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06/12/2016

Bruxelles estime le coût d’un nouveau siècle nucléaire

Priorités UE 2020

Bruxelles estime le coût d’un nouveau siècle nucléaire

Plus de 600 milliards devront être investis dans le nucléaire européen [John/Flickr]

Régulièrement, la Commission européenne fait le point de la politique nucléaire de ses Etats membres. Un exercice auquel la direction de l’énergie ne s’était pas livrée depuis 2008.Un article de notre partenaire le JDLE.

Ce lundi 4 avril, Bruxelles a donc rendu publique sa nouvelle communication sur une ébauche de programme nucléaire (Pinc, en jargon communautaire). Cette mouture était particulièrement attendue: c’est la première fois que l’exécutif communautaire esquisse un embryon de politique nucléaire (laquelle relève exclusivement en fait des Etats) depuis la catastrophe de Fukushima.

129 réacteurs en service

En préambule, le document rappelle quelques données de base. Les 129 réacteurs en service dans 14 Etats membres produisent 27% du courant consommé par les 28: autant que les énergies renouvelables. Leur âge moyen est de 29 ans. De quoi s’interroger sur le devenir de cette source de production d’électricité décarbonée: 90% des capacités de production nucléaire devront être remplacées, d’une façon ou d’une autre, d’ici 2050. Environ 900.000 personnes travaillent, directement ou indirectement, pour l’industrie nucléaire européenne.

>>Lire : Les vieux réacteurs nucléaires européens inquiètent

Sans surprise, le Pinc prévoit un léger déclin de l’atome européen. Du fait de la fermeture annoncée des parcs allemands et de l’arrêt de plusieurs tranches, la part du nucléaire dans le bouquet électrique européen devrait tomber à 20% aux alentours de 2025, et remonter progressivement à partir de 2030, avec la connexion au réseau des premières tranches de nouvelle génération.

Un avenir nucléaire

Car la Commission n’envisage pas une seule seconde que l’Europe suive les exemples donnés par l’Allemagne (arrêt progressif du parc) ou de l’Italie (annulation d’un programme nucléaire). C’est une certitude: le mix électrique communautaire restera mixte au moins jusqu’à la fin du XXIe siècle.

Ce qui nécessitera quelques investissements. Pour stabiliser la capacité de production entre 95 et 105 gigawatts électriques jusqu’à 2050, les électriciens devront allonger de 350 à 450 milliards d’euros. Ce qui couvrira la modernisation des tranches dont les autorités de sûreté auront autorisé l’allongement de la durée de vie et la construction de nouvelles unités.

Harmonisation

Pour accélérer les procédures et réduire les coûts de développement, Bruxelles (qui, rappelons-le, n’a aucune compétence contraignante en la matière) recommande d’harmoniser les procédures d’autorisation. Un type de réacteur validé par une autorité de sûreté d’un pays membre peut se voir ouvrir les portes de tous les pays membres. Une sorte d’espace Schengen du nucléaire.

Pour ce qui concerne l’aval du cycle, Bruxelles avalise la position française: on retraite les combustibles usés, on développe l’usage du combustible mixte (MOX) et on stocke les déchets ultimes dans un centre de stockage géologique. La direction de l’énergie recommande à tous les exploitants de prendre langue avec l’Agence française de gestion des déchets radioactifs (Andra) et ses confrères finlandais et suédois pour préparer l’enterrement de première classe de leurs déchets nucléaires les plus actifs.

>>Lire : Gros temps pour le nucléaire français

Ces déchets ne seront d’ailleurs pas seulement des combustibles usés ou des déchets du retraitement. Bruxelles rappelle que 91 réacteurs sont déjà à l’arrêt. Ce qui annonce le démarrage d’une industrie du démantèlement. Ces entreprises pourront se partager un chiffre d’affaires voisin de 253 Md€ pour les trois décennies à venir (123 pour le démantèlement et 130 milliards pour la gestion des déchets).

Au total, la direction de l’énergie estime que l’Europe devra investir de 649 à 755 Md€ dans l’atome d’ici 2050. Une dépense à relativiser. Tout compris, les 28 prévoient de consacrer de 3.200 à 4.200 milliards au secteur énergétique durant cette période.

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