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26/09/2016

Les Néerlandais s’opposent à l’accord entre l’UE et l’Ukraine

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Les Néerlandais s’opposent à l’accord entre l’UE et l’Ukraine

Geert Wilders, fondateur du Parti pour la liberté. [Reuters].

Les électeurs néerlandais ont dit massivement rejeté le 6 avril l’accord d’association entre l’Ukraine et l’UE, lors d’un référendum consultatif devenu un vote symbolique sur l’UE.

Selon les résultats provisoires, le non à l’accord entre l’UE et l’Ukraine l’a emporté avec 61,1 %, et le taux de participation s’élève finalement à 32,2 %, soit au-dessus du seuil nécessaire de 30 % pour valider le referendum.

Le vote a été salué comme une victoire par les mouvements eurosceptiques néerlandais, et la classe politique du pays, dont le Premier ministre libéral Mark Rutte, a rejeté une ratification de l’accord sous sa forme actuelle.

>>Lire : Le dirigeant nationaliste néerlandais veut un referendum sur l’euro

L’accord, qui porte sur le commerce, la politique et la défense, est déjà en place à titre provisoire, mais il doit être ratifié par les 28 Etats membres de l’UE pour avoir pleine force légale. Les Pays-Bas sont le seul pays à ne l’avoir toujours pas ratifié.

Les résultats définitifs seront publiés mardi par la commission électorale, mais si le référendum, pourtant consultatif, est bel et bien validé, « l’accord ne peut être ratifié tel qu’il est actuellement », a affirmé M. Rutte.

Les partis politiques, dont ceux qui avaient mené campagne en faveur du oui, ont secondé cette déclaration et rejeté une ratification de l’accord, qui vise à renforcer le dialogue politique ainsi que les échanges économiques et commerciaux entre l’UE et l’Ukraine.

« Il semble que les Néerlandais ont dit non à l’élite européenne et non au traité avec l’Ukraine, le début de la fin de l’UE », a réagi le député d’extrême-droite Geert Wilders, qui avait activement mené campagne pour le camp du non.

Il s’agit pour lui d’une « motion de défiance du peuple contre les élites de Bruxelles et de La Haye » (Pays-Bas).

En amont du referendum britannique

Les résultats de ce référendum, dont les organisateurs admettent qu’il ne concerne pas l’Ukraine, mais répond à une animosité plus large envers l’UE, seront examinés à la loupe en Grande-Bretagne, quelques mois avant un vote en juin sur une sortie de l’Union européenne, le « Brexit ».

« Ce rejet humiliant de l’accord avec l’Ukraine prouve que les gens n’ont pas besoin de supporter l’Union européenne pour se sentir européens », a affirmé dans un communiqué Brian Monteith, le porte-parole de la campagne en faveur du Brexit.

Les Pays-Bas sont le dernier pays de l’UE à ne pas avoir ratifié l’accord, qui a cependant reçu le feu vert du Parlement. Le vote n’est pas contraignant, mais une victoire du non peut « ouvrir la voie à une crise européenne », avait prévenu le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

« Une chose à la fois »

Les Européens et Moscou suivent attentivement ce scrutin, tout comme l’Ukraine où la volte-face en 2013 de l’ancien président Viktor Ianoukovitch, qui avait renoncé au dernier moment, sous la pression de Moscou, à signer cet accord, avait provoqué le soulèvement proeuropéen du Maïdan.

Pour Kiev, qui a envoyé des ministres faire campagne aux Pays-Bas, cet accord représente une « nouvelle ère » pour l’Ukraine, tandis que Moscou le considère comme un empiètement des Européens dans sa sphère d’influence.

>>Lire : L’UE suspend sa main tendue vers l’Ukraine

Des associations eurosceptiques avaient collecté plus de 300.000 signatures pour demander ce vote, sur la base d’une nouvelle loi autorisant les Néerlandais à s’exprimer sur des décisions législatives.

Cet accord n’est qu’un exemple de plus, assure un de ces groupes, d’une UE bureaucratique et technocratique ayant perdu le contact avec ses citoyens.

« Une chose à la fois », a néanmoins tempéré le premier ministre: « d’abord avoir les résultats définitifs, ensuite en discuter au sein du gouvernement et avec nos partenaires à Bruxelles et au Parlement ». « Cela va prendre des semaines », a-t-il ajouté.

Désengagement

Selon des analystes, le gouvernement, qui assure la présidence tournante de l’UE jusque fin juin, pourrait négocier afin de se désengager de certaines parties du traité.

Le camp du non avait notamment évoqué comme arguments la corruption en Ukraine et la guerre dans l’est du pays. Si ces arguments ont été entendus dans la majorité du pays, Amsterdam a choisi de les ignorer.