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24/01/2017

Bruxelles et Londres peuvent coopérer pour éviter un Brexit

Royaume-Uni en Europe

Bruxelles et Londres peuvent coopérer pour éviter un Brexit

Le bras droit de Jean-Claude Juncker : son chef de cabinet Martin Selmayr.

[European Commission]

Dans le débat sur les réformes de l’UE, la Commission et le Royaume-Uni s’accordent sur de nombreux points, dont la division des pouvoirs entre l’UE et les États membres, a affirmé le chef du cabinet du président Juncker. Un article d’EurActiv Allemagne.

La Commission européenne semble optimiste quant à son face à face avec le Premier ministre britannique, David Cameron, sur la révision de l’équilibre des pouvoirs dans l’UE. « Nous ne sommes pas si éloignés les uns des autres », a déclaré Martin Selmayr, le chef du cabinet de Jean-Claude Juncker lors d’une visite à Berlin le 1er juin.

« David Cameron souhaite que Bruxelles ne s’occupe que des grandes questions de l’UE et respecte le principe de subsidiarité. Or, c’est ce que nous voulons aussi », a affirmé Martin Selmayr.

La Commission attend de voir les propositions concrètes de David Cameron lors du sommet européen fin juin, a-t-il indiqué. Ce n’est qu’alors que l’on pourra discuter de la manière dont ces réformes peuvent doivent être mises en place, a-t-il expliqué.

« Il existe de nombreuses possibilités », a rappelé le chef de cabinet, faisant référence à la « solution danoise ». Pressée par le temps après l’échec du référendum, Copenhague avait négocié les clauses d’exemption au traité de Maastricht de 1992. Pour Martin Selmayr, la Grande-Bretagne pourrait suivre cet exemple.

>> Lire : Le Danemark déconseille les clauses d’exemption au Royaume-Uni

Martin Selmayr a également rappelé qu’il n’excluait pas la modification des traités, bien qu’une telle décision nécessite la tenue d’un référendum dans chaque État membre. « Et il n’est pas certain que ce long processus de ratification serait terminé à temps pour le référendum britannique ».

La semaine dernière, David Cameron a réalisé une tournée des capitales européennes afin de rallier le soutien autour de son projet de réformer l’UE. Son objectif est de convaincre les autres États membres de changer d’avis avant le référendum britannique prévu pour 2017 sur l’appartenance à l’UE.

À l’instar de Martin Selmayr, la chancelière allemande, Angela Merkel, n’exclut pas l’option de modifier les traités européens.

Des rapports révèlent que les Allemands s’inquiètent aussi des abus du système d’aide sociale liés à la liberté de circulation en Europe, a indiqué Angela Merkel le 29 mai après une réunion avec David Cameron à Berlin. Certains changements pourraient aussi être bénéfiques à l’Allemagne, a assuré la chancelière.

Les cinq défis auxquels fait face la Commission Juncker

Selon Martin Selmayr, le référendum et les réformes demandées par Londres sont un des cinq défis auxquels fait face la Commission Juncker. Un autre défi est le projet de plan Juncker, qui doit susciter 315 milliards d’euros d’investissement dans l’UE, et a été approuvé par le Parlement européen et le Conseil la semaine dernière.

C’est désormais à la Banque européenne d’investissement (BEI) de sélectionner les projets qui recevront un financement du plan Juncker, a expliqué Martin Selmayr, rappelant que l’accent était mis sur le marché unique numérique, l’Union de l’énergie et l’union des marchés des capitaux.

Renforcer la politique étrangère européenne au vu du conflit ukrainien est une autre épreuve que l’exécutif doit surmonter, a continué Martin Selmayr.

« Nous aimerions à présent former une armée européenne que nous pouvons utiliser, mais cela prend du temps », a reconnu le chef du cabinet Juncker. Quoi qu’il en soit, Jean-Claude Juncker espère que la politique étrangère européenne soit plus rapide pour répondre et contribuer aux résolutions de crise lors des cinq prochaines années.

Le « Grexit » menace le projet de l’UE

Par ailleurs, Martin Selmayr s’inquiète des conséquences d’une sortie de la Grèce de la zone euro. Cela créerait plus de problèmes qu’il en résoudrait, a-t-il déclaré. Sur ce point, le haut fonctionnaire est d’accord avec son supérieur.

« Je ne partage pas l’idée selon laquelle nous aurons moins de préoccupations et moins de contraintes si la Grèce sort de l’euro », avait déclaré Jean-Claude Juncker au journal Süddeutsche Zeitung. Si un pays venait à quitter l’euro, « cela donnerait l’idée que l’euro n’est pas irréversible », s’est-il inquiété.

Dans le cadre du débat sur la crise de la dette en Grèce, Angela Merkel devait rencontrer Jean-Claude Juncker et François Hollande lundi soir (1er juin) à Berlin. Officiellement, les discussions entre les dirigeants européens sont censées se concentrer sur la numérisation, mais la crise financière risque d’accaparer le débat.

Contexte

La victoire de David Cameron aux élection législatives britanniques le 7 mai dernier a ouvert la porte à la renégociation des conditions d'appartenance de Londres à l'Union européenne, promise par le premier ministre conservateur.

David Cameron a également promis l'organisation d'un référendum sur la question d'ici fin 2017, plaçant l'avenir de l'Europe au centre du débat politique.