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07/12/2016

Après le Brexit, France et Royaume-Uni commémorent la bataille de la Somme

Royaume-Uni en Europe

Après le Brexit, France et Royaume-Uni commémorent la bataille de la Somme

Des soldats français recevant une décoration militaire pour leurs actes de bravoure - Somme, France, 1916. [Taylor S-K/Flickr]

Seulement deux jours après le sommet européen sur le Brexit, les dirigeants français et britanniques se retrouvent le 1er juillet à l’occasion d’une cérémonie de commémoration de la bataille de la Somme.

Le 30 juin, 100 ans après la bataille de la Somme, le prince William a rendu hommage à la génération perdue pendant la bataille la plus sanglante de l’histoire britannique.

« Nous avons perdu la fine fleur de toute une génération et, dans les années qui ont suivi, il semblait parfois que l’optimisme vital des Britanniques avait disparu avec eux », a-t-il déclaré lors de la cérémonie dans le Nord de la France.

« De bien des manières, ça a été le jour le plus tragique de la longue histoire de notre pays », a-t-il ajouté, à la veille du 100ème anniversaire de la bataille de la Première Guerre mondiale, qui a coûté la vie à près de 20 000 soldats britanniques en une journée.

Le prince William, son épouse Kate et son frère Harry ont participé au début d’une veille au mémorial de Thiepval en l’honneur des 1,2 million de combattants de diverses nationalités morts au combat, blessés ou portés disparus.

Les soldats, originaires du Royaume-Uni, de France, d’Australie, du Canada, d’Allemagne, d’Inde, d’Irlande, de Nouvelle-Zélande et du Pakistan se relaieront pour veiller jusqu’à 7h30 du matin, heure exacte à laquelle des dizaines de milliers de personnes se sont hissées hors des tranchées, avant d’être mitraillées par les armes allemandes.

Cataclysme de la guerre mondiale

« Cette nuit, nos pensées sont tournées vers eux… Nous reconnaissons que les gouvernements européens, y compris le nôtre, ont échoué à empêcher le cataclysme de la guerre mondiale », a admis le duc de Cambridge.

En dehors des 20 000 Britanniques morts dès le premier jour, il y a eu des dizaines de milliers de personnes blessées ou mutilées.

« D’une certaine façon, c’est assez émouvant. Pour moi, c’est important de s’en souvenir », explique l’Irlandais William Vernon quand en arrivant sous un ciel pluvieux pour participer à la commémoration du 1er juillet.

Il révèle qu’il est venu honorer son grand-oncle, également baptisé William, un banquier, mort à l’âge de 26 ans pendant la bataille de la Somme le 16 juillet 1916. Il avait réservé le ticket en ligne, comme les 10 000 autres membres du public.

Son fils William, 33 ans, estime également important de rendre hommage à ce parent mort dans des « conditions horribles ». « Cette guerre a été terrible et inutile. Se retrouver dans les tranchés était une véritable torture », a-t-il précisé.

Encore amis après le Brexit

Le Premier ministre britannique, David Cameron, pourtant enlisé dans son propre champ de bataille depuis le vote du Brexit, a confirmé qu’il serait présent lors de la cérémonie du 1er juillet, aux côtés de François Hollande.

Celui-ci a fait un changement de dernière minute dans son programme pour être présent, car « au-delà des événements actuels à l’échelle européenne, le Royaume-Uni reste un ami et la France compte bien préserver cette relation », a révélé à l’AFP une source proche du président.

>> Lire : Le Brexit menace les accords du Touquet

Le prince Charles sera, quant à lui, également présent à la cérémonie de Thiepval le 1er juillet, l’une des six cérémonies organisées en Picardie, selon les autorités locales.

Le mémorial de Thiepval est le plus grand mémorial de guerre du Commonwealth, rendant hommage plus de 72 000 hommes disparus.

Du côté des Alliés, la bataille qui a presque duré 5 mois représente une tragédie militaire non seulement pour les Britanniques, mais aussi pour leurs alliés irlandais, sud-africains, néo-zélandais, australiens et canadiens.  Des représentants de chaque pays seront présents.

Futilité de la guerre

La bataille de la Somme a été lancée à l’initiative des alliés le 1er juillet pour soulager un peu la pression des Français qui essuyaient encore les pertes de la bataille de Verdun.

>> Lire : À Verdun, l’appel pour protéger l’Europe

Les deux camps ont cependant souffert du carnage qui s’en est suivi et la bataille est devenue le symbole de l’horreur dans les tranchées et la futilité des conflits.

100 ans plus tard, les plantations ondoyantes de blé, maïs et betterave à sucre sont une attraction prisées des touristes, dont les descendants des victimes qui viennent se recueillir dans le cimetière.

Les tranchées sont peut-être recouvertes de plantes, mais elles y sont toujours, siège des souffrances des soldats, embourbés, dérangés par des rats et hantés par les corps des camarades tombés au combat.

« L’odeur nauséabonde des corps en décomposition me hante encore et je me souviens de choses que je préférerais oublier », a écrit le poète anglais Siegfried Sassoon qui a participé à la bataille.

En tout, les forces de l’Empire britannique ont perdu près de 125 000 hommes sur le champ de bataille, selon les données, selon Commonwealth War Graves Commission qui entretient encore 240 tombes dans la région.