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30/09/2016

Cameron laisse ses ministres se positionner à leur guise sur le Brexit

Royaume-Uni en Europe

Cameron laisse ses ministres se positionner à leur guise sur le Brexit

Le Premier ministre britannique David Cameron devra faire face à certains de ses ministres durant la campagne pour ou contre le Brexit.

[UKinItaly/Flickr]

Le Premier ministre David Cameron a annoncé le 5 janvier que ses ministres pourront choisir de faire campagne pour ou contre le Brexit.

Le décor est planté : David Cameron et certains de ses ministres vont probablement faire campagne pour rester dans l’UE, si les négociations aboutissent au niveau européen. Quant à ses ministres les plus eurosceptiques, ils pourront promouvoir le Brexit.

Le Premier ministre s’épargne ainsi la peine d’avoir à congédier les ministres qui ne suivent pas sa ligne, comme le stipule normalement la convention britannique pour la responsabilité collective du gouvernement.

David Cameron recrée aussi la situation de 1975, lorsque Harold Wilson, alors Premier ministre, avait permis à ses ministres de choisir leur camp, lors du premier référendum sur le sujet.

« La position du gouvernement sera claire, mais les ministres seront autorisés à adopter une position personnelle tout en restant membres du gouvernement », a déclaré David Cameron devant la Chambre des communes.

Le Premier ministre espère faire avancer ses demandes de réforme lors du sommet européen en février prochain. Ce dernier sera alors rapidement suivi par un référendum au printemps ou à l’automne, même si techniquement, David Cameron avait promis de l’organiser d’ici fin 2017.

>> Lire : Cameron et l’UE s’accordent pour régler leurs désaccords en février

Le Premier ministre, qui se rend le 6 janvier en Allemagne et en Hongrie pour poursuivre les négociations, a déclaré qu’il ferait campagne contre le Brexit si ses demandes étaient entendues.

La carte blanche donnée à son cabinet pour se positionner pour ou contre ne prendra effet que lorsque la campagne du référendum débutera. David Cameron a néanmoins déjà été confronté aux voix eurosceptiques de son gouvernement. Dont celle du ministre du Travail et des Retraites, Iain Duncan Smith, de la ministre de l’Intérieur, Theresa Smith, et du ministre de la Justice, Michael Gove.

La perspective de voir des ministres de premier plan s’opposer à la position du Premier ministre ne fait que compliquer un débat très sensible et instable en Grande-Bretagne, où l’opinion publique est déjà largement divisée entre le pour et le contre, et une majorité qui « ne sait pas ».

Nigel Farage, chef de file du Parti eurosceptique pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) a déclaré que David Cameron avait pris « la bonne décision ». « Nous serons surpris de voir combien de ministres se prononcent en faveur d’une sortie [de l’UE] », a-t-il ajouté sur Sky News.

Matthew Elliott, directeur général de la campagne pour le Brexit, a également salué l’annonce. « Nous avons fait des réunions très utiles avec les ministres du gouvernement et sommes impatients de travailler avec eux plus étroitement maintenant », a-t-il affirmé.

Will Straw, directeur de « Britain stronger in Europe », campagne pour un Royaume-Uni plus fort en Europe, considère quant à lui que la « majorité » des ministres conservateurs feront campagne pour rester dans l’UE.

Pour Ken Clarke néanmoins, ancien ministre conservateur et pro-européen, David Cameron risque de « diviser le parti ».

Le mois dernier, le Premier ministre a laissé entendre à Bruxelles qu’il organiserait le référendum en 2016 après avoir obtenu un accord que ses demandes de réformes. « Je crois que 2016 sera l’année durant laquelle nous accomplirons quelque chose de crucial, en changeant la relation qu’entretient le Royaume-Uni avec l’UE et en répondant enfin aux inquiétudes des Britanniques sur notre adhésion », avait-il déclaré. « Puis, ce sera aux Britanniques de décider s’ils veulent rester ou quitter l’UE. »

>> Lire : Cameron évoque un référendum en 2016

Pour Richard Corbett, chef adjoint des eurodéputés travaillistes, cette annonce montre la faiblesse de David Cameron au sein de son propre parti. « Avec cette annonce, David Cameron montre encore une fois que sa priorité est la survie du Parti conservateur, et non l’intérêt national. Rappelons que si nous nous trouvons dans cette situation déplorable, c’est à cause des divisions du parti Tory au sujet de l’Europe avant les dernières élections », estime-t-il.

Contexte

Le Premier ministre, David Cameron a promis de renégocier les relations de son pays avec l'Union européenne.            La renégociation sera donc suivie d'un référendum d'ici fin 2017, pour décider si, oui ou non, le Royaume-Uni reste dans l'UE.

S'il obtient les réformes souhaitées, David Cameron fera campagne pour rester dans l'UE. Dans le cas contraire, les conservateurs appelleront à une sortie de l'UE. Cette décision aurait de lourdes conséquences pour le commerce, l'investissement et la position de la Grande-Bretagne sur la scène internationale.

Certains États membres sont prêts à écouter les inquiétudes de David Cameron sur certains sujets comme l'immigration, et à faire des petites concessions pour que la Grande-Bretagne reste dans l'Union.

Néanmoins, les dirigeants européens ont écarté toute possibilité de changer les principes fondamentaux de l'UE, tels que la libre circulation des travailleurs et l'interdiction de la discrimination entre les travailleurs de différents pays de l'UE. 

Prochaines étapes

  • Février 2016 : Prochain - et certainement décisif - sommet européen.
  • Juin 2016 : Date à laquelle David Cameron souhaiterait organiser le référendum.
  • 2017 : Date butoir pour l'organisation du référendum.
  • Juillet-décembre 2017 : Le Royaume-Uni détiendra la présidence tournante du Conseil de l'UE.