Les élections polonaises et espagnoles forcent à repenser l’Europe selon Mogherini

Les services de Federica Mogherini accueilleront le groupe de travail. [Reuters]

Les élections présidentielles en Pologne, remportées par un candidat eurosceptique, et  la montée des anti-système pour les municipales espagnoles soulignent la nécessité de repenser le projet européen.

En Pologne, les élections présidentielles du 24 mai ont été remportées par le candidat conservateur Andrzej Duda. Une victoire qui fait office de sonnette d’alarme pour le gouvernement, qui doit être réélu dans l’année.

Andrzej Duda occupe actuellement le poste d’eurodéputé du parti d’opposition Droit et Justice, une formation eurosceptique affiliée aux Conservateurs et Réformistes européens (CRE) et dirigée par Jaros?aw Kaczy?ski. Le parti est également socialement conservateur et proche de l’Église catholique.

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Des élections parlementaires se dérouleront à la fin du mois d’octobre et la défaite du président sortant, Bronis?aw Komorowski, allié de la Première ministre Ewa Kopacz et issus lui aussi de Plateforme civique, n’augure rien de bon pour la réélection du parti, affilié au PPE.

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Rafal Grupinski, qui dirige le caucus parlementaire de Plateforme civique, a déclaré craindre que la victoire de Duda bloque la « modernisation potentielle de l’État » pour les cinq ans à venir. Le changement de président pourrait également mener à un changement de la politique étrangère de la Pologne, particulièrement en ce qui concerne l’Union européenne.

En Espagne, les élections locales et régionales ont été caractérisées par l’avancée de nouvelles forces politiques, le parti anti-austérité Podemos et le parti de centre-droit Ciudadanos. Elles marquent ainsi la fin d’un bipartisme qui a vu le Parti populaire et les socialistes alterner à la tête de l’État depuis la fin de la dictature, il y a 40 ans.

>> Lire : Ciudadanos et Podemos, les deux trublions de la politique espagnole

Diversité européenne

Le 25 mai, Federica Mogherini, la Haute Représentante pour les Affaires étrangères, était à Rome pour accepter un prix de l’institut italien pour les études politiques internationales (ISPI). Dans son discours, elle a souligné que la déclaration Schuman du 9 mai 1950 avait 65 ans. Le texte proposait la création d’une nouvelle forme d’organisation d’États en Europe. L’avenir de l’UE ne peut aujourd’hui être abandonné à une simple confrontation entre pro-Europe et eurosceptiques, a insisté l’Italienne.

« Ce que nous indiquent les résultats des élections en Pologne et en Espagne, bien que très différents, ainsi que l’actualité grecque et britannique, c’est qu’il existe une nécessité de repenser notre façon d’être Européens si nous voulons sauver le projet de nos pères fondateurs », estime Federica Mogherini.

Elle a également souligné l’importance de préserver la valeur élémentaire de diversité européenne. « La diversité ne nous fait pas peur. Nous sommes la diversité. La diversité est dans notre ADN. Nous ne resterons fidèles au projet de nos pères que si nous acceptons les enfants de pères différents du nôtre. Ce ne sera plus l’Europe si nous la remplissons de nouveaux ghettos, de nouveaux marginaux, si nous la faisons vivre dans la peur de l’autre. Notre Histoire, l’Histoire européenne nous a appris que l’autre, c’est nous », a déclaré la Haute Représentante.

Contexte

La crise qui a frappé la zone euro entre 2009 et 2013 a eu de nombreuses répercussions politiques. Le parti anti-austérité Syriza a remporté les élections grecques alors que Podemos gagne irrésistiblement du terrain en Espagne, où le parti de gauche a notamment remporté la mairie de Barcelone.

À l'autre extrême du spectre politique, la popularité des partis anti-UE et d'extrême droite est également à la hausse, comme le démontre les résultats du Front National en France, de UKIP au Royaume-Uni ou encore de Jobbik en Hongrie. Fait peut-être encore plus révélateur, les partis politiques traditionnels ont aussi intégré certaines rhétoriques anti-UE et xénophobe.