État de l’Union: entre continuité et propositions fédéralistes

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État de l’Union : entre continuité et propositions fédéralistes. [Artjazz/Shutterstock]

Protéger, fédéraliser, démocratiser, le discours sur l’état de l’Union de Jean-Claude Juncker entend unir les États membres pour porter en avant le projet européen.

Nathalie Brack, Amandine Crespy et Ramona Coman font partie de l’Institut d’étude européen de l’Université libre de Bruxelles.

 « Tenir le cap » en ajoutant des mesures modestes pour une Europe plus protectrice

Jean-Claude Juncker a ouvert son discours sur l’état de l’Union en faisant état d’un bilan globalement positif : reprise de la croissance et de l’emploi sur le continent, réduction des déficits publics, etc. Il a donc appelé à tenir le cap. Mais ce bilan homogène à l’échelle européenne cache mal les déséquilibres socio-économiques profonds qui fissurent le continent. En appelant à « maintenir le cap », on peut douter qu’il ait entendu le mécontentement de nombreux européens qui ne récoltent pas les fruits de la croissance, mais souffrent au contraire de la montée des inégalités, de la fragilisation des systèmes sociaux et du manque d’investissement dans l’éducation.

Jean-Claude Juncker a avancé quelques propositions assez convenues pour renforcer une série des politiques communes (changement climatique, protection digitale et cyber criminalité, politique migratoire alliant lutte contre l’immigration illégale et solidarité avec les réfugiés). Un certain nombre de mesures contribuent toutefois à dessiner les contours d’une Europe plus soucieuse de ses intérêts stratégiques, et plus protectrice pour les citoyens. Il propose une réorientation claire de la politique commerciale vers l’exportation des normes environnementales, sociales et commerciales européennes, répondant clairement à la contestation engendrée par le TTIP et le CETA.

Réaffirmation de la démocratie libérale et de la justice sociale

Au-delà de ce catalogue de mesures, on retiendra la réaffirmation des valeurs de la démocratie libérale. Contre l’idée fortement ancrée selon laquelle l’UE serait avant tout fondée sur un marché commun, il a rappelé le socle de valeurs qui est à la base de l’intégration : la liberté, l’égalité de droit et surtout l’Etat de droit. Il a ainsi affirmé que « notre Union n’est pas un Etat, elle est une communauté de droit ». En matière sociale, J.-C. Juncker évoque par exemple la création d’un corps d’inspection du travail détaché, afin de réconcilier libre circulation et justice sociale. Si l’on peut se réjouir de ce rappel, une telle vision se heurte durement à la réalité. Il s’est aussi efforcé de renouer avec les préoccupations des citoyens en évoquant des situations concrètes vécues dans certains Etats membres, ce qui contraste avec ses discours précédents.

Pas d’union à plusieurs vitesses, mais une Europe plus fédérale

L’aspect le plus stimulant de ce discours est l’opposition de J-C Juncker à l’idée d’une union à plusieurs vitesses avec des politiques à géométrie variable et des institutions et d’un budget spécifiques pour l’Eurozone, qui complexifieraient encore la machine communautaire. Il a ensuite présenté un 6ème scénario pour l’avenir de l’Europe mélangeant continuité, recherche d’efficacité mais surtout relance de l’Europe fédérale : Schengen pour tous, l’euro pour tous, une union bancaire, une union de la défense, un socle européen de droits sociaux, une majorité qualifiée au Conseil dans les domaines régaliens (fiscalité, politique étrangère), et une nouvelle taskforce sur la subsidiarité.

De façon audacieuse, il appelle à une simplification des institutions européennes avec la fusion des postes de Président de la Commission et Président du Conseil, afin d’accroitre la visibilité et le poids de l’exécutif mais aussi la lisibilité du régime européen. Il a par ailleurs proposé la création d’un ministre européen de l’économie et des finances, fonction qui regrouperait le poste de Commissaires en charge des affaires économiques, vice-président de la Commission et Président de l’Eurogroupe.

Son discours a le mérite d’être clair et de dessiner les contours d’une Union européenne plus intégrée et simplifiée dans son ensemble. Toutefois, il reste à démontrer comment passer de la parole aux actes et concilier les intérêts et visions divergents des États membres.