EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

09/12/2016

À Bruxelles, les Britanniques en panique

Royaume-Uni en Europe

À Bruxelles, les Britanniques en panique

image (1)

Les Britanniques de Bruxelles ont vécu le vote du Brexit comme un tremblement de terre.

Pour les expatriés britanniques vivant à Bruxelles, le Brexit est un coup de tonnerre auquel ils ne s’attendaient pas. Et pour cause, tous étaient en faveur du « Remain ».  Certains pensent déjà à demander la nationalité de l’un des États membres.

Cécile Toubeau, 33 ans, a la double nationalité britanico-belge. Elle se dit horrifiée et profondément attristée. « Je ne pensais pas que ce jour finirait par arriver. Comme pour une mauvaise rupture, je regrette les derniers mois et je me demande ce que j’aurais pu faire différemment », explique-t-elle.

« Je suis extrêmement fière de mon héritage anglais, mais aujourd’hui je me sens un peu moins assurée.  J’ai été élevée dans un esprit d’ouverture et d’amour sincère envers mes concitoyens. Ceux qui ont voté ‘ Leave ‘ ont tourné le dos au reste du monde », estime-t-elle.

« C’est de la folie », s’insurge Colin Mackay, propriétaire d’une petite entreprise, à Bruxelles depuis 13 ans. La seule chose certaine, c’est l’incertitude. Je ne retournerai pas au Royaume-Uni, mais je dois trouver une solution pour la question de la nationalité : devenir Belge ou espérer un nouveau référendum pour l’indépendance de l’Écosse pour pouvoir demander un passeport écossais. Dans tous les cas, c’est compliqué. »

Sophie Rasbash a 24 ans. Britannique, elle a vécu dans plusieurs pays européens. « Ce qui est étrange, c’est que cela a remis en question l’identité britannique de ma famille », explique-t-elle.

« Si l’Écosse se sépare du Royaume-Uni, et que mon père choisit de revendiquer la nationalité écossaise, il abandonnerait son héritage irlandais. Il aurait à faire un choix entre sa mère, qui vient d’Irlande du Nord, et son père écossais. Nous sommes nombreux à devoir nous poser la question à présent. C’est le signe que nous vivons des temps d’isolationnisme, déroutants et effrayants. »

>> Lire : Avenir incertain pour l’Écosse, l’Irlande du Nord et Gibraltar

« Vendredi dernier [a été] placé sous le signe de la consternation, de la colère et de quelques pintes en trop », confie-t-elle. « Mais, maintenant, nous devons gérer ces problèmes. Cela ne sert plus à rien de s’attarder sur la déception ressentie face à la campagne Remain ainsi que les demi-vérités et les statistiques insensées. »

«Nous devons canaliser notre frustration et nous assurer que nos peurs passives-agressives ne rendent pas les choses plus difficiles qu’elles ne le sont déjà », conclut la jeune femme.

Un représentant de la Commission européenne décrit la réaction du personnel européen : « beaucoup de monde [était] en colère.  Il y a eu des pleurs et des cris. Cela a été un coup terrible autant pour les Britanniques que pour les autres Européens.  Certains s’inquiètent qu’il ne s’agisse de l’arrêt de mort de l’UE, certains Britanniques se demandent si ce n’est pas la fin du Royaume-Uni. Quand est-ce que tout a dérapé ? »

Hugh Barton-Smith, 55 ans, a vécu à Bruxelles pendant 12 ans et vit en France depuis 17 ans. « Dans mon entourage, tous les continentaux sont très affectés par ce divorce, qui provoquera des pertes importantes des deux côtés », explique-t-il. « Même ceux qui pensent que Bruxelles à sa part de responsabilité sont abasourdis par la stupidité incroyable de certains Britaniques. C’est aussi mon cas. »

Mark Johnston, un analyste politique de 49 ans a affirmé être « plus ahuri qu’autre chose ». « Les Britanniques sont encore en train de débattre. Bruxelles n’a reçu aucune lettre de la part de Londres. Sans Premier ministre, personne ne sait vraiment qui assume toute celà. Cela pourrait durer longtemps avant que quelque chose ne se produise », assure-t-il.

Sam Morgan, 27 ans, est un traducteur d’origine galloise. Après avoir aperçu un drapeau anglais arborant un grand « sorry » (désolé) flotter devant la Commission européenne, il a décidé d’ériger un drapeau similaire pour le pays de Galles.

« On estime que 36 % des personnes âgées de 18 à 24 ans ont voté le 23 juin. Cela représente à peine plus de la moitié des 25-34 ans. Les jeunes ne doivent pas se sentir ‘trahis’ par les générations précédentes, nous avons semé nous-mêmes les graines de notre destruction », regrette-t-il. « J’espère que tout le monde apprécie le souveraineté et la liberté retrouvée », ironise le traducteur, en vrai Britannique.

>> Lire : Les “expats” en état de choc après le Brexit

 

Contexte