulté. Le temps joue désormais contre lui. Car si le Roi devrait lui demander de constituer un gouvernement en tant que dirigeant du premier parti représenté au parlement – et il a confirmé jeudi qu’il demanderait cette investiture -, ses chances de constituer une alliance sans le PSOE sont très faibles. Les 17 élus indépendantistes catalans rejetteront en effet à coup sûr la candidature de Mariano Rajoy. Si toute la gauche (PSOE, Podemos et Gauche Unie) vote aussi contre l’actuel président du gouvernement, les opposants à ce dernier seront majoritaires (178 sièges sur 350). L’heure de Pedro Sánchez sera alors venue. Les négociations entre le PSOE et Podemos pourront alors entrer dans le vif du sujet.

« L’épine » de l’autodétermination

Ces négociations ne seront certes pas faciles. La définition d’une politique « alternative » ne sera pas facile, mais c’est ici que le précédent portugais pourrait jouer positivement. La condition sera sans doute « d’oublier » l’épine catalane le temps de la discussion. Les deux partis pourraient se mettre d’accord sur des discussions avec Barcelone sans évoquer le « droit à l’autodétermination. » Autrement dit, Podemos et ses alliés pourraient donner la chance à l’idée de Pedro Sánchez d’une « Espagne fédérale » pour éteindre le feu catalan. Il sera toujours temps d’évoluer ensuite sur le sujet.

Quel allié pour la gauche ?

L’alliance de gauche pourrait cependant ne pas faire l’économie d’une discussion sur l’autodétermination. En effet, l’alliance Podemos-PSOE-Gauche Unie compte 161 élus au Congrès. Ce n’est pas même la majorité relative puisque le PP et Ciudadanos ont 163 sièges. Il faut donc un allié supplémentaire. Ce dernier pourrait être le parti nationaliste basque, le PNV, qui dispose de 6 élus. Un tel allié pourrait rassurer les indépendantistes catalans et s’assurer de leur abstention. Mais le PNV n’est pas un parti de gauche. S’il soutient un tel gouvernement, il faudra lui donner des gages en termes d’autonomie du Pays Basque.

Or, le PNV n’est pas opposé à la fédéralisation de l’Espagne, mais il tient aussi au droit à l’autodétermination. S’il met le sujet sur la table des négociations, il peut faire échouer la combinaison en relançant la question du référendum catalan lié à l’autodétermination régionale… Bref, l’alliance que tente de construire Pedro Sánchez est des plus fragiles. Mais le secrétaire général du PSOE se montre bien plus habile que ce que ses adversaires avaient pu croire après les élections du 20 décembre. Il semble réellement vouloir s’inspirer de l’exemple portugais, ce qui, s’il réussit, constituera un deuxième accroc dans la stratégie officielle de la social-démocratie européenne de « grande coalition » avec les Conservateurs.

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