EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

06/12/2016

Les climatosceptiques dominent la campagne pro-Brexit

Royaume-Uni en Europe

Les climatosceptiques dominent la campagne pro-Brexit

Boris Johnson

Les figures de proue de la campagne en faveur du Brexit remettent systématiquement en question la réalité du réchauffement climatique, provoquant des inquiétudes sur la future politique climatique  de Londres.

Les trois chefs de file de la campagne pro-Brexit, Boris Johnson, Michael Gove et Lord Nigel Lawson ont remis en cause l’implication de l’Homme dans le changement climatique, un fait pourtant soutenu par les experts internationaux les plus crédibles.

Lord Nigel Lawson, fondateur de la Global Warming Policy Foundation en 2009,  est un célèbre climatosceptique. Cette fondation, qui a enfreint les règles de la commission britannique sur les organismes caritatifs pour considérations anti-climat, et la campagne Vote Leave [pour quitter l’UE] ont en commun de riches donateurs.

Michael Gove et surtout Boris Johnson sont perçus comme les candidats conservateurs favoris en cas de Brexit et de départ du Premier ministre britannique, David Cameron, qui soutient le camp Remain [pour rester dans l’UE] .

Inquiétudes pour le climat

Tant de personnalités politiques et de donateurs sont à la fois eurosceptiques et climatosceptiques que cela a suscité des inquiétudes sur la future politique du Royaume-Uni en matière de climat si les Britanniques décidaient de quitter l’UE le 23 juin.

« Ce que les climatosceptiques et les pro-Brexit ont en commun est le rejet d’une évidence et cela sert de base à leur politique », a déclaré Tom Burke, président du groupe de réflexion écologiste basé à Londres, E3G.

« C’est grave, car il s’agit d’un groupe de personnes voulant gouverner et qui refuse de constater les preuves. » « Les points communs entre ceux qui défendent le Brexit et les détracteurs du changement climatique sont notables et inquiétants. Le plus préoccupant est de voir à quel point ces gens, et leurs idées sont au centre de la campagne Vote Leave », a déclaré Sam Lowe, des Amis de la Terre.

« Ils démentent les preuves scientifiques sur le changement climatique tout comme ils démentent les preuves économiques qui démontrent qu’en quittant l’UE, l’économie britannique se contracterait et 820 000 emplois seraient supprimés », a déclaré un porte-parole de la campagne pour une « Grande-Bretagne plus forte dans l’Europe ».

Le directeur de Global Warming Policy Foundation, Benny Peiser, a déclaré que sa fondation ne prenait pas position et n’était d’aucune façon impliqué dans le référendum. « À ma connaissance, les membres de notre conseil d’administration sont divisés sur le débat du référendum », a-t-il ajouté.

Benny Peiser a affirmé que sa fondation était constituée d’un large panel de points de vue scientifiques et économiques sur le changement climatique.

Michael Gove

Lorsqu’il était ministre de l’Éducation, Michael Gove voulait retirer le changement climatique des programmes scolaires. Ce projet, qui a finalement été abandonné, avait pour origine un rapport de la fondation qui accusait des professeurs « activistes » d’essayer de transformer les enfants en fantassins du mouvement écologiste ». Selon son ancien porte-parole, le secrétaire d’État à l’Éducation avait « lu le rapport avec grande inquiétude ».

Michael Gove fut aussi l’objet de vives critiques pour avoir empêché l’ancien ministre du climat, Amber Rudd, de participer aux négociations cruciales de Lima, au Pérou, les dernières avant la Conférence de Paris.

Le Royaume-Uni fait pourtant partie des 195 pays qui se sont enfin engagés à réduire le réchauffement climatique lors d’une conférence historique de l’ONU sur le changement climatique à Paris.

>> Lire : L’accord de la COP21, un texte qui ne résout rien

Boris Johnson

En 2013, Boris Johnson a déclaré que la neige remettait en cause l’existence du changement climatique. Il citait ainsi Piers Corbyn, eurosceptique et frère du travailliste Jeremy Corbyn, pour étayer son point de vue. Dans un édito pour le Telegraph, Boris Johnson écrit : « Selon Piers Corbyn, la température ne dépend pas de la concentration de CO2 mais de l’humeur de notre globe céleste ».

Il y a une différence entre le temps, qui dure sur une courte période, et le climat, qui correspond à la manière dont l’atmosphère se comporte sur de longues périodes. Les phénomènes météorologiques extrêmes et des chutes de neige abondantes font partie des conséquences du changement climatique.

Quand Boris Johnson était rédacteur en chef du Spectator, un poste aussi occupé par Lord Nigel Lawson, l’ancien maire de Londres publiait des articles de Benny Peiser, le directeur de la fondation, et de Matt Ridley, membre du comité consultatif universitaire de la fondation.

Jusqu’à récemment, Matt Ridley était vice-président de la campagne Vote Leave. Son nom n’est plus dans la liste du site Internet. Ce dernier accepte l’idée d’un réchauffement climatique, mais s’oppose à l’idée que cela mènera à un changement environnemental catastrophique.

>> Lire : Tusk s’indigne de la comparaison entre l’UE et Hitler dans la campagne du Brexit

Députés et donateurs

Le député conservateur Owen Patterson, ancien ministre de l’Environnement et important stratège de la campagne Leave, a réduit de 40 % le budget à l’adaptation climatique du pays et appelé à la suppression de la loi sur le changement climatique. En 2014, il a donné le discours de la Global Warming Policy Foundation.

Graham Stringer, député travailliste, fait partie du conseil des administrateurs de la fondation et membre du conseil d’administration de la campagne.

Lord Michael Vinson, membre conservateur de la Chambre des Lords, est quant à lui donateur de l’organisation. Si EurActiv n’a pas pu formellement confirmer ses liens à la campagne Leave, il est étroitement affilié au comité consultatif de Business for Britain.

Le quatrième plus gros bénéficiaire de fonds spéculatifs du pays, Sir Michael Hintze, est à la tête d’une fortune de 1,6 milliard. Selon Sky News, il pourrait avoir participé au financement de la campagne. En plus d’être donateur de la Global Warming Policy Foundation, Michael Hintze soutient de manière importante Business for Britain, qui participe à la campagne, notamment en partageant son équipe.

Neil Record, trader de devise, fait également partie du camp eurosceptique et a participé à l’appel pour le Brexit lancé par certaines personnalités importantes de la City. Malgré les réticences de la Global Warming Policy Foundation de révéler ses anciens donateurs, il a été révélé que Neil Record en faisait partie.

UKIP

Le parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, UKIP, mené par Nigel Farage, ne participe pas à la campagne Vote Leave, mais est affilié à la campagne rivale, Grassroots Out.

Le manifeste de UKIP en matière de politique énergétique soutient que « la théorie d’un changement climatique provoqué par l’Homme suscitait de plus en plus d’inquiétudes ».

Graham Thompson, porte-parole de Greenpeace au Royaume-Uni, a déclaré que les climatosceptiques les plus proéminents du pays étaient des partisans du libre marché, qui avaient réalisé que la lutte contre le réchauffement climatique allait entrainer une hausse des taxes, l’intervention de l’État et une forte règlementation – ils ont donc décidé de nier le problème.

«L’euroscepticisme de droite est généralement animé de la même motivation anti-règlementation et attire donc le même genre d’idéologues », a-t-il poursuivi. « Étant donné que les personnes qui remettent en cause l’appartenance à l’UE sont les mêmes qui remettent en cause les principes physiques fondamentaux du débat climatique, il n’est pas surprenant que certains des arguments qu’ils avancent soient pour le moins contestables. »

Contexte

Le Premier ministre britannique, David Cameron, a promis de renégocier les relations de son pays avec l'Union européenne. La renégociation sera donc suivie d'un référendum, le 23 juin, pour décider si, oui ou non, le Royaume-Uni reste dans l'UE.

Depuis l'accord conclu lors du Conseil européen des 18 et 19 février 2015, David Cameron fait campagne pour que le pays reste dans l'UE.

Prochaines étapes

  • 23 juin : Référendum.