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22/01/2017

Delors désigné comme l’un des pères fondateurs de l’Europe

Priorités UE 2020

Delors désigné comme l’un des pères fondateurs de l’Europe

Jacques Delors en 1985.

[European Commission]

Lors du sommet d’aujourd’hui, principalement dédié à l’immigration et à la crise grecque, les dirigeants européens décerneront à Jacques Delors le titre de « citoyen d’honneur de l’Europe » pour son extraordinaire travail de promotion de la coopération européenne. 

Jacques Delors, qui fêtera son 90e anniversaire le 20 juillet et ne sera pas présent lors de la cérémonie, est considéré comme le plus visionnaire des dirigeants européens. Cette nomination, après celle de Jean Monnet et d’Helmut Kohl, devrait contribuer à rappeler aux dirigeants actuels de l’UE la sincérité de ses idées.

>> Lire : Jacques Delors montre du doigt ceux qui veulent « tuer » l’Europe

L’ancien président de la Commission, qui fut en poste de 1985-1994, n’a jamais mâché ses mots et a vivement critiqué l’attitude de la chancelière allemande, Angela Merkel, qui était réticente au moment du premier plan de sauvetage de la Grèce et qu’il trouvait trop peu impliquée dans la direction de l’UE. Il s’en était également pris au président du Conseil, Herman Van Rompuy, qui avait laissé la méthode intergouvernementale l’emporter sur la méthode communautaire qui avait rendu l’UE si forte dans les années 1990.

>> Lire : Delors demande à l’Allemagne : Etes-vous toujours fidèles aux valeurs européennes?

Président d’honneur de l’institut Notre Europe, qui a récemment pris son nom, Jacques Delors est considéré comme l’architecte de l’euro et de l’élargissement vers l’Est. Son rôle dans la réunification allemande a été souligné par une interview d’EurActiv avec Carlo Trojan, négociateur principal sur l’intégration de l’ancienne République démocratique d’Allemagne (RDA) à la République fédérale d’Allemagne.

Plus récemment, Jacques Delors a avancé les idées politiques qui sont devenues la colonne vertébrale de l’Union de l’énergie, le programme présenté par la Commission actuelle, qui a pour but de garantir l’accès à une énergie abordable, fiable et la plus verte possible aux citoyens et aux entreprises.

>> Lire : Soutien de Delors à une coopération renforcée sur l’énergie

Il est devenu traditionnel d’évaluer l’héritage des présidents de la Commission en les comparant à cet Européen d’exception. Bien qu’il ait exprimé son soutien à la candidature de son ancien chef de cabinet et compatriote Pascal Lamy à la tête de la Commission, le Français apprécierait Jean-Claude Juncker.

>> Lire : Jacques Delors veut voir Pascal Lamy à la tête de la Commission

Le chef de file libéral de l’ALDE et ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt, qui n’avait pas remporté le poste de président de la Commission, a juré de suivre l’idéologie de Jacques Delors, contrairement à José Manuel Barroso, l’ancien président de la Commission. Celui-ci aurait en effet manqué d’initiative et utilisé la « méthode du téléphone, qui consistait à appeler les dirigeants français et allemands, plutôt que la méthode communautaire.

>> Lire : Soutien de Delors à une coopération renforcée sur l’énergie

La proposition de faire de cet ancien président de la Commission un citoyen d’honneur de l’Europe aurait été émise par le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy. Jacques Delors ne sera sans doute pas présent lors de la cérémonie.

Ce titre avait déjà été décerné aux chefs d’État et de gouvernement Jean Monnet en 1976 (1888-1979), considéré comme l’architecte principal de l’unité européenne, et à Helmut Kohl, ancien chancelier allemand et auteur de la réunification allemande.

Réactions

L’Institut Delors a publié un communiqué de presse rédigé par Jacques Delors le 26 juin.

« Je suis très touché de cette reconnaissance des plus hautes instances européennes, et aussi très fier de suivre deux grands hommes, deux grands Européens pour lesquels j'ai admiration et affection : Jean Monnet et Helmut Kohl.

Le combat pour une Europe forte, portant avec volontarisme ses valeurs, reste le mien. J’enrage quand j'ai l'impression qu'elle s'en éloigne.

Je remercie très chaleureusement tous ceux qui m'ont fait cet honneur, moi qui reste convaincu que, sans une Europe puissante, préparant un avenir social et durable, il n'y a pas de futur heureux pour nos concitoyens.

Le défi pour l’Europe, devant les mutations radicales du monde et les désordres humains et sociaux qu’elles entraînent, reste, aujourd’hui comme hier, le choix entre la survie et le déclin.

Pour poursuivre cette ambition, je continue mon action militante, notamment au sein de l’Institut Jacques Delors (Notre Europe). »