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03/12/2016

Brexit : le gouvernement britannique donne la priorité à l’investissement

Royaume-Uni en Europe

Brexit : le gouvernement britannique donne la priorité à l’investissement

Investissements, infrastructures et logements figurent parmi les priorités du gouvernement britannique.

[Maja Knezevic/Shutterstock]

Dans sa déclaration budgétaire d’automne, le chancelier de l’Échiquier, Philip Hammond, a donné les détails de la nouvelle stratégie du gouvernement. Investissements, infrastructures et logements figurent parmi les priorités. Un article de notre partenaire, La Tribune.

Pour faire face aux risques du Brexit, le gouvernement britannique sort de sa prudence budgétaire. Le chancelier de l’Échiquier (ministre des Finances) du gouvernement de Theresa May, Philip Hammond, a présenté ce mercredi 23 novembre les grandes lignes de la nouvelle politique budgétaire britannique au cours de sa « déclaration d’automne » (« Autumn Statement ») devant la Chambre des Communes.

Moins de croissance

Malgré la bonne résistance actuelle de l’économie britannique, la croissance devrait néanmoins s’affaiblir à moyen terme, avec sur les cinq prochaines années, un recul cumulé de la croissance de 2,4 points par rapport aux prévisions précédentes. La croissance devrait s’affaisser l’an prochain, notamment à 1,4 % (contre 2,2 % prévus initialement) puis rester sous les 2 % à 1,7 % en 2018 avant de revenir à 2,1 %, son niveau prévu en 2016, en 2019. Ces prévisions demeurent évidemment sujettes à la plus grande prudence, les contours exacts du Brexit étant encore à définir.

Une consolidation budgétaire freinée

Compte tenu de cet affaiblissement de la croissance et de l’incertitude régnante, le gouvernement a décidé de renoncer au précédent plan budgétaire mis en place par le prédécesseur de Philip Hammond, George Osborne, qui prévoyait un retour à l’équilibre des comptes publics en 2020. « Une politique budgétaire crédible est essentielle, mais nous avons aussi besoin de flexibilité pour soutenir l’activité », a expliqué le chancelier de l’Échiquier. En tout, sur cinq ans, le gouvernement entend dépenser 118 milliards de livres (139 milliards d’euros) de plus que prévu, soit une moyenne de 23,6 milliards de livres (27,8 milliards d’euros) par an. L’équivalent donc de 1,2 % du PIB de 2015 chaque année.

L’équilibre des comptes publics n’est donc désormais prévu qu’au cours de la prochaine législature qui débutera en 2020, mais il n’y a pas pour autant de relâchement budgétaire, seulement un ralentissement de la consolidation. Le déficit public passera ainsi de 4 % du PIB sur l’année fiscale 2015/2016 à 3,5 % du PIB sur 2016/2017. En 2021/2022, le gouvernement prévoit un déficit de 0,7 % du PIB. Le gouvernement devrait ainsi laisser la dette publique remonter de 84,2 % du PIB actuellement à 90,2 % du PIB en 2017/2018 avant de la voir redescendre durant les deux dernières années de la législature.

>> Lire : Theresa May tente de rassurer les entrepreneurs inquiets du Brexit

Rééquilibrer le modèle économique

Theresa May avait, dès les premières semaines qui ont suivi sa nomination, préparé ce changement de cap en considérant que le gouvernement devrait désormais investir dans l’économie britannique pour la préparer au choc du Brexit. Le principal risque lié à la sortie de l’UE concerne en effet la finance et l’immobilier, deux secteurs qui ont tiré la croissance britannique, mais qui dépendent fortement des capitaux étrangers et donc de l’accès au marché unique européen. Ces deux secteurs permettaient au pays de vivre à crédit du monde sur un déficit courant immense (7,5 % du PIB), malgré une faible productivité et une industrie réduite. Si ces deux moteurs calent, il faut renouveler le modèle économique du pays.

Investir et construire

Le Brexit « est une décision qui rend plus urgent que jamais le règlement de nos faiblesses à long terme », a ainsi proclamé Philip Hammond qui a cité la faible productivité, le manque de logements et un « déséquilibre » de l’économie. Le gouvernement envisage ainsi de créer un Fond d’investissement dans la productivité nationale (NPIF) qui mettra jusqu’à 23 milliards de livres (27 milliards d’euros) à disposition des dépenses d’innovation et d’infrastructure sur les cinq prochaines années. Philip Hammond a annoncé vouloir cibler les « investissement à forte valeur ajoutée ».

Le logement sera une autre priorité du gouvernement avec plusieurs fonds : 2,3 milliards de livres (2,7 milliards d’euros) pour construire un total de 100 000 logements et 1,4 milliard de livres (1,6 milliard d’euros) pour construire 40 000 logements à bon marché. Les aides à l’accession à la propriété seront facilitées. Du côté des infrastructures, Londres mettra 1,1 milliard de livres (1,3 milliard d’euros) sur la table pour renouveler les réseaux de transport locaux.

Baisse des impôts et maintien des prestations sociales

Autre élément de la stratégie du gouvernement : le soutien direct aux entreprises. Le taux d’imposition des entreprises sera abaissé à 17 %, le plus faible taux du G20, tandis que le gouvernement s’engage à améliorer le financement des projets exportateurs en doublant les fonds existant. Un milliard de livres sera mis à la disposition des « start-ups » « pour cesser de les laisser se faire avaler par les grandes entreprises ». Et pour les particuliers ? Le seuil de non-imposition sur le revenu est relevé ainsi que celui à partir duquel le taux le plus élevé est dû. Enfin, les « économies » dans les prestations sociales prévues dans le précédent budget sont annulées et 10 milliards de livres sur cinq ans sont attribués au service national de santé (NHS). Mais le gouvernement conservateur a également annoncé qu’il souhaitera établir une limite à la croissance des prestations sociales. Les digues ne sont donc pas abattues, mais le gouvernement fait preuve d’un certain pragmatisme. On rappellera également que le salaire minimum sera relevé en avril de 25 % à 7,5 livres par heure, soit un gain de 500 livres par an (près de 600 euros) pour un employé à temps plein.

>> Lire : Brexit : quel impact de la baisse de la livre sur l’économie britannique ?

Deux mouvements

Ce budget s’équilibre autour de deux mouvements. D’un côté, le gouvernement s’essaie à conserver ce qui peut l’être de l’ancienne logique : la baisse de l’impôt sur les sociétés vise à conserver une forte attractivité pour les investissements étrangers. Mais cette logique ne repose pas sur une simple logique de « paradis fiscal » qui, pour un grand pays comme le Royaume-Uni suppose un modèle déséquilibré qui contraint l’État à maintenir la pression sur le système social et les infrastructures. Cette fois, et c’est la principale nouveauté de la stratégie conservatrice, il y a une volonté de rééquilibrage et de préparation de l’avenir par un soutien à l’investissement et par un soutien à la demande intérieure. L’idée serait donc de réduire l’effet du Brexit par une stratégie agressive, le temps de mettre en place un nouveau modèle, plus solide, fonder sur une industrie technologique et une demande des ménages plus durable. C’est un objectif ambitieux et il n’est pas sûr que Londres s’en donne entièrement les moyens.

Aggiornamento des Conservateurs

Les Conservateurs britanniques entament donc avec ce budget un certain aggiornamento idéologique. Évidemment, ils n’abandonnent pas leur confiance dans le marché et le fond de leur stratégie habituelle qui vise à attirer les investisseurs étrangers et à baisser les impôts tout en contenant les dépenses sociales. Mais ils appuient désormais cette stratégie sur la nécessité d’une action correctrice de l’État qui doit diriger les investissements vers certains secteurs clés pour l’avenir et qui doit assurer un niveau d’infrastructure future de qualité pour permettre d’attirer les investisseurs sur l’ensemble du territoire.

Cette vision positive de la dépense publique, associée à la préservation de la demande intérieure et de la défense d’une protection sociale minimale, est relativement nouvelle et tranche, en tout cas avec le gouvernement Cameron-Osborne. C’est là la conséquence pour le moment la plus tangible du Brexit qui n’a été possible que parce que les classes populaires des régions désindustrialisées, oubliées de la croissance du modèle précédent, ont fait basculer le vote.

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