Merkel face à un vote délicat au parlement allemand

Les députés allemands rentrent de vacances pour voter sur le programme d'aide à la Grèce ce vendredi. [heipei/Flickr]

Le parlement allemand doit se prononcer sur le troisième plan de renflouement grec vendredi 17 juillet. L’issue du vote reste cependant incertaine. Un article d’EURACTIV Allemagne.

Si la majorité des 631 députés du Bundestag devrait s’exprimer en faveur du programme d’aide à la Grèce, le vote de vendredi n’en est pas moins un moment délicat pour la chancelière Angela Merkel. La rancœur est bien présente au sein de sa propre alliance de centre droit, tout comme le risque que de nombreux parlementaires s’opposent à la mesure.

« Ce paquet n’est ni crédible ni viable », estime le député de centre droit Klaus-Peter Willsch. Klaus-Peter Willsch et Wolfgang Bosbach, tous deux issus de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), le plus grand parti de centre droit, ont déjà annoncé leur intention de voter contre le programme, tout comme lors des précédents votes sur l’aide à la Grèce.

Le premier vote portera sur le mandat que le gouvernement doit recevoir du parlement pour mener à bien les négociations pour un troisième programme de renflouement à la Grèce. La plupart des députés de centre-droit, sociaux-démocrates et Verts devraient accorder au gouvernement allemand le mandat nécessaire, mais le Parti de gauche est au contraire très susceptible de rejeter ce plan. Le parlement allemand devra ensuite accepter le programme lui-même lors d’un deuxième vote.

L’accord établi le matin du lundi 13 juillet à Bruxelles n’est qu’une énième tentative de « colmater les failles du système avec beaucoup d’argent », estime Klaus-Peter Willsch. Il critique notamment l’envergure du fonds de privatisation de 50 milliards d’euros. Cet objectif de privatisation était déjà présent dans le premier programme de sauvetage, mais la Grèce n’avait même pas atteint 10 % de la somme prévue.

Hans-Peter Friedrich, président adjoint du groupe de centre droit au Bundestag, a également exprimé ses doutes quant aux promesses faites par le gouvernement de gauche grec. « Je ne crois pas un mot de ce que ces communistes grecs disent », a-t-il déclaré à Bild.

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Soutien des dirigeants de centre droit

Dans le même temps, les dirigeants du CDU et le groupe de centre droit du parlement soutiennent l’accord négocié avec la Grèce et ont assuré la chancelière de leur soutien lors du vote de vendredi.

« Il est clair que le conseil national soutient Merkel sur ce point », a confirmé Peter Tauber, secrétaire général du CDU lundi. Lors d’une réunion lundi, la chancelière a été « longuement » applaudie, ajoute-t-il. Selon lui, il y a eu une remarque qu’il « interprèterait comme critique » et « énormément » de témoignages de soutien.

Selon certaines sources au sein du parti, Volker Kauder, qui dirige le groupe de centre droit, aurait également accepté d’encourager le groupe parlementaire à voter en faveur du mandat au gouvernement. Il a souligné qu’il ne s’agissait pas d’une « collecte de fonds » pour Athènes, précisent nos sources, mais d’un paquet comprenant des « réformes structurelles ambitieuses ».

Après un accord entre les pays de la zone euro lundi matin à Bruxelles, Angela Merkel a déclaré qu’elle conseillerait « avec toute sa conviction » au parlement d’approuver la mesure. Le gouvernement allemand ne demandera cependant pas au Bundestag de s’exprimer avant que le parlement grec, la Vouli, ait lui-même validé tout le programme fixé lors des négociations de ce week-end et adopté une série de réformes concrètes. Le vote grec devrait avoir lieu mercredi 15 juillet.

Selon certaines sources au sein de la coalition au pouvoir, le président du Bundestag, Norbert Lammert (CDU), aurait annoncé qu’une session spéciale du parlement débutera à 10 heures vendredi matin. La veille, les groupes parlementaires devraient se réunir.

Certains députés interrompront donc leurs vacances pour venir voter. Les membres du parlement sont en effet en vacances d’été depuis le début du mois de juillet.

Le groupe de centre droit CDU/CSU a déjà prévu une réunion le soir du 16 juillet. Le Parti social-démocrate (SPD) a pour sa part informé les députés par SMS qu’ils devaient se préparer à une séance plénière vendredi.

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Contexte

Alexis Tsipras, le Premier ministre de gauche grec, a accepté un accord comprenant des réformes strictes après plus de 17 heures de négociations à couteaux tirés sur un troisième plan de sauvetage lors du sommet européen de ce week-end. Le plan devrait durer trois ans et permettre à la Grèce de toucher jusqu'à 86 milliards d'euros.

Ce programme, qui serait le troisième plan de sauvetage grec en cinq ans, doit à présent être validé par plusieurs parlements de la zone euro, dont les parlements allemand, français et grec.  Il sera fourni par le Mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds permanent de résolution de crise de la zone euro, qui a été mis sur pied il y a cinq ans dans le but de sauver la Grèce de la faillite.

« Il n'y aura pas de Grexit, s'est réjoui Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, après la fin des discussions lundi matin.

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Prochaines étapes

  • Mercredi 15 juillet : Le troisième programme d’aide à la Grèce est soumis au vote à la Vouli (parlement grec).
  • Mercredi 15 juillet : Vote sur l’accord à l’Assemblée nationale française.
  • Vendredi 17 juillet : Vote au Bundestag sur le programme de renflouement grec. Cette session spéciale du parlement devrait débuter à 10 heures.

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