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19/01/2017

Bruxelles se crispe sur les demandes de Cameron pour éviter le Brexit

Royaume-Uni en Europe

Bruxelles se crispe sur les demandes de Cameron pour éviter le Brexit

Pour David Cameron, ses exigences ne sont ni farfelues ni absurdes.

[Brett Jordan/Flickr]

Le Premier ministre britannique David Cameron a présenté le 10 novembre ses propositions de réformes de l’Union européenne, jugées « hautement problématiques » par la Commission européenne. 

Marquant le début de la phase officielle des discussions, le président du Conseil européen Donald Tusk a annoncé avoir reçu la lettre très attendue de David Cameron, qui a présenté dans un discours devant l’Institut royal des affaires internationales ses exigences sur la refonte des relations entre Londres et Bruxelles. Des exigences que la Commission européenne a aussitôt jugé « hautement problématiques ». 

>> Lire : Ce que Cameron demande pour défendre le non au Brexit

David Cameron, soulignant que « la diversité est la plus grande force de l’Europe », souhaite notamment que l’UE s’implique moins dans certains aspects du fonctionnement des États membres.

« Reconnaissons que la réponse à tous les problèmes n’est pas toujours plus d’Europe. C’est parfois moins d’Europe », a-t-il dit dans son discours à Chatham House. Les propositions britannique de réforme visent à éviter un « Brexit », sortie du Royaume-Uni de l’UE sur laquelle Londres a promis d’organiser un référendum d’ici fin 2017.

La Grande-Bretagne, a poursuivi David Cameron, ne réclamera pas de droit de veto pour s’opposer à des législations européennes, mais les Parlements nationaux doivent disposer d’un moyen de le faire en groupe.

« Nous ne demandons pas un droit de veto pour chaque État membre. Nous reconnaissons que, dans une Europe à 28, ce serait la paralysie, mais nous voulons un nouvel arrangement dans lequel parlements nationaux doivent pouvoir se rassembler et rejeter des règles européennes qui ne correspondent pas à leurs intérêts », a-t-il dit.

Des exigences ni farfelues ni absurdes

David Cameron a aussi réclamé davantage de contrôle des flux migratoires à l’intérieur de l’UE et estimé que le principe de libre circulation ne devait pas s’appliquer aux nouveaux États membres tant qu’il existe de grandes différences économiques.

La Commission européenne a également jugé « hautement problématiques » les exigences concernant la limitation des droits des travailleurs étrangers.

David Cameron demande en effet que les ressortissants de pays membres de l’UE qui viennent travailler au Royaume-Uni attendent quatre années avant de pouvoir bénéficier des prestations sociales. Il veut aussi interdire à ces travailleurs européens de transférer à l’étranger leurs allocations familiales, ce qui devrait être considéré comme une mesure discriminatoire.

Il a demandé à ses partenaires européens de comprendre ses exigences qui, a-t-il souligné, « ne sont ni farfelues ni absurdes ».

« De prime abord, nous estimons qu’un certain nombre d’éléments sont faisables, comme trouver un moyen d’accroître le rôle des Parlements nationaux, que d’autres sont difficiles, comme celui d’une union toujours plus étroite et celui des relations entre membres et non membres de la zone euro, et que certains sont hautement problématiques dans la mesure où ils ont trait aux libertés fondamentales sur le marché intérieur », a déclaré Margaritis Schinas, porte-parole de la Commission.

« La discrimination directe entre citoyens européens entre clairement dans cette dernière catégorie », a-t-elle ajouté.

Dans son discours, David Cameron a appelé les Britanniques et les Européens à soutenir son projet de réforme, dans lequel il voit une occasion d’assurer la prospérité de l’Union.

>> Lire : Martin Sorrell: « les entreprises doivent prendre parti sur le Brexit »

Il a rappelé le rôle important de la Grande-Bretagne dans l’Union, tout en soulignant que son pays pourrait survivre à une sortie de l’UE si les électeurs le décidaient lors du référendum.

« Il y aura ceux qui diront, ici comme ailleurs dans l’UE, que nous nous sommes engagés dans une ‘mission impossible’. Je n’y crois pas une seconde. L’Union européenne a prouvé qu’elle savait résoudre les problèmes les plus inextricables. Elle peut résoudre aussi celui-ci. Attachons-nous à le faire car l’enjeu est de taille », a-t-il dit.

Merkel se dit « raisonnablement confiante »

La chancelière allemande Angela Merkel s’est entretenue au téléphone avec David Cameron dans la journée et s’est dite confiante sur l’issue des discussions, tout en reconnaissant qu’il y avait « quelques points difficiles ».

« Il y a des (demandes) difficiles, d’autres moins difficiles, mais si nous sommes dans l’état d’esprit de trouver une solution alors je suis raisonnablement confiante [dans le fait] que ça peut réussir », a-t-elle dit lors d’une conférence de presse à l’occasion de la visite du président sud-africain Jacob Zuma.

« L’Allemagne apportera dans tous les cas sa contribution, dans la mesure où cela est possible en conformité avec les règles européennes », a-t-elle dit, estimant que les demandes de M. Cameron n’étaient pas une surprise.

Le dirigeant britannique s’est dit aussi confiant mardi sur les chances de trouver un accord avec l’UE tout en assurant qu’il reconsidèrera l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE s’il n’obtient pas les réformes demandées, alors qu’un référendum sur la question doit être organisé dans le pays d’ici fin 2017.

>> Lire : Le parlement britannique rejette les modalités du référendum sur le Brexit

À Bruxelles, Donald Tusk a déclaré que les discussions proprement dites sur les propositions britanniques débuteraient la semaine prochaine, avant un sommet des chefs d’État et de gouvernement des Vingt-Huit prévus les 17 et 18 décembre.