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04/12/2016

Londres devrait préférer la Chine et les États-Unis au Commonwealth

Royaume-Uni en Europe

Londres devrait préférer la Chine et les États-Unis au Commonwealth

Les ministres responsables du commerce dans le gouvernement May devraient se détourner du Commonwealth et se concentrer sur les États-Unis et la Chine, selon un rapport récent d’un ancien économiste de la banque d’Angleterre.

La campagne Leave a accordé beaucoup d’importance au renouement de liens avec les pays de l’ancien Empire britannique, le Commonwealth, notamment l’Inde, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada, si le Royaume-Uni votait pour une sortie du bloc.

Or, cette stratégie devrait être rejetée, selon un rapport de Gregor Irwin, un ancien économiste de la banque d’Angleterre et du bureau des Affaires étrangères.

Theresa May a nommé Liam Fox, en faveur d’une alliance entre l’Europe et l’Amérique du Nord, en tant que secrétaire d’État au Commerce international. Il est chargé de trouver et mettre en place les accords commerciaux internationaux, alors que le pays quitte les accords communs aux États membres de l’UE. Liam Fox est un eurosceptique convaincu, qui a milité avec ferveur pour la campagne Leave, tandis que Theresa May a soutenu le camp Remain.

>> Lire : Le Brexit exclurait Londres des accords commerciaux internationaux

Cependant, Gregor Irwin avertit le responsable des nouveaux accords commerciaux de ne pas « donner la priorité absolue » à la recherche d’accords commerciaux et lui conseille, contrairement aux promesses de la campagne Brexit, d’ignorer l’ancien Commonwealth.

Selon lui, « la politique commerciale britannique devra se fixer des priorités strictes pour exploiter ses rares ressources diplomatiques au mieux ».

Ainsi, « les États-Unis et la Chine devraient absolument être privilégiés, pour des raisons différentes toutefois. Le gouvernement ne devrait pas trop s’attarder sur l’Inde ou l’Australie, et devrait oublier le Canada », estime-t-il.

« Il y a intérêt à encourager le commerce dans d’autres régions asiatiques, en particulier au Japon, en Corée et dans les pays ASEAN », a-t-il ajouté. « En outre, le gouvernement serait avisé de ne pas donner trop d’importance au Golfe. Enfin, il ne devrait pas négliger les pays européens qui ne font pas partie de l’UE, la Russie, la Turquie et la Suisse notamment. Il y a d’importantes chances à saisir dans ces trois pays, bien que les progrès en Russie seront ralentis par la relation politique délicate. »

>> Lire : Sans Londres, la ligne dure de l’UE face à la Russie pourrait s’émousser

L’étude se penche sur cinq types de données différentes, classant les pays avec lesquels une relation commerciale peut être envisagée.

D’abord, il y a la récente augmentation des importations britanniques de 2010 à 2015, largement dominées par les États-Unis et la Chine, suivis par le Mexique, Hong Kong et le Vietnam.

Puis, une potentielle réduction des droits de douane payés par les exportateurs britanniques place à nouveau la Chine, l’Inde et les États-Unis comme des cibles intéressantes pour la stimulation des exportations. Gregor Irwin avertit néanmoins que, malgré des taxes similaires en Inde et en Chine, le volume du commerce est nettement plus bas dans l’ancienne colonie britannique.

Le troisième facteur que l’étude prend en considération et la « sous-performance », une baisse moyenne des exportations britanniques entre 2010 et 2015 en comparaison aux autres membres de l’UE. L’économiste admet cependant qu’« il n’est pas facile de mesurer » ce paramètre. Cet aspect favorise les relations avec la Chine, la Russie et la Turquie sont en tête sur cet aspect.

Ensuite, l’augmentation des possessions britanniques outre-mer est examinée, en se fondant sur le principe selon lequel les investissements outremer directs sont souvent liés à une chaîne de production britannique. Ces données sont, cependant, limitées, étant donné que tous les investissements directs étrangers ne fonctionnent pas de la même manière. En effet, les valeurs peuvent être affectées par les taux de change. Malgré tout, les pays potentiels les plus intéressants sont les États-Unis, le Japon, Hong Kong et Singapour.

Enfin, le rapport observe les forces actuelles de la Grande-Bretagne, en évaluant l’augmentation de la valeur de l’exportation des services commerciaux et financiers pendant les cinq dernières années. Les pays qui se démarquent sont le Japon, les États-Unis, Singapour et la Suisse.

Gregor Irwin conclut son étude en rappelant qu’« aucune de ces mesures n’est parfaite », toutefois, ces imperfections devraient s’équilibrer entre elles. Par conséquent, la Chine, les États-Unis, le Japon, la Russie (en dehors des difficultés politiques), le Brésil et Singapour sont les pays où des accords commerciaux devraient s’avérer les plus propices.

Il admet qu’éviter de s’attarder sur l’Inde ou l’Australie est une proposition « controversée », et ajoute que le Royaume-Uni « devrait absolument oublier le Canada ».

Le rapport explique que « l’Inde n’est envisageable que pour son excellente barrière concernant les exportations. Or, il ne sera pas nécessairement de négocier leur suppression, d’autant que les premières exigences concerneront probablement les visas et la migration ».

Gregor Irwin estime d’ailleurs que « l’argument majeur en faveur de l’Australie est l’augmentation sensible des investissements par des entités britanniques, mais en dehors de ce facteur, son dossier n’est pas assez solide ».

Quant au Canada, il « parvient tout juste à figurer dans le classement. La seule raison d’envisager le Canada serait sans doute la signature imminente d’un accord commercial avec l’UE, au détriment des exportateurs britanniques au moment de la sortie du Royaume-Uni du bloc. Néanmoins, ce problème se représentera lorsque l’UE signera d’autres accords à l’avenir ».

>> Lire : La question des visas menace toujours l’accord UE-Canada

 

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