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26/09/2016

Le plan Juncker démarre en France

Priorités UE 2020

Le plan Juncker démarre en France

Première opération financière au titre du plan d'investissement pour l'Europe

[Banque européenne d'investissement]

Alors que les négociations à Bruxelles se poursuivent, 200 millions d’euros seront débloqués en France le 15 mai pour financer les PME innovantes.

Le coup d’envoi du plan Juncker a été donné le 12 mai à Paris, à l’occasion de l’annonce de la mise en place d’une enveloppe de prêts de 420 millions d’euros pour les entreprises innovantes en France.

Pas encore né sur le papier, le plan Juncker qui doit débloquer 315 milliards d’euros pour relancer l’investissement en Europe est toujours en discussion entre les institutions européennes (conseil, Commission et Parlement) et attend le feu vert des eurodéputés, qui doivent se prononcer au mois de juin.

>>Lire : La BEI ne perdra pas son AAA à cause du plan Juncker

Mais l’opération financière annoncée à Paris n’a pas attendu. « Il s’agit de la première signature de préfinancement du plan Juncker », soutient Ambroise Fayolle, vice-président du groupe BEI. Une façon pour les institutions financières de donner vie au projet avant même son adoption.

Cette opération, fruit d’un accord entre le Fonds européen d’investissement (FEI) et la Banque publique d’investissement française, Bpifrance permet d’octroyer 200 millions d’euros de garanties à la banque publique française, ce qui lui permettra d’augmenter de 420 millions d’euros sur deux ans les prêts qu’elle octroie aux start-up françaises. Les crédits seront disponibles dès le 15 mai.

Mise en œuvre rapide

Bpifrance pourra ainsi distribuer 320 millions d’euros, qui seront garantis à hauteur de 50 % par le FEI, visant à faciliter le lancement industriel et la mise sur le marché d’innovations de PME et d’entreprises de taille intermédiaire (moins de 500 salariés).

>>Lire : La France trouve 8 milliards à verser au plan Juncker

Les 100 millions restant, garantis à hauteur de 40 % par le FEI, permettront de renforcer la structure financière des jeunes entreprises.

Un plan Juncker Plus ?

Pour le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, ce coup d’accélérateur est une condition sine qua non de la réussite du plan Juncker. Mais sur le long terme, les 315 milliards d’euros que le plan Juncker compte débloquer en faveur de l’investissement ne sont pas suffisants, a martelé le ministre.

« La France continue à porter l’idée qu’il faut arriver à mobiliser davantage d’argent pour soutenir l’investissement. C’est ce que j’appellerais un plan Juncker + » a expliqué le ministre.

Pour développer l’investissement au niveau européen, le ministre a clairement manifesté sa préférence pour la création d’une capacité d’endettement commune aux pays européens. « Augmenter le budget européen ou prélever une taxe commune, ce serait long et compliqué à mettre en œuvre. Il faudrait une capacité d’endettement commune au niveau européen » a-t-il poursuivi, même si cette option ne peut s’inscrire que sur le « long-terme » reconnait Emmanuel Macron.

>>Lire : Le financement du plan Juncker pose question

Pour l’heure, le plan s’appuie sur 5 milliards d’euros de la Banque européenne d’investissement (BEI) et la garantie d’une contribution de 8 milliards d’euros de fonds européens, prélevés sur des programmes européens existants : le mécanisme pour l’interconnexion en Europe (3,3 milliards), le programme de recherche Horizon 2020 (2,7 milliards) et 2 milliards provenant de fonds non utilisés.

Une redistribution des fonds européens qui fait grincer des dents du côté du Parlement, qui souhaite une véritable additionnalité budgétaire. Et complique les discussions interinstitutionnelles.

>>Lire : La Commission menace de raboter Erasmus pour financer le plan Juncker

« Cette première signature anticipée d’un projet labellisé Plan Juncker en France, ne doit pas nous éloigner de l’essentiel. À savoir, les négociations qui ont lieu en ce moment entre le Parlement européen, la Commission européenne et l’eurosceptique Conseil sur les sources de financement de ce plan » prévient Dominique Riquet, député européen UDI.

Réactions

« Le lancement de ce projet montre que le plan européen d’investissement avance et que la France se mobilise. Le plan européen permet de financer plus d’investissements, plus rapidement, sur des projets plus risqués. Les porteurs de projet doivent se mobiliser pour tirer pleinement parti de ce nouvel outil. » a indiqué Emmanuel Macron, ministre de l’économie, de l’industrie et du numérique.

« Je me félicite de la signature, ce jour, de la toute première opération au titre de ce plan d'investissement. Grâce à l'appui combiné du Fonds européen pour les investissements tratégiques et du programme Horizon 2020, des financements supplémentaires importants seront mis à disposition d'entreprises innovantes, PME, start-ups, mais aussi petites entreprises de taille intermédiaire, en France. Cette opération ouvre de nouvelles perspectives en matière de création d'emplois, de croissance et d'innovation en Europe. » s'est félicité Jyrki Katainen, vice-président de la Commission européenne chargé de l'emploi, de la croissance, de l'investissement et de la compétitivité.

« En sus du plan d'investissement de 315 milliards d'euros qui englobe le soutien à l'innovation et aux PME, les instruments InnovFin au titre du programme Horizon 2020 doivent mobiliser 48 milliards d'euros d'investissements en faveur de la recherche et de l'innovation. La signature de l'opération entre le FEI et Bpifrance illustre parfaitement comment le FEIS et InnovFin se complètent et se renforcent mutuellement, mais aussi comment ils aident les entreprises innovantes à lancer leur activité, investir, croître et créer des emplois, en France et dans le reste de l'Union européenne. » a expliqué Carlos Moedas, commissaire européen pour la recherche, la science et l'innovation.

« Cette transaction est la première en Europe au titre du plan d'investissement pour l'Europe. Le Groupe BEI tient son engagement : être opérationnel avant même que le FEIS ne soit institué officiellement. L’innovation et le soutien aux entreprises sont essentiels à la croissance et à la compétitivité de l’économie française. En garantissant le risque inhérent à ce type de financement, le Groupe BEI a pour objectif d’être un partenaire clef des entreprises innovantes et des start-ups françaises au niveau national comme au cœur des territoires. Une force de frappe qui sera d’autant plus grande grâce au soutien de nos partenaires. » a déclaré Ambroise Fayolle, vice-président du Groupe BEI.

« Je me réjouis de signer avec Bpifrance, ici à Paris, le premier accord au titre du FEIS en Europe. Dans le droit fil du plan d'investissement pour l'Europe, la garantie de l'UE nous permettra de soutenir davantage d'entreprises innovantes au titre du programme InnovFin dans un laps de temps plus court que prévu auparavant et, partant, de stimuler la compétitivité de l'Europe. » a souligné Pier Luigi Gilibert, directeur général du FEI.

« La signature de cet accord montre l’engagement et le rôle essentiel des Banques Nationales de Développement et Institutions Financières dans le déploiement du Plan Européen d’Investissement. Toutes les composantes du Groupe Caisse des Dépôts sont mobilisées pour en assurer le succès et veiller à ce que les conditions de mise en œuvre soient les plus opérationnelles possibles. » a affirmé Pierre-René Lemas, Directeur Général du Groupe Caisse des Dépôts.

« Les prêts Innovation et Amorçage Investissement seront accessibles aux entreprises françaises dès le 15 mai 2015. Cette capacité à mettre en œuvre rapidement le plan Juncker confirme le rôle clé de Bpifrance en faveur de l’innovation et son rôle de partenaire de confiance des institutions européennes. » a déclaré le Directeur général de Bpifrance, Nicolas Dufourcq.

Contexte

La Commission a dévoilé en novembre 2014 le mécanisme de son nouveau plan d'investissement de 315 milliards d'euros.

L'argent qui alimentera ce plan sera investi prioritairement dans les pays du sud de l'Europe, durement touchés par la crise, dans un mouvement de solidarité entre les États membres.

>> Lire : La Commission dévoile son plan d'investissement de 315 milliards d'euros

L'idée sur laquelle a travaillé l'équipe du vice-président de la Commission, Jyrki Katainen, est celle de créer un nouveau Fonds européen pour les investissements stratégiques à partir de 5 milliards d'euros de la Banque européenne d'investissement (BEI) et la garantie d'une contribution 8 milliards d'euros de fonds européens existants, contribution susceptible d'être élargie jusqu'à 16 milliards.

La garantie de 8 milliards d'euros sera injectée sur trois ans et proviendra du mécanisme pour l'interconnexion en Europe (3,3 milliards), du programme de recherche Horizon 2020 (2,7 milliards) et d'une « marge budgétaire », c'est-à-dire des fonds non utilisés (2 milliards).

Le fonds pour les investissements stratégiques, de 21 milliards d'euros au départ, devrait générer quelque 240 milliards en investissements à long terme et 75 milliards pour les PME et les sociétés de moyenne capitalisation sur deux ans, entre 2015 et 2017.

La question du manque de liquidité se pose cependant, et certains eurodéputés ont qualifié le plan de « recyclage et réétiquetage » de programmes existants.

>> Lire : Le plan d’investissement de Juncker arrivera-t-il à générer assez de liquidités ?

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