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27/09/2016

Michel Barnier, le retour du «fléau de la City»

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Michel Barnier, le retour du «fléau de la City»

Le 1er octobre, Michel Barnier sera de retour à Bruxelles dans de nouvelles fonctions : celles de « négociateur en chef » avec le Royaume-Uni. Un article de notre partenaire, La Tribune.

Outre-Manche, la presse populaire a déploré le retour du « fléau de la City ». Elle lui reproche d’être anti-Britannique, ce qui n’est pas exact, en plus de ne pas être anglophone, ce qui l’est… et n’a pas manqué de susciter quelques sarcasmes de ce côté-ci de la Manche. Un peu trop facile !

En faisant revenir à lui l’ancien commissaire aux services financiers, le président de la Commission européenne a pris le risque d’agacer l’opinion britannique – pourquoi se soucierait-il de la ménager désormais ? – mais il s’est surtout adjoint les services d’un homme au profil éminemment politique, capable de tenir tête aux chefs d’État et de gouvernement, et de remettre la Commission européenne au centre de la négociation à venir entre Londres et les «Vingt-Sept».

Pour accomplir sa nouvelle mission, on peut gager que le Français aura recours aux mêmes recettes qui lui ont valu une reconnaissance dépassant largement les limites partisanes lors de son dernier passage au Berlaymont comme « grand méchant régulateur » de la finance : des slogans simples plutôt que de grandes théories (« Les banques doivent payer pour les banques ») et beaucoup de ténacité face aux lobbies et aux intérêts nationaux. Mais alors qu’à l’époque il pouvait s’appuyer sur l’agenda du G20 et la longue liste de réglementations à adopter, cette fois-ci il n’y a pas de feuille de route.

L’UE peut se noyer dans le Brexit

La « désadhésion » d’un pays est une aventure d’un genre tout à fait nouveau, une page blanche de l’histoire européenne. Pour éviter que l’Union ne se noie dans le Brexit, il faudra non seulement parler (anglais) avec Theresa May, mais aussi réconcilier les positions d’un Viktor Orban et d’un Matteo Renzi, jeter un pont entre les futurs dirigeants français et allemand, éviter le détricotage subreptice des règles du marché unique, sauver les chances d’une défense européenne qui n’est pas pensable sans le Royaume-Uni, ressouder la zone euro…

De ce point de vue, le pragmatisme du Savoyard est un atout dans le jeu du président Juncker. Revendiquant à la fois son attachement à la construction européenne et son gaullisme, le Français n’a jamais été proche de fédéralistes comme Guy Verhofstadt ou Daniel Cohn-Bendit. Il a même fait le choix de se ranger derrière Bruno Lemaire pour la primaire LR, alors même que le député de l’Eure a repris l’idée d’un référendum sur l’adhésion européenne. Son credo : les Européens se portent mieux solidaires que solitaires.

Cela laisse pas mal d’options possibles, comme – pourquoi pas ? – celle imaginée par le directeur de France Stratégie, Jean Pisani-Ferry, et le député allemand, proche de la chancelière Merkel, Norbert Röttgen : un « partenariat continental », sorte de participation « légère », mais structurée aux institutions et politiques européennes, réservée aux pays qui ne partagent pas l’ambition fédérale de la zone euro. Alors que la négociation n’a pas encore commencé, une chose est déjà certaine : le sens politique ne suffira pas à lui donner une issue heureuse. Il va falloir faire preuve d’imagination.

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