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01/10/2016

La pression monte sur la Commission Juncker

Royaume-Uni en Europe

La pression monte sur la Commission Juncker

Juncker : « Le Brexit ne serait pas la mort de l’UE ». [Commission européenne]

La démission de Jean-Claude Juncker a été évoquée par des diplomates mais aussi la République tchèque.

Jean-Claude Juncker n’est pas « taillé pour l’emploi » et devrait démissionner, selon le ministre des Affaires étrangères tchèque, Lubomir Zaoralek.

Le ministre a déclaré le 27 juin que quelqu’un au sein des institutions européennes devrait prendre la « responsabilité » pour la décision des Britanniques de quitter l’UE.

« Actuellement, je ne pense pas que le représentant de la Commission européenne soit taillé pour l’emploi », a-t-il précisé lors d’une émission télévisée tchèque.

La Commission nie en bloc

Le porte-parole de la Commission, Margaritis Schinas, soutient que Jean-Claude Juncker ne démissionnera pas.

Interrogé par EurActiv sur les conséquences du vote britannique sur la Commission européenne, Margaritis Schinas répond que l’exécutif n’avait pas demandé le référendum.

« Ceux qui doivent en tirer des conclusions sont ceux qui ont demandé le référendum », a-t-il indiqué.

Une motion pour congédier Juncker

D’autres diplomates de l’Europe de l’Est sont plus réservés quant à la démission du président de la Commission.

Cependant, l’un d’entre eux a admis que son pays était susceptible de se joindre à la motion pour congédier Jean-Claude Juncker, lors du sommet de l’UE qui commence le 28 juin à Bruxelles, « si une telle motion existait. »

« La situation évolue d’heure en heure. Nous devons prouver qu’il est possible de se faire entendre par Bruxelles. Il y a eu beaucoup d’erreurs et nous devons en parler ouvertement », explique le diplomate d’Europe centrale à un groupe de journalistes.

Le diplomate critique particulièrement les déclarations sévères de Jean-Claude Juncker, qui a notamment asséné « dehors, c’est dehors », ainsi que sa volonté d’entamer immédiatement les négociations avec le Royaume-Uni.

>> Lire : Juncker estime que le Brexit ne tuera pas l’UE

Le diplomate reconnaît d’ailleurs que son pays soutient la position plus modérée de la chancelière allemande. « Oui, la Commission a une part de responsabilité dans les résultats du référendum. C’est aussi simple que cela », expose-t-il.

Il ajoute qu’« il y a de nombreuses autres questions, gérées par la Commission, dont les citoyens sont mécontents et qui ont contribué à cette situation. » « Mais ce n’est pas à moi de décider si [la solution] devrait être la démission du président ou s’il est préférable de choisir un nouveau plan d’action. C’est aux dirigeants d’en décider », a-t-il affirmé.

Les chefs d’État et les gouvernements européens échangeront sur les conséquences du Brexit le 27 juin au cours d’un dîner avec le Premier ministre britannique. Le jour suivant, les représentants de l’UE se retrouveront en l’absence de David Cameron pour réfléchir sur la procédure à adopter pour le futur de l’UE.

« Il y a de nombreux exemples qui prouvent que la Commission passe à côté de l’essentiel. L’exemple le plus évident est l’actuelle crise des migrants, mais il y en a bien d’autres, dont je pourrais fournir une liste – qui serait très longue », poursuit le diplomate.

« La Commission doit changer ses habitudes. Il y a un écart entre ce que nous faisons et ce que les gens attendent de nous. Nous devons le surmonter. Plus cet écart est grand, plus le populisme a de l’espace pour prospérer. S’il est limité, le populisme sera moins attrayant », ajoute-t-il.

De nouvelles responsabilités pour Tusk

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, pourrait recevoir de nouvelles responsabilités dans les négociations autour du Brexit. La Commission n’aurait plus alors qu’un rôle secondaire.

« Donald Tusk possède certainement les qualités nécessaires. Nous privilégierions des négociations menées par le président du Conseil européen », confirme le diplomate.

La rumeur court qu’Angela Merkel n’aurait pas invité Jean-Claude Juncker à la réunion du 27 juin à Berlin où elle discutera des conséquences du Brexit avec François Hollande, le Premier ministre italien, Matteo Renzi, et le président du Conseil européen, Donald Tusk.

Selon une source proche du président, Jean-Claude Juncker souhaiterait de toutes façons se retirer pour raisons de santé. Or, les groupes politiques du Parlement européen semblent soutenir le président de la Commission et ne pas vouloir laisser le premier vice-président, Frans Timmermans, le remplacer. Frans Timmermans est un socialiste, mais même le parti Socialistes et Démocrates (S & D) ne souhaite pas le voir prendre la tête, en raison de ses positions sociales très modérées.

« Pour les partis de gauche, c’est un ‘extrémiste de droite’ et il défend les positions des Pays-Bas », selon une source au sein du Parlement.

Jean-Claude Juncker a été désigné comme le favori du Parti populaire européen (EPP) lors des élections en 2014, une proposition qu’Angela Merkel n’avait approuvée qu’à contrecœur, puisque l’idée des « Spitzenkandidaten » lui déplaisait.

Les trois autres candidats de l’EPP étaient le Français Michel Barnier, le Finnois Jyrki Katainen et le Letton Valdis Dombrovskis. Les représentants finnois et letton sont actuellement vice-présidents auprès de la Commission et pourraient être considérés pour prendre la suite, si Jean-Claude Juncker démissionnait.

Si Frans Timmermans prenait la place de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission, il y aurait des retombées sur les autres institutions. En effet, Martin Schulz, le président du Parlement européen social-démocrate devrait probablement céder sa place à un collègue du PPE.

>> Lire : L’Estonie devrait prendre la présidence tournante du Royaume-Uni en 2017