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11/12/2016

Juncker dit au revoir à un Farage fanfaron au Parlement européen

Royaume-Uni en Europe

Juncker dit au revoir à un Farage fanfaron au Parlement européen

Nigel Farage fanfaronne lors de la session extraordinnaire du Parlement européen le 28 juin.

Lors d’un débat parlementaire le 28 juin, Jean-Claude Juncker a attaqué un Nigel Farage jubilant, le traitant de menteur et insistant pour qu’il ne revienne pas au Parlement.

« Je suis surpris que vous soyez là. Vous vous êtes battu pour une sortie. Les Britanniques ont voté pour une sortie. Que faites-vous là ? », a demandé le président de la Commission, passant du français à l’anglais pour s’adresser à un groupe d’eurodéputé UKIP. Nigel Farage était l’une des figures de proue du mouvement anti-UE au Royaume-Uni.

Juncker triste, mais pas vaincu

Jean-Claude Juncker et les autres commissaires se sont joints à une session extraordinaire du Parlement européen dans la matinée du 28 juin. Le président de la Commission a demandé au gouvernement britannique de « rester nos amis », mais aussi de clarifier la situation rapidement. « Nous ne pouvons pas nous installer dans l’incertitude », a-t-il plaidé.

« L’Europe n’est pas uniquement une question cérébrale […] On a aussi l’autorisation de dire qu’on est triste. Je suis triste après ce vote britannique, et je ne le cache pas », a indiqué Jean-Claude Juncker, applaudi par les parlementaires.

« Je suis aussi triste parce que je ne suis pas le bureaucrate, le technocrate sans visage […] je ne suis pas un robot, je ne suis pas une machine, je suis un être humain, je suis un Européen et j’ai le droit de dire que je regrette le vote des Britanniques », s’est-il exclamé, refusant de laisser certains eurodéputés lui couper la parole.

Le Brexit a fait l’effet d’un tremblement de terre politique à Bruxelles, mais le président de la Commission s’est montré combattif et a rejeté les rumeurs selon lesquelles il serait sur le point de démissionner pour raisons de santé, rumeurs qui se sont intensifiées après l’annonce des résultats.

« Je ne suis ni fatigué, ni malade, comme l’ont écrit certains journaux allemands. Apparemment les médecins se font journalistes. Je reste ce que je suis, je me battrai jusqu’à mon dernier souffle pour l’Europe unie », a assuré Jean-Claude Juncker. « Au Royaume-Uni, je suis décrit comme un bureaucrate sans visage, une sorte de robot. »

>> Lire : La pression monte sur la Commission Juncker

Le président de la Commission a expliqué avoir interdit aux commissaires et fonctionnaires européens de commencer à parler de quoi que ce soit de concret avec les représentants britanniques avant la notification officielle de la sortie du pays de l’UE. « Je ne voudrais pas que l’idée s’installe qu’il y a des négociations secrètes, à rideaux tirés», assure-t-il.

Farage jubilant

« Quand je suis arrivé ici il y a 17 ans et annoncé que je voulais faire campagne pour que la Grande-Bretagne quitte l’UE, vous vous êtes tous moqués de moi. Aujourd’hui, vous ne riez plus tellement, n’est-ce pas ? », a-t-il fanfaronné.

Il ne s’est pas gêné pour apostropher ses homologues du Parlement européen. « Presque aucun d’entre vous n’a jamais eu de vrai emploi ou travaillé dans une entreprise ou dans le commerce ou même créé un seul emploi », a-t-il hurlé pour couvrir la voix des eurodéputés qui le huaient.

Selon le site VoteWatchEU, Nigel Farage lui-même ne prend pas très au sérieux son rôle d’élu, puisqu’il ne vote que pour 40,7 % des propositions, soit moins de la moitié du taux de participation moyen au Parlement européen.

>> Lire notre direct : Le Royaume-Uni quitte l’Union européenne

« Vous avez menti, vous n’avez pas dit toute la vérité, vous avez déformé la réalité », condamne le président de la Commission, qui a estimé que l’eurodéputé ne devrait pas revenir au Parlement européen. « Je pense que nous partageons le même sens de l’humour. Vous aviez de l’humour, j’en ai toujours, mais je regrette que nous ne puissions plus débattre, parce que vous ne reviendrez plus. »

Résolution édulcorée

Le Parlement européen a demandé mardi au Royaume-Uni d’activer l’article 50 du traité de Lisbonne, qui régit une sortie de l’UE, le plus rapidement possible, afin d’« éviter à chacun une incertitude qui serait préjudiciable et protéger l’intégrité de l’Union ».

Après la notification officielle de l’UE du désir du Royaume-Uni de quitter le bloc, qui activera cet article, Londres aura deux ans pour négocier ses conditions de sortie. Lors de sa démission, le Premier ministre britannique, David Cameron, a toutefois annoncé qu’il laisserait le soin à son successeur d’informer officiellement l’UE de la décision de Londres

Dans une résolution adoptée par 395 voix pour et 200 voix contre, les eurodéputés soulignent également que « la volonté exprimée par le peuple doit être entièrement et scrupuleusement respectée ».

La résolution initiale du Parlement européen, plus dure envers Londres, appelait le Royaume-Uni à débuter les négociations immédiatement. Un amendement adopté par le Parlement a cependant édulcoré cette mesure jugée trop sévère.

La résolution a été votée à quelques heures de l’ouverture d’un sommet européen dédié à l’immigration et au Brexit.