« Le Brexit est un jeu politique, pas commercial »

Steffen Kampeter [European Union]

Le monde des affaires peut contribuer à limiter les dégâts économiques du Brexit en favorisant la raison dans un processus purement politique, estime Steffen Kampeter.

Steffen Kampater est le directeur général de la Confédération des associations des employeurs allemands. Il a été député pendant 25 ans pour le CDU et a été ministre adjoint des Finances de 2009 à 2015. Il est également co-président du Brexit exchange, une toute nouvelle plateforme qui n’est associée ni aux partisans du Brexit ni à ses détracteurs. Le but de ce forum est de « favoriser un échange de vues intelligent sur ces questions, motivé par des intérêts commerciaux et entendu par les politiciens à niveau européen », afin d’assurer la meilleure issue possible, à la fois pour le Royaume-Uni et pour l’Europe.

Vous lancez, avec d’autres dirigeants du monde des affaires, le Brexit exchange. Quel est le but de cette initiative ?

Le débat du Brexit est pour l’instant purement politique. Nous essayons donc d’y apporter de la rationalité économique, parce qu’un débat uniquement mené par des arguments politiques pourrait déboucher sur des inconvénients économiques. Nous espérons pouvoir mettre en place un processus plus rationnel, fondé sur des arguments commerciaux.

Êtes-vous motivés par la peur de voir vos arguments commerciaux ignorés ou par le  risque de voir le débat se transformer en procès pour savoir qui est responsable du Brexit ?

Nous avons par exemple différentes structures qui transmettent les attentes du monde des affaires, comme BusinessEurope, qui représente les entreprises lors des discussions avec la Commission européenne. L’avenir des échanges et de l’investissement entre le Royaume-Uni et l’UE à 27 est cependant si complexe qu’une structure ne suffit pas à favoriser les échanges entre les parties. Une approche différenciée devrait être plus viable.

S’agira-t-il donc d’un forum ? Quel type de structure construisez-vous ?

La première étape est d’ouvrir un débat dans le monde des affaires sur une approche bipartisane et représentant des intérêts multiples. Cela aura lieu à Londres la semaine prochaine. Ce débat sera suivi de plusieurs événements spécialisés sur certains secteurs, afin de voir ce qui va se passer. Je pense que nous pourrons ainsi livrer une analyse plus détaillée et informée, qui constituera une valeur ajoutée pour les négociateurs. Nous ne décidons pas du processus, mais nous pouvons l’alimenter avec les informations nécessaires, afin de le rendre plus rational.

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En tant que dirigeant du monde des affaires, comment comprenez-vous qu’un pays considérablement plus pauvre que l’Allemagne, avec moins d’industries compétitives sur le plan international et plus dépendant des investissements étrangers puisse penser mieux s’en tirer seul que dans l’UE ?

La plupart des dirigeants d’entreprises ont sans doute voté contre le Brexit. Notre approche est cependant de respecter la décision du Royaume-Uni et d’essayer, comme le disent certains, de faire du Brexit une réussite, ou comme le disent d’autres, de limiter les dégâts. Nous ne sommes pas à même de dicter les décisions des hommes politiques. Pour nous, le référendum constitue une information nouvelle à prendre en compte.

Le monde des affaires considère-t-il que, puisqu’il est impossible de maintenir le statu quo, il faudrait se reporter sur un type d’intégration économique comparable au marché unique, mais avec une mobilité réduite de la main d’œuvre ?

Je ne vois pas de volonté politique ou économique de séparer l’idée du marché unique des quatre libertés fondamentales : la libre-circulation des personnes, des biens, des capitaux et des services. Regardez les orientations que les chefs d’Etat ont donné à Michel Barnier il y a quelques jours, vous n’y trouverez pas de proposition sérieuse pour l’abandon de ces quatre libertés. Il n’est pas question de les séparer du marché unique. Ce n’est pas possible et ça ne sera pas accepté par les entreprises des 27.

Pensez-vous qu’il soit possible de mettre en place une solution de mobilité temporaire jusqu’à la finalisation complète des négociations ?

Pour les entreprises, la mobilité des travailleurs est essentielle, pour l’efficacité des échanges. Nous assistons déjà au premier impact négatif du Brexit sur les entreprises britanniques puisque, pour la première fois, les citoyens des 27 ne veulent plus aller travailler au Royaume-Uni, pas dans ces conditions, comme l’a démontré CBI. Ce sera un des points discutés lors des négociations, et nous espérons une solution. D’un autre côté, il doit être clair que l’accord final ne peut absolument pas donner à Londres tous les bénéfices du marché unique sans aucune des obligations.

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Voyez-vous déjà des possibilités pour l’accord final sur le Brexit?

Ce que je vois, c’est une volonté sérieuse de négocier, les deux parties ont présenté leurs positions de départ. C’est un jeu politique, et pas commercial, mais si les négociateurs estiment qu’il peut y avoir une solution, nous pouvons, via le Brexit exchange, les informer sur leur faisabilité et leur rentabilité, au moins au niveau économique.

Je nous décrirais comme un service pour les négociateurs. Notre intérêt est de faciliter les échanges commerciaux, de soutenir le développement positif de l’investissement, mais nous devons accepter le cadre que le monde politique nous impose. Nous pouvons cependant les informer sur le fait qu’en fonction des paysages politiques, l’impact économique pourra être différent.

Essayez-vous donc de laisser la politique de côté pour vous concentrer sur un débat constructif ?

Nous ne pouvons pas laissez la politique de côté, mais nous tentons de rationaliser le débat politique.

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