EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

29/07/2016

La Slovène Alenka Bratušek, fusible du Parlement européen

Priorités UE 2020

La Slovène Alenka Bratušek, fusible du Parlement européen

Alenka Bratušek

Après une mauvaise audition, la candidature d’Alenka Bratušek a été rejetée par le Parlement européen. Les tractations entre les différents groupes politiques qui l’ont écarté de la Commission ont par contre sauvé le très controversé candidat espagnol, Miguel Cañete. 

Alenka Bratušek, l’ancienne première ministre de Slovénie et candidate au poste de vice-présidente de la Commission européenne en charge de l’Énergie est hors-jeu.

Le 8 octobre, la commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie et celle de l’environnement du Parlement européen ont rejeté sa candidature, par un vote sans appel:  Seuls 13 votes ont été faveur, contre 112 en défaveur.

>> Lire : La médiocre performance de Bratušek met Juncker en difficulté

La Slovénie doit maintenant présenter un nouveau candidat et  Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne sera certainement contraint de redistribuer les portefeuilles au sein de sa nouvelle équipe. 

Le groupe des Socialistes et démocrates (S&D) avaient accepté de soutenir la candidature controversée de l’Espagnol Miguel Cañete en échange du soutien du Parti populaire européen (PPE) au socialiste français Pierre Moscovici. L’ex-ministre français des Finances, qui s’est vu attribuer le portefeuille de l’Économie et des affaires monétaires, a reçu le même jour une confortable majorité.

Autre candidat sauvé par les accords entre les principaux groupes du Parlement européen, l’Espagnol Miguel Cañete. Les eurodéputés ont fermé les yeux sur une pétition qui avait réussi à rassembler près de 600 000 signatures, et ont ignoré la campagne sur les médias sociaux et téléphonique demandant le rejet de la candidature de l’Espagnol.

Miguel Cañete a recueilli 83 votes favorables contre 42 bulletins défavorables et 3 abstentions en tant que commissaire. Pour ce qui est du portefeuille lié à la lutte contre le changement climatique et l’énergie, l’Espagnol a reçu 77 votes pour, 48 contre, et 3 abstentions. 

En tant que deuxième plus grand groupe politique du Parlement européen, l’apport des voix du S&D a été vital pour soutenir la candidature de M. Cañete. D’autres groupes politiques, à l’instar des Verts, ont en revanche voté contre le candidat du premier ministre espagnol Mariano Rajoy.

Des doutes ont subsisté quant à la décision de Jean-Claude Juncker pour intégrer le développement durable dans le portefeuille de Frans Timmermans, le premier vice-président de la Commission, à la suite d’une requête des sociaux-démocrates et des verts.  

Trahison

>> Lire : Mobilisation contre la nomination de Miguel Cañete

« Aujourd’hui, les eurodéputés ont trahi les espoirs que nous avions placés en eux et ont placé un baron du pétrole à la tête des politiques européennes sur le climat», a déclaré à la suite du vote du Parlement européen Luis Morago, le directeur de la campagne d’Avaaz, responsable de la pétition contre le commissaire espagnol.

« Les dirigeants des sociaux-démocrates n’ont ni tenu leurs promesses – et ni écouté les électeurs européens. [Par ce vote], ils n’ont pas redonné confiance dans l’UE », a-t-il commenté.

Magda Stoczkiewicz, directrice des Amis de la Terre, a ajouté pour sa part : « nous sommes déçus que le Parlement européen ait porté la candidature de M. Cañete, qui – nous le pensons – continue de faire l’objet de conflits d’intérêts.

Les citoyens vont suivre ses actions de près et il devra prouver qu’il agit effectivement en toute indépendance pour la lutte contre le changement climatique et non pour des pollueurs ».

L’étrange mise en déroute de Bratušek

Plus tôt dans la journée du 8 octobre, la porte-parole de Jean-Claude Juncker, Natasha Bertaud, a démenti les rumeurs selon lesquelles Alenka Bratušek avait retiré sa candidature après le désaveu du Parlement européen.

Alors qu’elle est en théorie une libérale, les eurodéputés de l’ADLE ont voté contre elle. Alenka Bratušek a dernièrement fondé un parti libéral constitué de seulement quatre eurodéputés, qui ne sont pas affiliés au groupe de l’ADLE au Parlement européen.

Le Parlement européen peut soit rejeter soit accepter la nouvelle équipe de M. Juncker en bloc, ce qui contraint le Luxembourgeois à trouver une remplaçante à Alenka Bratušek. Cette dernière avait été accusée de s’être nommée elle-même candidate après avoir perdu les législatives en Slovénie l’année dernière.

La commission des affaires économiques et monétaires a voté en faveur du Français Pierre Moscovici, du Britannique Jonathan Hill, du Finlandais Jyrki Katainen, enfin du Letton Valdis Dombrovskis. 

Réactions

A l’issue de cette journée, Pervenche Berès (S&D), a déclaré : « « Bien sûr, j’aurais, et de très loin, préféré un-e autre commissaire désigné-e que M. Cañete, et je partage la frustration de mes collègues. Mais ce sont les Etats membres qui proposent leur commissaire et rien ne dit que M. Rajoy aurait daigné proposer un candidat plus crédible. Dépassant le piège tendu par la droite, les socialistes européens, bien que minoritaires, ont obtenu que Frans Timmermans, 1er vice-Président socialiste désigné de la Commission Juncker, chapeaute M. Cañete. Sa vice-Présidence est élargie au développement durable, ce qui constitue une véritable victoire ». 

Alain Lamassoure, président de la délégation française (UMP) du Groupe PPE a commenté : « La majorité qui a élu Jean-Claude Juncker a validé les choix de celui-ci, sous réserve du cas particulier de la candidate slovène et d'aménagements limités dans certaines des attributions. Le pôle économique et financier sera solidement tenu par les vice-présidents Katainen et Dombrovskis, auquel Pierre Moscovici est rattaché. Le jugement sur les politiques budgétaires des États sous surveillance, à commencer malheureusement par la France, sera le premier test de crédibilité de la nouvelle équipe ».

Françoise Grossetête du PPE considère pour sa part : « Pierre Moscovici s'est engagé devant nous à faire respecter les règles européennes en matière de dette et de déficit et à ne pas être particulièrement indulgent envers le gouvernement français. Nous y serons extrêmement attentifs, il devra travailler pour l'intérêt général européen ».

Contexte

Jean-Claude Juncker, le nouveau président de la Commission européenne a annoncé le 10 septembre la distribution des portefeuilles.

Parmi les nouveaux commissaires, qui devraient gagner leur poste le 1er novembre, 18 sont d'anciens ministres, voire premiers ministres. Le Président s'est félicité et a déclaré que la nouvelle Commission était « très politique ».

La nouvelle Commission doit maintenant faire l'objet d'un vote d'approbation dans son ensemble par le Parlement européen. Les auditions se tiennent du 29 septembre au 7 octobre.

Pendant ces deux semaines d'audition, les 27 commissaires vont être passés au crible par les eurodéputés issus des commissions correspondant au poste brigué par le candidat.

À l’issue de ces auditions, le Parlement pourra alors soit accepter soit rejeter le collège dans son ensemble. 

Prochaines étapes

  • Du 29 septembre au 7 octobre : auditions des commissaires désignés et réunions des commissions d'évaluation; pas d'auditions prévues le 3 et 6 octobre au matin
  • 7 octobre : réunion extraordinaire de la conférence des présidents de commission pour évaluer les conclusions des auditions.
  • 8 au 9 octobre : les groupes se réunissent le 8 octobre après-midi et le 9 octobre matin pour évaluer les auditions.
  • 9 octobre : la conférence des présidents se réunit pour annoncer la fin des auditions et finaliser les évaluations
  • 22 octobre : vote en plénière