Eurodéputé discret, Vincent Peillon vise la présidentielle

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Le député européen et ancien ministre français de l’Education devrait se déclarer ce week-end. L’afflux de candidats à gauche ne semble pas devoir se tarir.

Le duel annoncé pour la primaire à gauche entre l’ancien Premier ministre Manuel Valls, qui a démissionné mardi dernier, et Arnaud Montebourg, ancien ministre de l’Economie, a un invité surprise. Vincent Peillon, 56 ans et député européen depuis 2004, devrait annoncer sa candidature dans les prochains jours, selon plusieurs parlementaires socialistes le soutenant. Il entend s’adresser aux socialistes déçus par le retrait surprise de François Hollande de la course à la présidentielle et qui ne se retrouvent pas dans la panoplie de candidats, à une semaine de la clôture des candidatures. « C’est une candidature qui représente le coeur du Parti socialiste, à équidistance de Manuel Valls et des frondeurs », a déclaré le député français Patrick Mennucci, qui le soutient.

Une primaire dynamisée

Cette candidature surprise, qui pourrait être suivie par d’autres, vient dynamiser une primaire socialiste qui peinait à mobiliser et à intéresser. Le retrait de François Hollande, puis la candidature de Manuel Valls et enfin celle de Vincent Peillon viennent mettre cette consultation au centre de la vie politique française. Comme cela a été le cas pour la primaire de droite en novembre. Mais avec plus de monde : le député européen aura face à lui Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Benoit Hamon, Marie-Noëlle Lienemann, Gérard Filoche, François de Rugy, Jean-Luc Bennahmias, Pierre Larrouturou, Bastien Faudot et Sylvia Pinel.

Déjà des soutiens

Si tous les proches de François Hollande n’entendent pas se rallier à cette candidature surprise, plusieurs figures socialistes sont prêtes à franchir le pas. Anne Hidalgo, la maire de Paris, très populaire au sein des socialistes, a fait savoir par son entourage qu’elle regardait cette candidature « d’un bon œil ». Plusieurs parlementaires européens, parmi lesquels Pervenche Berès, seraient également favorables à cette candidature. Vincent Peillon peut également compter sur le soutien de plusieurs parlementaires français.

Le retour d’un ermite

Député français entre 1997 et 2002, siégeant au Parlement européen depuis 2004 – à part les deux ans pendant lesquels il a été ministre de l’Education nationale sous le gouvernement de Jean-Marc Ayrault – Vincent Peillon fait, avec cette candidature, un retour fracassant sur la scène politique française. Une scène qu’il avait réellement quittée en 2014 : entre l’enseignement de la philosophie à Neuchatel en Suisse, et une présence très discrète au Parlement européen où il ne participait pas aux réunions du groupe des socialistes et démocrates ni à la moindre rencontre avec la presse, l’ancien ministre a réellement fait l’ermite. Tout juste s’est-il penché sur des questions de sécurité internationale avec la rédaction d’un rapport sur la sécurité au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Il estime néanmoins avoir un espace politique alors que la primaire de la gauche réunit d’un côté Manuel Valls, en lieu et place de François Hollande, empêché par son impopularité, et de l’autre plusieurs socialistes « frondeurs », à savoir Arnaud Montebourg, Benoit Hamon ou encore Marie-Noëlle Lienemann, représentant la gauche du parti.

Valls doit convaincre

Le « centre » du PS n’est donc pas représenté dans cette primaire, ce qui a incité Vincent Peillon à se lancer. Depuis quelques semaines et surtout depuis l’annonce de sa candidature, Manuel Valls a certes essayé d’ouvrir son champ politique en lançant plusieurs signaux à sa gauche. Il se pose en candidat du rassemblement. Mais il doit encore convaincre car sa candidature fait encore grincer des dents chez les socialistes, certains lui reprochant le rôle qu’il a joué dans l’éviction de François Hollande.

D’où le champ laissé libre que Vincent Peillon entend occuper. Sans doute surpris par cette candidature, Manuel Valls a plutôt mal réagi, dénonçant une candidature « pour affaiblir », un « candidat contre ». C’est pourtant le principe même d’une primaire de voir plusieurs personnalités d’un même camp d’affronter pour désigner celui qui sera le candidat à la présidentielle.

Primaire en janvier

Vincent Peillon devrait lancer sa candidature dès ce week-end et réunir ses partisans mardi prochain – pendant une session plénière à Strasbourg. En revanche, les grands axes de son programme restent inconnus. Les candidats à la primaire du PS ont jusqu’au 15 décembre pour déposer leur candidature. La primaire aura lieu les 22 et 29 janvier dans environ 8.000 bureaux de vote, soit un peu moins que pour la primaire de la droite (10.000) et que pour la primaire du PS en 2011 qui avait vu la consécration de François Hollande.

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