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30/09/2016

Les eurodéputés d’extrême droite coûteraient un million d’euros par mois

Politique

Les eurodéputés d’extrême droite coûteraient un million d’euros par mois

Marine Le Pen et Geert Wilders lors de la formation de l'Europe des nations et des libertés.

[Wilders/Twitter]

Exclusif. Le groupe Europe des nations et des libertés, qui rassemble des eurodéputés d’extrême droite, aurait coûté un million d’euros par mois au contribuable européen depuis sa création il y a presque un an.

Le groupe de 39 eurodéputés piloté par Marine Le Pen comprend certaines des personnalités politiques les plus racistes d’Europe. À son premier anniversaire, en juin, l’Europe des nations et des libertés aura coûté près de 13 millions d’euros en salaires, frais de fonctionnement et dépenses.

À cela s’ajouteront encore les frais de déplacement astronomiques des élus, non compris dans le calcul d’EurActiv. Les voyages en première classe en train ou en avion sont intégralement remboursés et les déplacements en voiture sont dédommagés à 0,50 euro le kilomètre. Les eurodéputés peuvent décider de rendre leurs frais de déplacement publics, mais n’y sont pas obligés.

Les règles de financements des groupes politiques et des partis du Parlement européen n’interdisent pas les transferts d’argent vers des formations d’extrême droite.

Inacceptable

« Il est inacceptable qu’un groupe politique comprenant des eurodéputés dont les discours incitent régulièrement à la haine soit financé par l’argent du contribuable », estime Sarah Isal, présidente du Réseau européen contre le racisme. « Le fait qu’ils disposent à présent de plus d’influence et de temps de parole au Parlement européen leur permet de faire des déclarations racistes et xénophobes à la chambre. Il faut instaurer des règles et sanctions claires contre l’incitation à la haine au Parlement, afin de mettre un terme au sentiment croissant d’impunité. »

Pour former un groupe politique, il faut rassembler au moins 25 eurodéputés d’au moins sept pays. Marine Le Pen a tenté de créer un groupe juste après les élections de 2014, mais n’est pas parvenue à trouver des représentants de sept pays.

Un an plus tard, Janice Atkinson était exclue du parti eurosceptique britannique UKIP après une affaire de malversations et décidait de s’allier à Marine Le Pen, rendant possible la formation d’un groupe en juin 2015.

Les groupes ont droit à un secrétariat et à une aide administrative financés par le budget de Parlement. Cet argent ne peut néanmoins pas être utilisé pour financer des partis politiques ou campagnes électorales.

>> Lire : Hollande favorable à la suspension des pays gouvernés par l’extrême droite

Le calcul

D’ici le mois de juin, l’Europe des nations et des libertés aura dépensé 3,1 millions d’euros de frais de fonctionnement. Le groupe a reçu 1,54 million d’euros pour mettre en place un parti politique paneuropéen et 249 331 euros pour créer un groupe de réflexion d’extrême droite.

Chaque membre du groupe est payé 96 246 euros par an, soit un total de 3,75 millions d’euros tous les 12 mois.

En outre, les eurodéputés reçoivent 306 euros par jour du Parlement pour « couvrir toutes les autres dépenses » s’ils signent un registre prouvant qu’ils sont entrés dans le bâtiment. Ce registre n’est pas public et il n’est donc pas possible de savoir exactement combien de jours les eurodéputés signent.l Cependant, selon les calculs d’EurActiv, le total de leurs « autres dépenses » s’élèverait à un coût annuel de 2,4 millions d’euros.

Par ailleurs, chaque eurodéputé a droit à une indemnité de frais généraux. Pour 2015, cette indemnité a été fixée à 4 320 euros par mois. Soit une facture de 2,02 millions par an pour 39 eurodéputés.

Au total, sans les frais de déplacement, cela fait donc un peu plus de 13 millions d’euros par an, soir 1,08 million par mois.

>> Lire : L’extrême droite, grande gagnante des crises financières

En bonne compagnie

Le groupe inclut quatre eurodéputés du Parti pour la liberté autrichien, d’un Belge du Vlaams Belang, de vingt Français du Front national, de cinq Italiens de la Ligue du Nord, de quatre Néerlandais du Parti pour la liberté et de deux Polonais du Congrès de la nouvelle droite.

Marcus Pretzell, du parti allemand Alternative pour l’Allemagne (AfD), a également rejoint la formation après avoir été exclu du groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE).

Son exclusion du CRE est liée aux politiques islamophobes prônées par l’AfD et à l’appel de son chef de file, Frauke Petry, pour l’utilisation d’armes à feu contre les migrants tentant de traverser la frontière.

L’eurodéputé roumain indépendant Laurențiu Rebega s’est joint au groupe en juillet 2015.

Le parti belge d’extrême droite Vlaams Belang a récemment mis en place un site internet encourageant les citoyens à surveiller et dénoncer leurs voisins musulmans après les attentats de Bruxelles, une initiative qui a fait un tollé. Le Parti pour la liberté autrichien a pour sa part organisé des manifestations anti-réfugiés à Vienne, qui se sont parfois terminées dans la violence.

Le mois dernier, Gianluca Buonanno, eurodéputé de la Ligue du Nord, a été condamné à payer une réparation de 6 000 euros après avoir appelé les Roms « la lie de la société » lors d’une émission de télévision.

Geert Wilders, chef de file du Parti pour la liberté néerlandais, est poursuivi pour incitation à la haine raciale contre les personnes d’origine marocaine.

En décembre de l’année dernière, Marine Le Pen a pour sa part été acquittée par le tribunal. Elle avait été accusée d’incitation à la haine contre les Français musulmans après avoir comparé les prières dans la rue à l’occupation allemande en France pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Le Congrès de la nouvelle droite polonais s’oppose au mariage homosexuel. En septembre 2014, son ancien leader, Janusz Korwin Mikke, remplacé l’an dernier, a été condamné à 3 040 euros d’amende pour avoir proféré des remarques racistes au Parlement européen.

Il a également affirmé qu’une femme ne devrait pas être autorisée à voter et que la différence entre un viol et un rapport sexuel consensuel « était très subtile ». Le leader polonais aurait également dit qu’Adolf Hitler « n’était probablement pas au courant que les juifs étaient en train d’être exterminés ».

>> Lire : L’extrême droite polonaise n’hésite pas à manifester contre les réfugiés

Contexte

At least 25 MEPs from seven different countries are need to form a political group, which then qualifies for funding and more influence in the European Parliament.

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