Influence française en berne à Bruxelles : Paris doit s’investir davantage !

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Jérôme Cloarec, président du think-tank Atelier Europe

La désignation du nouveau Collège des Commissaires, et la composition de leur cabinet, confirme la tendance à la perte d’influence de la France à Bruxelles. Outre les réformes économiques nécessaires, seule une action volontariste permettra à la France de retrouver un sens du leadership dont l’UE a besoin.

Un seul sur 28, ce serait le nombre de directeurs de cabinet de nationalité française au sein du nouveau collège des commissaires européens. Par contraste, les Allemands disposeraient de cinq chefs de cabinet (en jargon du Berlaymont, le siège de la Commission) et même les Britanniques, pourtant proches de la sortie, assureraient trois chefs de cabinet issus d’Albion. La présence au sein des cabinets de commissaire ne constitue évidemment pas le seul levier d’influence pour la France, comme il l’a été rappelé lors d’une conférence d’Euractiv sur le sujet. Pourtant, si de nombreux Commissaires souhaitaient auparavant la présence d’un Français dans leur équipe malgré les contraintes fortes (7-8 conseillers maxi, chef de cabinet compris), c’est que l’appui de ce pays apparaissait aussi essentiel. Il apparaît bien loin le temps, il y a une dizaine d’années encore, où la France apparaissait comme le leader politique de l’Europe, quand l’Allemagne était son moteur économique.

Mais comment une donnée aussi structurelle que l’influence peut-elle décliner aussi rapidement ? Il y a l’économie, bien sûr, et ce refus de se réformer. Volontiers donneurs de leçons, nous avons oublié que l’influence vaut d’abord par l’exemplarité. Mais pas seulement. Les Européens ont trop soupé de ce mélange d’indifférence et de dénigrement que le débat politique français leur renvoyait. Le landerneau politico médiatique à Paris, contrairement à celui des affaires, se désintéresse de Bruxelles (longtemps, on se pinça le nez pour prononcer le mot). Le référendum dévastateur de 2005 n’a pas provoqué de sursaut mais au contraire une défiance accrue. Au plan opérationnel, la France n’a jamais su compter dans les zones grises, celles où il ne suffit pas d’envoyer un bataillon de technocrates pour peser. Ainsi, au Parlement européen où l’Allemagne récolte les fruits d’années d’investissement, un député y faisant plusieurs mandats pour acquérir la crédibilité et l’influence nécessaires, la France a pris un temps extravagant pour acter la montée en puissance de la Chambre devenue co-législateur. La démocratie européenne n’est plus cet ersatz décoratif qui convenait à certains mandarins élevés au grain westphalien. Combien d’entre eux ont compris et anticipé la prise de pouvoir des partis politiques européens au moment de la désignation du nouveau président de la Commission européenne ? On a appelé ce processus le « spitzenkandidaten », un mot allemand évidemment.

Le cas du nouveau patron de l’exécutif européen illustre cette maladresse française. À l’origine très francophile, il semble avoir pris des distances avec notre pays à la suite des attaques incessantes, et intéressées, de responsables politiques français contre son pays, le Luxembourg, notamment sur la question du secret bancaire. Et ce alors même que le sujet était dans les « tuyaux » au Conseil : en faire un ramdam n’était pas la meilleure façon de trouver une issue et les autres États furent du reste discrets. Le Grand-Duché exigeait la réciprocité avec d’autres États comme la Suisse (ledit secret a été levé une fois des garanties apportées) et Jean-Claude Juncker n’a jamais été l’ami des banquiers si l’on daigne s’intéresser un peu à la vie de notre voisin.

Il n’y a pas de fatalité à cette éclipse (partielle) de la France. Notre pays regorge d’atouts qui lui ont permis d’être un moteur historique et de demeurer un élément clé de l’UE. Comme pour notre travail de réforme, sans lequel aucun crédit ne sera possible, la France doit retrouver confiance en elle-même pour accepter lucidement son rôle en Europe. Pour cela un mot, inconnu de notre lexique politique, est essentiel : le compromis. Et il faut réaliser enfin que la France dans l’Union, ce n’est pas seulement son État, mais aussi des talents qui, appuyés et irrigués pertinemment dans les différentes sphères européennes, concourront à nouveau au rayonnement de notre pays et à l’efficacité d’une UE à la recherche d’une dynamique. Nos entreprises ont bien compris cela, pourquoi nos décideurs politiques ne l’appliqueraient-ils pas ?

 

Jérôme Cloarec

 

 

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