David Cameron promet une lutte acharnée avec l’UE

David Cameron

David Cameron a promis aux Britanniques la tenue d'un référendum sur l'appartenance du pays à l'UE d'ici la fin de 2017. [Number 10/Flickr]

Le Premier ministre britannique a promis le 7 octobre de ne pas courber l’échine face à l’UE lors de la renégociation de son adhésion. Mais n’a toujours pas annoncé de date pour le référendum sur le Brexit.

« Trop grande, trop autoritaire et trop intrusive ». L’Union européenne vue par David Cameron n’a pas amélioré son image, malgré les négociations en cours sur l’avenir du Royaume-Uni au sein de l’Europe.

À l’occasion de la conférence annuelle du parti conservateur à Manchester, en Angleterre, David Cameron s’est toutefois gardé de donner une date de référendum — qu’il a promis de tenir avant fin 2017 — ou de se prononcer sur les avancées réalisées dans ses discussions en cours avec d’autres dirigeants européens.

>> Lire : Le référendum sur le « Brexit » pourrait se tenir en juin 2016

« Nous ne battons pas en retraite. Nous nous livrons à une bataille, et nous réglons les problèmes », a-t-il affirmé, faisant référence aux négociations à huis clos qu’il mène avec Bruxelles, Berlin, Paris, Varsovie et d’autres États membres clés.

3 minutes pour l’Europe

En réalité, le Premier ministre n’a consacré que 3 minutes à l’Europe dans son discours annuel devant les délégués. Pourtant, le référendum est censé être un enjeu déterminant de son second et dernier mandat en tant que Premier ministre.

Au lieu de cela, David Cameron a dressé une liste des points négatifs de Bruxelles, soulignant notamment l’ouverture des frontières, la monnaie unique, les rabais budgétaires ou les plans de sauvetage.

« Je n’ai aucun attachement sentimental pour l’UE et ses institutions », a-t-il commenté, rappelant qu’en 1975 le pays avait simplement voté pour rester dans le marché commun.

« Je veux que ce soit clair, la Grande-Bretagne n’est pas intéressée par une “union encore plus étroite” », a-t-il ajouté.

David Cameron a préféré parler des derniers grands succès de Londres à Bruxelles : l’implication du pays dans les négociations pour le partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement (TTIP) avec les États-Unis ainsi que les sanctions imposées à la Syrie.

Parti eurosceptique

Bien que David Cameron se soit engagé à faire campagne pour rester dans l’UE si la renégociation de l’adhésion du Royaume-Uni aboutit, ces quelques mots sur l’Europe n’ont recueilli que de maigres applaudissements des membres de son parti, largement eurosceptique.

Le gouvernement conservateur a remporté une victoire inattendue, avec une courte majorité de 12 sièges, lors des élections britanniques de mai. De nombreux députés d’arrière-ban de Cameron, et même certains membres de son cabinet, sont clairement en faveur d’une sortie de l’UE — tout comme les quatre millions d’électeurs qui ont penché pour le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) en mai.

La renégociation des conservateurs consiste surtout à limiter la liberté de mouvement et de travail, limiter le « tourisme social », s’exclure de l’objectif « une union toujours plus étroite », et obtenir plus de droits pour les non-membres de la zone euro, tels que le Royaume-Uni, le Danemark et la Suède.

>> Lire : Ce que Cameron demande pour défendre le non au Brexit

Les négociations avec Berlin, Varsovie et d’autres capitales pour limiter la liberté de circulation dans le bloc ont apparemment été rejetées de manière catégorique. Toutefois, un terrain d’entente aurait été trouvé dans la limitation des avantages sociaux.

Liberté de circulation

« Seules deux choses m’intéressent : la prospérité et l’influence du Royaume-Uni. Voilà pourquoi je vais livrer une rude bataille dans ces renégociations, pour que nous obtenions un meilleur arrangement », a-t-il conclu.

La plupart des observateurs pensent que le référendum aura lieu en 2016. Les Français et les Allemands se rendant aux urnes en 2017, cette date offrirait moins d’espace à une manœuvre politique.

De récents sondages d’opinion ont montré que l’écart entre les personnes en faveur d’une sortie de l’UE et ceux qui s’y opposent se rétrécit. Parfois, certains sondages indiquent même une mince majorité pour les défenseurs d’un Brexit. Le sondage le plus récent, réalisé en septembre par IPSOS/MORI, révèle que 45 % des votants voudraient que le Royaume-Uni reste dans l’UE et 38 % voteraient en faveur d’un Brexit.

>> Lire : Alyn Smith : « un Brexit rouvrirait la question de l’indépendance de l’Écosse »

David Cameron ayant promis de quitter son poste de Premier ministre avant les élections de 2020, la conférence de Manchester s’est transformée en coup d’envoi de la prochaine bataille pour la présidence du parti conservateur. Bien entendu, les différents points de vue sur l’adhésion à l’UE joueront un rôle clé.

Une des candidates en lice, la ministre de l’Intérieur, Theresa May, a déclaré lors de la conférence que l’immigration de masse menaçait la cohésion sociale du Royaume-Uni et que les 800 000 à 1 million de demandeurs d’asile attendus en Allemagne risqueraient, à l’avenir, de s’installer au Royaume-Uni.

Boris Johnson, maire de Londres, a prononcé un discours eurosceptique, mais s’est engagé à faire campagne quel que soit le résultat du référendum.

Quand à Nigel Farage, le chef de file de UKIP, il a estimé que David Cameron n’avait « rien dit de concret sur l’UE ».

« Quelles sont les réformes que vous proposez, M. Cameron ? Que rapportez-vous vraiment au Royaume-Uni ? Tout ce qu’il demande, c’est un changement de rhétorique, un arrêt de “l’union toujours plus proche”, et même sur ça, on lui a répondu que ça n’arriverait pas », a déclaré Nigel Farage dans un communiqué.

Contexte

La montée de l’euroscepticisme au Royaume-Uni a fait de l’adhésion à l’Union européenne l’un des sujets brûlants des élections.

Le parti conservateur, au pouvoir, a promis l’organisation d’un référendum sur la question d’ici fin 2017, plaçant l’avenir de l’Europe au centre du débat politique.

Le Premier ministre David Cameron a déclaré qu’il ferait campagne en faveur de l’adhésion du Royaume-Uni dans l’UE, mais seulement s’il parvient à négocier des réformes avec l’UE, affirmant que « l’intérêt national de la Grande-Bretagne est mieux servi dans une Union européenne souple et ouverte ». 

Prochaines étapes

  • 17-18 déc. 2015 : Sommet européen des propositions de réformes pour la Grande-Bretagne.
  • 2016 : Année du référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE.
  • 2017 : Date limite imposée par David Cameron lui-même pour organiser le référendum.