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30/08/2016

La France craint que le plan européen de relance soit une coquille vide

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La France craint que le plan européen de relance soit une coquille vide

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Les ministres européens de l’Économie et de l’Industrie se sont rencontrés le 25 septembre pour débattre du plan d’investissement de 300 milliards d’euros de Jean-Claude Juncker. La France et l’Allemagne éprouvent des difficultés à trouver un accord équilibré entre austérité et relance.

La croissance économique et l’emploi sont en panne depuis plusieurs années en Europe. Dernièrement, le nouveau président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a déclaré vouloir mobiliser 300 milliards d’euros pour relancer l’économie dans une stratégie qu’il compte présenter en novembre prochain après sa prise de fonction. Cet argent serait destiné en premier lieu à renforcer les capitaux de la Banque européenne d’investissement.

En France, le gouvernement cherche des sources nouvelles et innovantes de financement, et lorgne sur le Mécanisme européen de stabilité (MES), un fonds de financement doté de 80 milliards d’euros mis en place en plein milieu de la crise de la zone euro afin de sauver les États au bord de la faillite.

« Si on arrivait à mobiliser 20 à 40 milliards du MES, par exemple pour recapitaliser le Fonds Européen d’Investissement (FEI), vous avez un effet multiplicateur ensuite sur la Banque Européenne d’Investissement (BEI). », expose une source proche de la France à EurActiv.

« Vous voyez bien que vous pouvez arriver à près de 200 milliards d’argent public », s’enthousiasme la même source.

Monnaie sonnante et trébuchante

Du point de vue de Paris, le plus grand risque est que le plan de 300 milliards d’euros de l’UE devienne de la « fausse monnaie » – ou des fonds recyclés en provenance d’autres programmes. L’autre piège est que le fonds, une fois créé, reste non exploité, du fait de conditions excessivement restrictives liées à son utilisation.

« On a des acteurs autour de la table qui sont assez rétifs à la dépense », explique le responsable français au sujet de la Banque européenne d’investissement. « On a recapitalisé la BEI de 10 milliards, mais quand on regarde, elle préfère financer des projets en Allemagne et un peu en France plutôt que de le faire dans les pays périphériques. Elle est très [réticente] à l’investissement et son triple A est un trésor avec lequel on va peut-être finir par tous mourir, mais qui n’est pas utilisé » regrette la même source.

 >> Lire : Augmentation du capital de la BEI de 10 milliards d’euros

Werner Hoyer, président de la Banque européenne d’investissement (BEI) et ancien ministre aux Affaires européennes, a cherché à calmer l’engouement autour du projet. Ainsi, il a dernièrement déclaré aux journalistes que les « attentes étaient quelque peu exagérées » quant aux capacités de la BEI à relancer l’économie européenne.

Soucieuse de ne pas perdre son triple A, la BEI cherche seulement des projets viables, qui génèrent des revenues, ce qui fait de la BEI « typiquement une banque encore plus conservatrice que les banques privées », commente Fredrik Erixon, le directeur du Center for International Political Economy de Bruxelles.

« La BEI n’est pas une baguette magique » prévient le chercheur lors d’un entretien donné à l’agence de presse AFP.

Les idées innovantes, très peu pour l’Allemagne

Pour le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, utiliser les fonds de sauvetage représente une ligne rouge à ne pas traverser, et a réitéré son opposition à une diversification des fonds du MES pour relancer la croissance et la création d’emplois.

 « Les 80 milliards d’euros prévus dans le plan de sauvetage européen ne sont pas destinés aux idées innovantes », a expliqué le ministre allemand. « Il existe des dispositifs pour garantir la stabilité de la monnaie européenne et pour garder la confiance des marchés financiers », a-t-il poursuivi.

L’Allemagne, aux côtés d’autres promoteurs de l’austérité, est méfiante face aux pressions de Paris en faveur de l’investissement, qui ne serait, aux yeux de Berlin, rien d’autre qu’un subterfuge pour éviter de réformer son économie. Le président François Hollande a dernièrement plaidé pour plus d’indulgence vis-à-vis de la France et a demandé à ses partenaires européens de lui laisser davantage de temps pour mener les réformes et atteindre ses objectifs en matière de déficit. Par ailleurs, le président français a reconnu que les résultats se faisaient attendre.

Lors d’une intervention à Bruxelles, Emmanuel Macron, le nouveau ministre de l’Économie a confirmé l’engagement de son pays dans les réformes, mais a insisté dans le même temps sur la nécessité d’investir plus pour relancer l’économie.

« L’investissement n’est pas un moyen de se soustraire aux réformes. C’est un outil essentiel pour renforcer l’offre et l’innovation », a asséné le jeune ministre devant un parterre de journalistes à Bruxelles après la réunion du Conseil de l’UE.

« Nous devons avoir une approche concrète : savoir où bien dépenser, avoir des critères et des priorités » a conclu Emmanuel Macron.

Contexte

Les dirigeants européens se sont mis d'accord pour un « pacte de stabilité et de croissance » lors du sommet européen en juin 2012, peu après les élections législatives nationales de François Hollande en France.

Les mesures en question comprennent l'augmentation du capital de la Banque européenne d'investissement, la réallocation des fonds d'aides régionaux non dépensés et le lancement d'obligations pour la réalisation de projets (« project bonds ») visant à cofinancer de grands programmes d'investissement public. (déjà traduit)

Des doutes ont toutefois été émis quant à la rapidité de la levée des fonds, car les projets d'infrastructure nécessitent souvent plusieurs années avant de se concrétiser.

 >> Lire : Le pacte de croissance européen de 120 milliards d’euros suscite des interrogations

Prochaines étapes

  • 1er novembre 2014 : la nouvelle Commission devrait entrer en fonction; 

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