David Cameron veut avancer la date du référendum sur l’UE

Waterskiing sailor

Un marin à ski nautique fait voler le drapeau de la Journée nationale des forces armées. 10 mai 2015 [UK Ministry of Defence/Flickr]

Suite à sa victoire surprenante aux élections britanniques du 7 mai dernier, David Cameron pourrait avancer la date du référendum à l’année prochaine. Le Premier ministre a également nommé un nouveau ministre qui devrait jouer un rôle clé dans les négociations.

Le Premier ministre britannique pourrait organiser la tenue d’un scrutin l’année prochaine, alors que dans ses promesses de campagne, le referendum devait avoir lieu d’ici 2017.

Le gouvernement de Cameron semble vouloir profiter de l’élan de sa victoire pour avancer le vote. Il éviterait ainsi de le faire coïncider avec les élections nationales allemande et française du printemps 2017.

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La Grande-Bretagne occupera la présidence tournante de l’UE durant la deuxième moitié de 2017. Un vote anticipé permettrait donc d’éviter le paradoxe entre la tentative du pays de négocier son adhésion dans l’UE et sa fonction de médiateur impartial.

David Cameron a déjà déclaré qu’il serait « ravi » que la renégociation des termes de l’adhésion du Royaume-Uni se fasse rapidement et que le vote soit avancé.

Réaffirmation de la supériorité du Trésor

Le chancelier de l’Échiquier, George Osborne, et le ministre des Affaires étrangères, Philip Hammond, ont tous deux été renommés le 11 mai et joueront un rôle central dans les négociations à venir.

David Cameron a tardé à annoncer que leministre aux Affaires européennes, David Lidington, serait maintenu à son poste.

George Osborne devrait toutefois jouer un rôle beaucoup plus important dans les négociations que Philip Hammond.

Les conservateurs contrôlant pleinement tous les ministères, cela peut s’expliquer par le fait que les règles traditionnelles de la politique britannique redonnent au Trésor sa position dominante jalousement gardée sur tous les autres ministères, y compris celui des Affaires étrangères.

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« [Nous avons] un mandat très clair pour améliorer la relation du Royaume-Uni avec le reste de l’UE et pour réformer l’UE », a déclaré George Osborne hier à Bruxelles lors d’une réunion des ministres européens des Finances.

« Nous entrons dans les négociations avec l’objectif d’être constructif et engagé, mais également résolu et ferme, et personne ne devrait sous-estimer notre détermination », a ajouté le ministre britannique des Finances.

Greg Hands, un nageur de Berlin Ouest

Dans ce contexte, avoir choisi Greg Hands pour remplacer Danny Alexander, le député libéral-démocrate vaincu, au poste de secrétaire en chef du Trésor, le bras droit de George Osborne, est une décision significative.

Lors d’une année sabbatique en 1983, Greg Hands a travaillé dans une piscine de Berlin Ouest, passant ainsi une longue période dans l’Europe centrale et orientale de la Guerre froide.

Il parle couramment allemand et français, se débrouille en tchèque et slovaque et possède « des notions de trois autres langues slaves ».

Selon une source proche d’EURACTIV, Greg Hands aura probablement pour mission d’impliquer la chancelière allemande, Angela Merkel, dans les renégociations britanniques.

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Il est connu pour entretenir des liens étroits avec l’Union chrétienne-démocrate d’Angela Merkel en Allemagne, et occupe la présidence parlementaire des Amis conservateurs de la Pologne.

Reste à savoir ce que seraient les résultats d’un référendum anticipé. Sur ce point-là, les spécialistes sont divisés.

Le lobby pro-européen Business for New Europe s’est opposé au choix d’une date « arbitraire » pour le scrutin.

Des experts divisés sur un référendum anticipé

« Tout référendum crée de l’incertitude, donc pour le milieu des affaires, le plus tôt sera le mieux », a déclaré la directrice de campagne Lucy Thomas.

« Il est toutefois important de donner assez de temps au processus de réforme, pour que les changements adéquats soient opérés », a-t-elle ajouté.

Matthew Elliott, directeur général de Business for Britain, se méfie d’un référendum anticipé. « La Grande-Bretagne doit d’abord obtenir le meilleur de la renégociation. Il ne faut pas passer directement au référendum… Un processus bâclé compromettrait sérieusement les chances d’obtenir un accord important que les entreprises britanniques et les électeurs pourraient soutenir et ruinerait une opportunité unique. »

À l’inverse, Charles Grant, directeur du Centre pour la réforme européenne, un groupe de réflexion, a déclaré qu’un référendum anticipé augmenterait la probabilité de rester dans l’UE. « Plus il est reporté, plus le climat d’incertitude pèsera sur l’économie britannique et découragera les investissements étrangers », a-t-il expliqué.

« Si le référendum a lieu fin 2017, certains électeurs pourraient voter contre l’UE, simplement parce qu’ils n’en pourront plus de David Cameron », a estimé Charles Grant.

Contexte

Le parti conservateur au pouvoir de David Cameron a remporté la majorité absolue lors des élections parlementaires du 7 mai 2015. Avec 12 sièges de plus que tous les autres partis réunis, les conservateurs pourront gouverner seuls.

David Cameron a promis de renégocier la relation du pays avec l'UE puis d'organiser un référendum d'ici 2017 pour voter si oui ou non, le Royaume-Uni devrait rester dans l'UE. Une décision qui aurait de grandes conséquences sur le commerce, l'investissement et la place de la Grande-Bretagne sur la scène internationale.

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Prochaines étapes

  • 2016 : David Cameron, le Premier ministre britannique, s'est engagé à organiser un référendum sur le maintien du Royaume-Uni au sein de l'UE
  • Printemps 2017 : élections en France et en Allemagne
  • Fin 2017 : référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE, promis par David Cameron