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11/12/2016

Après la crainte du Brexit, la France redoute le statu quo

Royaume-Uni en Europe

Après la crainte du Brexit, la France redoute le statu quo

Cameron et Hollande. London, 22 September. [French Embassy in UK]

Si les Britanniques optent pour rester dans l’UE, le Royaume-Uni pourrait voir son pouvoir de nuisance renforcé dans les rouages européens.

Les anti-Brexit n’ont eu de cesse, ces six derniers mois, de fournir des études dramatiques et des chiffres angoissants sur les conséquences d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Dernière en date, celle de l’assureur Euler-Hermes semble clore le sujet avec des projections encore plus dramatiques : perte de PIB pour plusieurs pays européens, drame pour les Pays-Bas…

Mais à trois semaines du scrutin, et alors que les bookmakers donnent le « oui » au referendum gagnant, et que le nombre d’indécis se réduit, une autre angoisse est en train d’apparaître en France. Celle d’un Royaume-Uni triomphant d’arrogance au lendemain d’un referendum gagné par son Premier ministre, David Cameron.

« Le Royaume-Uni sera encore plus odieux à Bruxelles s’il reste en Europe » prévient Pervenche Berès, eurodéputé socialiste. Bien qu’elle préfère cette hypothèse, l’élue de gauche craint aussi le fait que « David Cameron reste », car là est bien l’enjeu. Peu euro-conciliant, le Premier ministre britannique sera conforté si le « IN » l’emporte. A l’inverse, il démissionnerait s’il perd.

En cas de statu quo, les revendications du Royaume-Uni, négociées de haute lutte lors du dernier Conseil européen, feront inévitablement l’objet de nouvelles discussions lors du prochain Conseil, les 28 et 29 juin, dont même la date a été revue pour plaire aux Britanniques. Le Conseil devait initialement se tenir les 23 et 24 juin ; or les résultats du referendum sont attendus le 24 au matin, ce qui aurait sans doute pesé sur la réunion des chefs d’Etat.

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Car si le vote pour le Brexit aurait le mérite de fermer le débat, un vote contre laisse de nombreuses questions ouvertes, qui risquent de monopoliser l’attention et le temps des Conseils européens, aux dépens d’autres sujets plus cruciaux.

« Nous avons soulevé la question des relations entre le noyau dur de l’UE et les autres Etats membres, notamment concernant les relations avec la zone euro, et c’est une question qui reste pertinente » assure une source britannique, ajoutant que le Royaume-Uni ne fera pas partie de la zone euro ou de Schengen, « mais sur beaucoup d’autres sujets nous voulons faire partie des pionniers ».

C’est justement cette ambition de « continuer de se mêler de tout qui pose problème ! Au Parlement européen, les Anglais font bande à part. Ils votent non pas en fonction de leur groupe politique, mais de leur pays. Et au niveau du Conseil européen, ce sont eux qui bloquent beaucoup de dossiers » se lamente un eurodéputé français.

De fait, les diplomates se plaignent souvent de l’attitude parfois ambigüe du Royaume-Uni derrière les enceintes feutrées des conseils de ministres européens. Ainsi, sur la question du dumping dont est soupçonné la Chine sur le secteur de l’acier, le Royaume-Uni a joué un jeu double. D’un côté, le pays a co-signé une lettre demandant aux institutions européennes de se saisir du sujet. Et de l’autre, son ministère du commerce a refusé d’augmenter radicalement les barrières douanières pour les produits de l’acier provenant de Chine.

Zizanie

Même chose sur l’agriculture, un sujet moins crucial pour le Royaume-Uni que pour la France, l’Irlande ou la Pologne par exemple. Et dont les problématiques ne sont pas jugées prioritaires  par le Royaume-Uni, qui traîne des pieds dès qu’il s’agit de mettre en place un plan d’aide d’urgence, comme l’UE a du le faire à deux reprises depuis un an. Certains n’hésitent d’ailleurs pas à parler de travail de sape quant à l’action de l’UE sur les politiques européennes.

Selon un lobbyiste, le débat sur le Brexit a aussi réveillé les sentiments centripètes des autres nations européennes, ce qui n’augure rien de bien positif pour les mois à venir sur la capacité des 28 à faire des concessions les uns envers les autres.

L’échec de Brexit ne réduit donc pas forcément le risque de zizanie européenne au lendemain du 23 juin.

 

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