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04/12/2016

Casse-tête sur l’avenir du prochain commissaire britannique

Royaume-Uni en Europe

Casse-tête sur l’avenir du prochain commissaire britannique

Sir Julian King

L’ambassadeur britannique en France, Julian King, doit prendre la relève du commissaire démissionnaire Jonathan Hill à Bruxelles. Il risque d’hériter d’un portefeuille sans enjeux politiques.

Quelques jours après la démission du commissaire aux services financiers dans la foulée du référendum britannique, David Cameron a proposé son ambassadeur à Paris, Julian King, pour prendre la relève.

« Tant que le Royaume-Uni ne déclenche pas l’article 50 il reste membre à part entière de l’Union européenne, et la conséquence logique est qu’il a le droit à un membre du collège de nationalité britannique, une procédure qui est en cours », a indiqué un porte-parole de la Commission à l’occasion d’un  point presse le 11 juillet.

Après le référendum britannique et la démission de Lord Hill, David Cameron s’est trouvé contraint de proposer un nouveau nom, selon les traités. « Cameron a joué profil bas en proposant un candidat de qualité, mais qui est un diplomate et non un homme politique » pointe du doigt l’eurodéputé français Alain Lamassoure. La nomination d’un europhile convaincu, marié à une danoise en charge des ressources humaines à la Commission européenne, est aussi une façon, pour le Royaume-Uni, de montrer patte blanche à l’exécutif européen.

 >>Retrouvez l’interview de Julian King : «Le Royaume-Uni est mieux dans l’UE pour combattre le terrorisme »

Portefeuille mystère

Le candidat de Londres s’est déjà rendu à Bruxelles lundi 11 juillet pour rencontrer le président de la Commission Jean-Claude Juncker, mais aucune information sur le futur portefeuille n’a été divulguée après la rencontre entre les deux hommes.

Et le mystère pourrait ne pas être éclairci de sitôt, puisque Jean-Claude Juncker devra s’exprimer sur le contenu du portefeuille « d’ici la fin du mois », a souligné le porte-parole. La nomination devra ensuite être approuvée par le Conseil ainsi que par le Parlement européen avant la fin de « l’été 2016 ». Ce qui ne sera pas évident, puisque le Parlement européen démarre bientôt sa trêve estivale, et ne se réunit de nouveau en mini-session que le 29 août ou le 12 septembre à Strasbourg.

Le rythme serré de cette nomination n’est pas son seul aspect sensible. La Commission devra aussi jongler entre différentes contraintes pour trouver des attributions à l’ambassadeur. Et le contenu du futur portefeuille de Julian King échauffe déjà les esprits, notamment du côté des eurodéputés.

>>Lire : Bruxelles hausse sérieusement le ton envers Londres

Dès le 28 juin, le Parlement européen a adopté une résolution dans laquelle les élus ont pris acte de la « démission du commissaire britannique et de la répartition de son portefeuille ». Parmi les amendements proposés, mais non-adoptés, certains appelaient la Commission à « ne pas attribuer de portefeuille au nouveau commissaire ».

Un appel que Bruxelles a pour le, moment écarté.  « Je suis tenté d’exclure cette possibilité » a répondu un porte-parole de la Commission interrogé sur ce point le 11 juillet.

Autre ligne rouge, le lien du portefeuille avec les négociations du Brexit. « Son portefeuille ne peut être qu’un portefeuille sans relation avec le Brexit », a rappelé Alain Lamassoure. «Le nouveau commissaire ne s’occupera pas du Brexit, comme Moscovici ne s’occupe pas du déficit budgétaire français» ironise une source britannique. De fait, le sujet Brexit risquant de monopoliser les réunions du collège, Julian King sera nécessairement au coeur du débat.

Certaines sources ont évoqué un portefeuille nouveau, qui porterait sur les questions linguistiques, un sujet autrefois attribué à un commissaire. Mais pour un Britannique dont la langue fait autorité tout en étant parfois contestée, le sujet n’est pas si anodin qu’il n’y parait. Du côté britannique, on souligne que le nouveau commissaire aura bien un portefeuille quoiqu’il arrive, mais qu’il sera décidé par Juncker ultérieurement. Le sujet n’est visiblement pas prioritaire de l’autre côté de la Manche.

Dombrovskis et Moscovici récupèrent le portefeuille

Les anciennes responsabilités de Jonathan Hill ont entre temps été reversées au portefeuille du vice-président letton, Valdis Dombrovskis.

Ce dernier a hérité de l’intégralité des responsabilités de son ancien collègue britannique. Cette nouvelle répartition a été approuvée par le Parlement européen le 6 juillet dernier.

Maintenant en charge de l’euro, du dialogue social et des services financiers, le très occupé commissaire letton a cédé l’exclusivité de certaines de ses compétences à Pierre Moscovici, le commissaire français en charge des affaires économiques, selon une lettre dont EurActiv a obtenu un copie.

La représentation externe de la zone euro notamment au FMI et aux réunions du G7 sera désormais à la charge de Moscovici. Le commissaire français sera aussi en charge de la mise en œuvre du programme de stabilité en Grèce.

Très engagé sur les sujets de fiscalité et de lutte contre l’évasion fiscale au cours des derniers mois, l’ancien ministre français récupère aussi la main sur les sujets de fiscalité et d’union douanière.