Les négociations du Brexit prennent du retard

L'impatience monte à Bruxelles. [European Commission]

Michel Barnier estime que les deux camps sont encore « loin » d’avoir réalisé des progrès suffisants pour lancer les discussions sur la future relation commerciale entre le Royaume-Uni et l’UE après le Brexit.

À l’issue du troisième cycle de négociation à Bruxelles, Michel Barnier, négociateur en chef du Brexit pour l’UE, a à nouveau exprimé son impatiente vis-à-vis de Londres, qui n’a selon lui toujours pas présenté de proposition « claire » pour les contributions financières que le pays paiera à l’UE pour compenser le Brexit.

Son homologue britannique, le ministre David Davis, s’est montré plus optimiste, décrivant les quatre jours de négociation comme une « discussion longue et détaillée ».

Les dirigeants de l’UE ont décidé cette année qu’ils ne se lanceraient dans des discussions sur l’accord commercial futur entre les deux parties que quand des « progrès suffisants » auraient été réalisés sur les sujets de l’arrangement financier, des droits des citoyens et de la frontière irlandaise.

Le chapitre des relations commerciales aurait dû être entamé lors d’un sommet en octobre, à la demande de Londres. Michel Barnier a cependant prévenu que ce ne serait probablement pas le cas : « Nous sommes assez loin de pouvoir dire que des progrès suffisants ont été réalisés ».

Bruxelles espère plus de «substance» pour la reprise des négociations du Brexit

Le troisième cycle de négociation du Brexit démarre. Malgré le manque de progrès sur les questions importantes jusqu’ici, l’UE insiste pour prolonger les discussions au-delà de mars 2019.

En privé, des diplomates ont indiqué que si cet objectif n’était pas atteint, les négociations pourraient entrer dans une crise grave. Les deux parties se rencontreront à nouveau en octobre, comme prévu, mais Michel Barnier a proposé d’intensifier les négociations.

« Nous avons avancé », a pour sa part estimé David Davis, qui admet cependant qu’il reste des « désaccords importants » en ce qui concerne la facture britannique, principal point de tension à la table des négociations.

Pour autant, Michel Barnier a assuré ne pas être « frustré » par le manque de progrès ou les propositions vagues du Royaume-Uni. « Je ne suis pas fâché, je suis impatient et déterminé », a-t-il indiqué. « Si je me fâche vraiment, vous vous en rendrez compte. »

Bataille juridique

La Commission a présenté une liste de programmes et engagements qui doivent être résolus avant la sortie du Royaume-Uni de l’UE, en mars 2019. La somme totale de la facture britannique pourrait atteindre les 100 milliards d’euros, selon certains calculs.

« Nous avons présenté notre analyse juridique », a indiqué David Davis, qui qualifie la position britannique de « très différente » de celle de l’UE

Il a ajouté que l’arrangement « devrait être dans l’esprit des obligations juridiques et d’un partenariat continu avec l’UE ». Une remarque interprétée comme un engagement à trouver une solution par les représentants européens.

Les désaccords minent les négociations du Brexit

Lors d’un second cycle des négociations, l’UE et le Royaume-Uni ont campé sur leur position sur la question des obligations financières de Londres et celle du tribunal qui garantira les droits des citoyens européens dans un monde post-Brexit.

Pourtant, comme lors du précédent cycle de négociation, les représentants britanniques ont mis en question toutes les propositions de l’UE, « ligne par ligne ».

Une attitude qui a poussé le négociateur en chef à rappeler que « le temps [était] compté » et à regretter que Londres n’ait toujours pas présenté de méthodologie qui permettrait de définir un chiffre pour les arrangements financiers.

Se référant aux conclusions du Conseil, David Davis a pour sa part exigé à nouveau de la « flexibilité » et de l’« imagination » de la part de l’équipe européenne. Michel Barnier a rétorqué que pour qu’il puisse offrir de la flexibilité, il faudrait que le gouvernement britannique présente une position « claire ».

Des responsables européens ont en outre corrigé l’interprétation du ministre britannique : la référence à des « solutions flexibles et imaginatives » mentionnées dans les conclusions du Conseil concerne la situation en Irlande du Nord, et non les sommes dues à l’UE par Londres.

Frontière et citoyens

Les négociateurs européens et britanniques ont fait des progrès limités sur la question de la frontière irlandaise, et en particulier sur la zone de voyage commune entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord.

La protection de l’accord du Vendredi saint, qui a mis un terme au conflit en Irlande du Nord en 1998, semble cependant « plus compliquée que prévu », selon un fonctionnaire européen. Une grande partie de la coopération entre la République et l’Irlande du Nord s’appuie en effet sur la législation européenne, notamment dans des domaines comme la santé, la gestion de l’eau et l’environnement.

La question des droits des citoyens a également été soulevée. Les discussions se sont concentrées sur les travailleurs transfrontaliers, la sécurité sociale (soins de santé et retraites), la reconnaissance mutuelle des qualifications et les droits économiques.

L’ambition du Royaume-Uni de maintenir de statu quo dans ce domaine s’est heurtée à une approche plus stricte de la part de l’UE. Les discussions sur l’accès aux soins sont particulièrement délicates, étant donné le grand nombre de retraités britanniques résidant dans l’UE. Rien qu’en Espagne, ils sont 750 000.

Les négociateurs ont un accord de principe pour « au moins » le maintien de la couverture de santé existante des retraités britanniques vivant actuellement dans l’UE ou en visite dans un État membre. S’ils décident de déménager vers un autre État, ils pourraient cependant perdre ce droit.

Michel Barnier a regretté « l’espèce de nostalgie » du Royaume-Uni, qui tente de maintenir le statu quo autant que possible, dans plusieurs domaines, comme la compatibilité des normes. Selon lui, les documents rédigés à ce jour par Londres ne reflètent pas le mantra répété à l’envi par le gouvernement depuis le référendum et qui souligne que Brexit signifie sortir réellement de l’UE.

L’ancien commissaire français a fait remarquer que le Royaume-Uni ne pourrait pas bénéficier de tous les avantages de l’union tout en en sortant.

« Il ne faut pas confondre confiance dans le libre marché et nostalgie », a répliqué David Davis.

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