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25/09/2016

L’enjeu de la sécurité enflamme le débat au Royaume-Uni

Royaume-Uni en Europe

L’enjeu de la sécurité enflamme le débat au Royaume-Uni

Sajjad Karim [Parlement européen]

Ceux qui prétendent que le Brexit mettra le Royaume-Uni en sécurité, profèrent des insanités, selon un eurodéputé tory.

Sajjad Karim était le candidat 2014 du groupe des conservateurs et réformistes européens (ECR) pour la présidence du Parlement européen. Conservateur britannique [Tory], il fait campagne pour que le Royaume-Uni reste dans l’UE.

EurActiv a demandé à Sajjad Karim de commenter l’opinion rédigée par l’eurodéputé Daniel Hannan, un tory eurosceptique, dans le journal The Sun, après les attentats de Bruxelles.

Selon ce dernier, l’espace Schengen de libre circulation pourrait coûter à la Grande-Bretagne le contrôle de ses frontières. « Il est désormais évident que quitter l’UE nous apportera plus de sécurité. Nous serons capables d’empêcher les mauvaises personnes d’entrer dans le pays, et de les virer si nécessaire », a estimé Daniel Hannan.

 

« Des insanités », a répliqué Sajjad Karim, avant de reprendre les arguments utilisés par la ministre britannique de l’Intérieur, Theresa May, devant la chambre des députés la semaine dernière.

La ministre a souligné la nécessité de travailler en étroite collaboration et de partager les renseignements avec les autres États membres pour lutter contre le terrorisme. Après les explosions à Bruxelles, la Commission européenne a également appelé à la coopération des services de renseignement.

>> Lire : Les éditorialistes pour moins de souveraineté et plus de sécurité

« J’aurais beaucoup plus tendance à prêter foi à ce que dit la ministre de l’Intérieur plutôt qu’à Dan Hannan, qui n’a pas d’expériences en matière de politiques nationales, de gouvernement, d’administration ou même de politiques à échelle européenne – contrairement à Theresa May », a commenté Sajjad Karim.

Ses propos sont révélateurs des divisions profondes entre les eurodéputés tories sur la question du Brexit.

Syed Kamall, chef de file de l’ECR, se positionne en faveur du Brexit, alors que la majorité des eurodéputés soutient la volonté de David Cameron de rester à l’intérieur du bloc.

Plus de sécurité ?

« Sans le plus grand degré de coopération avec ceux qui sont collectivement menacés – aucun de nous n’est en sécurité », a déclaré Sajjad Karim. « S’isoler pour tenter de faire face à une menace terroriste mondiale ne nous apportera pas plus de sécurité ».

« Ce qui s’est passé à Bruxelles n’est rien de moins qu’un échec complet de la sécurité et des services de renseignements. Si nous n’arrangeons pas cela, il sera trop facile pour des groupes comme Daech de mener des opérations sophistiquées, où et quand ils le souhaitent », a-t-il expliqué, tout en ajoutant « attaquer la Belgique [pour ses failles en matière de sécurité] est tout simplement grotesques. Ces échecs sont collectifs ».

Témoignage

Sajjad Karim a assisté à l’arrivée des urgences après la terrible explosion à la station de métro Maelbeek, le 22 mars à Bruxelles.

« Beaucoup de gens sortaient de la station Maelbeek », a raconté Sajjad Karim, « ils étaient clairement paniqués ».

>> Lire : En direct : alerte à Bruxelles

C’est la deuxième fois que l’eurodéputé musulman, dont les parents ont émigré du Pakistan vers le Royaume-Uni dans les années 1960, assiste de près à des attaques terroristes.

En novembre 2008, il se trouvait dans le hall de l’hôtel Taj Mahal à Bombay lorsque des islamistes armés ont pris d’assaut le palace et tué 164 personnes.

Schengen et sécurité

Peu de temps après les attentats, les personnalités politiques et militants se sont empressés de défendre leur point de vue.

>> Lire : Les attentats alimentent les « pro » comme les « anti » Brexit

Sajjad Karim, qui a été obligé de quitter sa maison de Blackburn après avoir été la cible de la Ligue de défense anglaise, un groupe d’extrême droite anti-islam, explique que les attentats de vont pas convaincre les électeurs britanniques de voter pour le Brexit.

« Les populistes font l’amalgame entre le droit à la liberté de circulation, l’immigration des non-Européens et la situation des réfugiés. Ils mettent tout cela dans le même panier et essayent de perturber les électeurs. Heureusement, ils n’y parviennent pas », a-t-il assuré.

Après les attentats de Bruxelles, le débat se concentrait surtout sur le fait que les terroristes étaient Belges, a-t-il expliqué. « Ce sont des Britanniques qui ont perpétré les attentats du 7 juillet [2005] à Londres, et ce qu’il s’est passé à Bruxelles a également été fait par des Européens – des Belges nés et élevés en Belgique ».

Sajjad Karim a témoigné sa compassion pour les victimes et les blessés et ajouté qu’il était aussi en colère et déconcerté. « Déconcerté, car, encore une fois, ce sont des citoyens européens qui veulent s’en prendre à leur propre pays et à leurs concitoyens au nom d’une idéologie qui est clairement née ailleurs ».

« Ils n’ont pas seulement attaqué Bruxelles, ils ont attaqué toute l’Europe. Les terroristes veulent diviser notre société. Même si certaines figures politiques populistes travaillent aussi à cet objectif, la majorité écrasante des Européens ne le permettra pas », a assuré Sajjad Karim.

>> Lire : Une semaine après les attentats, les plaies se rouvrent en Belgique

 

Contexte

En 2015, pendant sa campagne de réélection, le Premier ministre britannique, David Cameron, a promis de renégocier les conditions d’adhésion du pays à l’UE et d’organiser un référendum pour que les Britanniques décident s’ils souhaitent rester dans l’union ou en sortir.

Après un sommet lors duquel il a obtenu des concessions des 27 autres États membres, David Cameron a confirmé qu’il ferait campagne pour que le Royaume-Uni ait un avenir européen.

Les dirigeants européens ont écarté toute possibilité de changer les principes fondamentaux de l’UE, tels que la libre circulation des travailleurs et l’interdiction de la discrimination entre les travailleurs de différents pays de l’UE.

Un Brexit aurait de lourdes conséquences pour le commerce, l’investissement et la position de la Grande-Bretagne sur la scène internationale.

La campagne sera rude dans ce pays de tradition eurosceptique et doté d’une presse de droite très hostile à l’UE. Les sondages indiquent une course très serrée.

Prochaines étapes

  • 23 June: Referendum.
  • July-December 2017: United Kingdom holds rotating EU Council Presidency.

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