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28/09/2016

Un Brexit empêcherait le Royaume-Uni de défendre Gibraltar

Royaume-Uni en Europe

Un Brexit empêcherait le Royaume-Uni de défendre Gibraltar

Philip Hammond à Gibraltar [Affaires étrangères]

Un Brexit porterait gravement atteinte à la capacité de Londres à défendre Gibraltar, a assuré le ministre britannique des Affaires étrangères, Philip Hammond, lors de sa première visite officielle dans le territoire contesté le 11 mai.

« L’engagement du Royaume-Uni envers Gibraltar est absolu, inébranlable et perdurera, quel que soit le résultat du référendum », a déclaré Philip Hammond, faisant référence au vote du 23 juin, lors duquel le Royaume-Uni décidera de son appartenance à l’UE.

« Je dois toutefois ajouter quelque chose. La capacité de la Grande-Bretagne à protéger les intérêts de Gibraltar sera sérieusement compromise si nous ne sommes plus membre de l’Union européenne, si nous ne sommes plus assis autour de la table des négociations à Bruxelles », a-t-il assuré.

« Nous devons reconnaître cela : même avec la meilleure volonté du monde, le Royaume-Uni ne pourra pas résoudre tous les défis que Gibraltar aurait à relever si nous sortons de l’UE le 23 juin. »

L’Espagne a cédé Gibraltar au Royaume-Uni en 1713, mais veut depuis longtemps récupérer le territoire et le replacer sous la souveraineté espagnole.

La possibilité d’une sortie du Royaume-Uni a suscité des craintes à Gibraltar, où la plupart des 33 000 habitants du rocher s’inquiètent de l’avenir de leur seul accès à la terre.

La petite frontière entre Gibraltar et l’Espagne est depuis longtemps une source de tension. En 1969, le dictateur espagnol Francisco Franco était même allé jusqu’à fermer le passage. Les habitants dépendaient donc uniquement des liaisons aériennes et maritimes jusqu’à ce que la frontière soit rouverte en 1985, dix ans après la mort du général, et lorsque Madrid demandait de rejoindre l’UE.

En juillet 2013, le gouvernement conservateur espagnol a imposé des contrôles stricts à la frontière avec Gibraltar, entrainant de longues files d’attente d’automobilistes. Le but initial était soi-disant de lutter contre le trafic de cigarettes, mais, pour Gibraltar, ces contrôles accrus ont été instaurés en représailles à l’installation d’un récif artificiel dans ses eaux pour empêcher les bateaux espagnols de pêcher.

>> Lire : La Commission va envoyer une délégation à Gibraltar

La Commission européenne a envoyé des inspecteurs sur le territoire britannique en septembre après que la Grande-Bretagne et Gibraltar se sont plaints à Bruxelles.

Anachronisme historique

Si le Royaume-Uni sortait de l’UE, la frontière de Gibraltar pourrait devenir une frontière externe. L’Espagne pourrait fermer la frontière et le Royaume-Uni et le Rocher auraient plus de mal à introduire un recours en justice.

Alors que les sondages d’opinion montrent qu’au Royaume-Uni le camp pro-Brexit et le camp pro-UE sont au coude à coude, la grande majorité des Gibraltariens veulent que la Grande-Bretagne reste dans l’EU.

En effet, un sondage publié le mois dernier par le Gibraltar Chronicle révèle que 88 % de la population soutiendrait l’UE lors du référendum du 23 juin. Le taux de participation devrait atteindre plus de 80 %.

Le ministre espagnol des Affaires étrangères a publié un communiqué lors de la visite de Philip Hammond, rappelant que Gibraltar était sur la liste onusienne des territoires non autonomes, qui sont soumis à un processus de décolonisation, et a donc qualifié le territoire d’anachronisme historique. « Ce vestige colonial détruit l’unité de l’Espagne et son intégrité territoriale », indique le document.