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04/12/2016

Londres montre patte blanche à Bruxelles et aux entreprises

Royaume-Uni en Europe

Londres montre patte blanche à Bruxelles et aux entreprises

David Davis

[Reuters]

David Davis, ministre britannique du Brexit s’est rendu à Bruxelles alors que le Royaume-Uni se préoccupe du futur de ses entreprises.

Ancien ministre aux Affaires étrangères aux affinités thatchériennes et à la langue bien pendue, David Davis a déclaré vouloir mettre en place une relation « forte, positive et productive » avec « nos plus proches voisins ».

Le 21 novembre, il a rencontré le négociateur en chef du Brexit pour la Commission, Michel Barnier, à Bruxelles, avant de prendre le chemin de Strasbourg pour discuter avec Guy Verhofstadt, principal négociateur du Parlement.

Au même moment, Theresa May assurait à la confédération de l’industrie britannique qu’elle était consciente du risque de chute brutale que courraient les entreprises à l’issue des deux années de négociations avant la sortie de l’UE. À ce moment-là, les droits de douane prévus par l’Organisation mondiale du commerce devraient remplacer ceux de l’UE si aucun régime de transition n’a été négocié.

>> Lire : Le gouvernement britannique n’a toujours pas de plan pour le Brexit

La Première ministre a expliqué aux hommes d’affaires que son gouvernement investirait 2,3 milliards d’euros supplémentaires par an dans la recherche et le développement jusqu’en 2020. Elle a également promis de respecter la promesse de son prédécesseur, David Cameron, de réduire l’impôt des sociétés à 17%, ce qui serait le taux le plus bas parmi les pays du G20.

Juste après le référendum, George Osborne, alors ministre de l’Économie, avait promis de réduire de 15% les impôts des entreprises. Certains observateurs s’étaient alors inquiétés de la possibilité que le pays devienne un paradis fiscal en concurrence avec le continent.

Lors de son discours, Theresa May a aussi précisé les détails de sa politique industrielle, plus interventionniste, annoncé la publication d’un livre vert sur la stratégie industrielle d’ici la fin de l’année et présenté son intention de réformer la gouvernance des sociétés dans un avenir proche. Elle a cependant souligné que ces projets ne mèneraient pas à la « création de conseils binaires de style allemand ».

Ce n’est sans doute pas une coïncidence si Facebook vient d’annoncer l’ouverture d’un nouveau siège à Londres l’année prochaine, et l’augmentation de son personnel britannique, qui passerait à 1 500 personnes.

Le 23 novembre, Phillip Hammond dévoilera pour sa part sa première déclaration d’automne, qui devrait avertir entreprises et consommateurs que des jours difficiles arrivent avec les négociations de divorce entre l’UE et le Royaume-Uni.

Le gouvernement s’est imposé la date limite de mars 2017 pour activer l’article 50 des traités européens, qui ouvrira la période de deux ans durant laquelle la sortie de l’UE peut être négociée. Cette mesure pourrait cependant être retardée par un appel devant la Cour suprême contre la position du gouvernement d’officialiser le Brexit sans l’implication du parlement national.

>> Lire : La justice britannique donne au Parlement son mot à dire sur le Brexit

Theresa May a admis que le Brexit « créait des incertitudes pour les entreprises », qui avaient besoin de clarté. À ce jour, la Première ministre refuse de dévoiler ce qu’elle compte demander des dirigeants européens, mais a promis d’informer le monde des affaires le plus possible, sur tout ce qui pouvait être communiqué « sans mettre en danger les négociations à venir ».

« Si nous engageons les négociations difficiles qui nous attendent de la bonne façon, avec le bon esprit, nous pouvons obtenir un accord qui soit bénéfique au Royaume-Uni, et au reste de l’Europe aussi », a-t-elle assuré, ajoutant qu’elle souhaitait être fixée le plus rapidement possible sur le statut des citoyens britanniques vivant en Europe et des citoyens d’autres États membres vivant en Grande-Bretagne.

Les deux réunions de David Davis sur le continent ont été annoncées à la dernière minute et sans fanfare. Le ministre « ne tentera pas d’ouvrir les négociations », a indiqué son cabinet, qui parle de sa « détermination à entamer les négociations dans un esprit de bonne volonté ».

Les responsabilités jointes du ministre pour la Sortie de l’Union, du ministre au Commerce international, Liam Fox, et du ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson, a créé des tensions au sein du gouvernement dans le contexte d’un Brexit pour lequel personne n’avait de plan.

>> Lire : Brexit : les motivations de ceux qui l’ont voté

Le retour de Blair ?

L’intervention de Theresa May suit un week-end de spéculation dans la presse britannique, qui  se demande si Tony Blair prépare un retour en politique. Depuis une dizaine d’années, l’ancien Premier ministre, qui a démissionné en faveur de Gordon Brown en 2007, est ambassadeur pour la paix au Moyen-Orient. Il  dirige un institut interreligieux et conseille, pas toujours avec bonheur, les pays en développement.

Il préparerait en ce moment l’installation de son équipe de 130 personnes dans un nouveau siège londonien, après des entretiens privés avec George Osborne et des membres du personnel de transition de Donald Trump.

Le travailliste a appelé à un deuxième référendum, sur les conditions du Brexit. Il semblerait qu’il utilise des députés de son parti pour ménager un possible retour sur la scène politique. La forme que prendrait ce retour n’est pas encore claire. L’ancien Premier ministre s’est défendu d’avoir appelé Jeremy Corbyn, actuel dirigeant du parti, de « cinglé ».

Plus d’emploi dans les technologies

L’annonce de Facebook est une bonne nouvelle pour Londres, qui tente de rester un centre attractif pour les start-ups, malgré la concurrence d’alternatives moins chères, comme Berlin ou Lisbonne.

Une semaine avant, Google avait également confirmé l’expansion de sa section londonienne, une opération de taille qui pourrait créer 3 000 emplois. Le complexe en construction près de la gare de King’s Cross sera en outre agrandi d’un bâtiment. Le centre devrait ouvrir en 2018 et compter 7 000 employés.

>> Lire aussi : Paris met le paquet pour récupérer les déçus du Brexit

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