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26/09/2016

Le plan Juncker profite surtout aux grands États

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Le plan Juncker profite surtout aux grands États

IEn France, le plan Juncker a soutenu la rénovation énergétique des logements privés

[Michèle Turbin/Flickr]

La France, l’Italie et l’Espagne ont englouti la majeure partie des fonds du plan d’investissement en 2015.

La première année d’existence du plan Juncker a largement profité aux grand pays de l’Union européenne.

Lancé en 2015, le plan d’investissement visant à mobiliser 315 milliards d’euros a mené des opérations dans 22 des 28 États membres. Mais certains pays ont davantage tiré leur épingle du jeu que d’autres, notamment la France, l’Espagne et l’Italie.

Au cours de l’année 2015, le plan Juncker a mobilisé 7,5 milliards d’euros par le biais de la Banque européenne d’investissement. Un montant qui devrait catalyser environ 50 milliards d’euros d’investissement.

La France troisième destinataire

La France, troisième pays destinataire du plan Juncker derrière l’Espagne et l’Italie a reçu des appuis pour un montant total de 1,3 milliard d’euros, permettant de catalyser environ 7 milliards d’euros. « La France a été un des bénéficiaires importants du Plan Juncker en 2015, et cela devrait se poursuivre en 2016 », a expliqué Ambroise Fayolle.

>>Lire : Le plan Juncker démarre en France

Lancé au printemps 2015, le plan d’investissement voulu par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, doit permettre de mobiliser un total de 315 milliards d’euros sur 3 ans an faveurs de projets liés à l’environnement, aux infrastructures, à l’innovation ou encore aux PME.  Mais surtout de relancer le niveau d’investissement en Europe.

« L’investissement au sein de l’Union européenne est aujourd’hui 15 % inférieur à son niveau de 2007, ce qui n’est pas le cas de nos principaux concurrents commerciaux » a rappelé Ambroise Fayolle, Vice-président de la BEI lors d’une conférence de presse.

Pour atteindre ce montant, l’UE a versé 8 milliards d’euros au Fonds européen pour les investissements stratégiques, le bras armé du plan Junker. Ce montant, apporté sous forme de garantie, compte double (16) en raison de la qualité de la signature.

>>Lire : Le financement du plan Juncker pose question

La BEI a de son côté apporté 5 milliards. Les 21 milliards d’euros sont maintenant utilisés pour soutenir l’investissement dans des projets aux profils plus risqué que ceux habituellement soutenus par la BEI, et parient sur un effet « démultiplicateur » de 15 pour atteindre son objectif de 315 milliards d’euros.

Question de l’effet de levier

L’effet démultiplicateur recherché pour assurer le succès du plan Juncker a pour l’instant été au rendez-vous en 2015. Mais le profil des projets soutenu pour le plan Juncker, plus risqué que les projets habituellement financés par la BEI, pourrait entamer l’effet multiplicateur.

 « On ne peut pas mesurer l’effet de levier projet par projet, et nous ne pourrons le faire qu’ex post » prévient Ambroise Fayolle. « Mais ce qui nous rassure, c’est que les 10 milliards d’euros d’augmentation de capital de la BEI en 2012, nous ont permis d’atteindre 180 milliards d’euros de financement, soit un effet multiplicateur de 18 » a-t-il poursuivi.

>>Lire : L’économiste Jeremy Rifkin juge le plan Juncker insuffisant

 « Les projets soutenus en France par les financements du Plan Juncker correspondent à des risques élevés et des failles de marché » explique le vice-président. En France la BEI a par exemple soutenu des sociétés de tiers financement pour la rénovation énergétique des logements privés. « C’est une activité que l’on essaye de lancer, car le secteur bancaire en est pour l’instant presque totalement absent » indique Ambroise Fayolle.

Évolution de la gouvernance

La question de la frilosité de la BEI en termes de sélection de projets a également été sujette à débat.  L’institution, qui peut emprunter à des taux extrêmement intéressants grâce à son triple A auprès des agences de notation, a souvent été critiquée pour le peu de prise de risque dans le financement de projet.

Un profil aux antipodes de l’objectif du plan Juncker, qui table justement sur le soutien aux projets en mal de financements faute d’une rentabilité ou d’une attractivité suffisante pour attirer seuls les investisseurs privés.

« Mais avec le plan Junker nous allons avoir un vrai changement d’échelle pour financer les projets plus risqués » affirme le vice-président de la BEI.

Pour l’année 2015, les projets financés au titre du plan Juncker ont été sélectionnés par le conseil de gouvernance de la BEI et validés par la Commission européenne. Le lancement du plan ayant eu lieu avant la mise en place officielle du comité de pilotage, qui se réunira pour la première fois fin janvier, et qui sera officiellement en charge de valider les projets.

Un nouveau processus qui devrait par ailleurs inclure le Parlement européen. « Le président du comité de pilotage et celui de FESI doivent rendre compte tous les six mois au Parlement européen » explique Ambroise Fayolle.

>>Lire : Xavier Timbeau :  Le plan Juncker ne marche pas

Contexte

La Commission a dévoilé en novembre 2014 le mécanisme de son nouveau plan d'investissement de 315 milliards d'euros.

L'argent qui alimentera ce plan sera investi prioritairement dans les pays du sud de l'Europe, durement touchés par la crise, dans un mouvement de solidarité entre les États membres.

>> Lire : La Commission dévoile son plan d'investissement de 315 milliards d'euros

L'idée sur laquelle a travaillé l'équipe du vice-président de la Commission, Jyrki Katainen, est celle de créer un nouveau Fonds européen pour les investissements stratégiques à partir de 5 milliards d'euros de la Banque européenne d'investissement (BEI) et la garantie d'une contribution 8 milliards d'euros de fonds européens existants, contribution susceptible d'être élargie jusqu'à 16 milliards.

La garantie de 8 milliards d'euros sera injectée sur trois ans et proviendra du mécanisme pour l'interconnexion en Europe (3,3 milliards), du programme de recherche Horizon 2020 (2,7 milliards) et d'une « marge budgétaire », c'est-à-dire des fonds non utilisés (2 milliards).

Le fonds pour les investissements stratégiques, de 21 milliards d'euros au départ, devrait générer quelque 240 milliards en investissements à long terme et 75 milliards pour les PME et les sociétés de moyenne capitalisation sur deux ans, entre 2015 et 2017.

La question du manque de liquidité se pose cependant, et certains eurodéputés ont qualifié le plan de « recyclage et réétiquetage » de programmes existants.

>> Lire : Le plan d’investissement de Juncker arrivera-t-il à générer assez de liquidités ?