Jeu de chaises musicales à la Commission européenne

Jonathan Faull dirigera le nouveau groupe de travail sur le Brexit. [Lisbon Council/Flickr]

Plusieurs têtes des toutes puissantes directions générales de l’exécutif européen ont été modifiées. Malgré les promesses de Juncker, le nombre de femmes aux manettes chute encore.

Un remaniement administratif de l’exécutif européen a été annoncé le 24 juin. Catherine Day, secrétaire générale de la Commission, doit en effet prendre sa retraite le 1er septembre, ce qui entraîne un certain nombre de changements. Elle sera remplacée par Alexander Italianer, qui dirige actuellement la DG Concurrence.

Alexander Italianer est l’ancien directeur général à la concurrence de la Commission dirigée par José Manuel Barroso.

Le Britannique Jonathan Faull, haut fonctionnaire à la réglementation des services financiers, prend quant à lui les rênes d’un nouveau groupe de travail qui se penchera sur le référendum sur l’appartenance à l’UE, qui doit se dérouler d’ici à deux ans au Royaume-Uni. Il dépendra directement du président de la Commission, Jean-Claude Juncker, pour les « questions stratégiques liées au référendum britannique ».

En tant que bras droit du commissaire Michel Barnier au sein de la Commission Barroso, Jonathan Faull a participé de près à la vague de réglementation des services financiers après la crise. Ce rôle l’a mis en contact avec la City de Londres, la plus grande place financière de l’UE.

L’une de ses responsabilités principales sera à présent d’analyser et de répondre aux demandes de réformes du Royaume-Uni.

Ce fonctionnaire de 59 ans a rejoint la Commission en 1978. Il travaillera en étroite collaboration avec le vice-président de la Commission, Frans Timmermans, le commissaire chargé de l’initiative du « mieux légiférer ». Une législation européenne plus efficace et moins contraignante figure parmi la série de changements que Londres voudrait voir au sein de l’Union.

Si le Premier ministre britannique, David Cameron, n’a pas donné beaucoup de détails sur ses objectifs, il a cependant expliqué vouloir réduire l’accès aux prestations sociales, augmenter le pouvoir des parlements nationaux et négocier une clause d’exclusion du principe d’une union toujours plus intégrée pour le Royaume-Uni. L’immigration est également un sujet-clé.

David Cameron a promis d’organiser un référendum sur l’appartenance de la Grande-Bretagne à l’UE d’ici 2017 s’il était réélu lors des élections du mois de mai. Il a cependant affirmé vouloir faire campagne pour que le pays reste dans l’UE, si celle-ci était réformée.

>> Lire : Le raz de marée conservateur au Royaume-Uni ravive l’hypothèse du Brexit

http://www.euractiv.com/video/georgieva-faull-very-capable-lead-eus-brexit-taskforce-315710

Le 25 juin, lors de la réunion du Conseil à Bruxelles, il devrait discuter de ses exigences avec les autres chefs d’État européens. La veille, il profitait de la visite à Berlin de la reine pour discuter avec la chancelière allemande, Angela Merkel.

Selon Kristalina Georgieva, vice-président de la Commission et commissaire au budget et aux ressources humaines, Jonathan Faull n’est pas encore décidé quant à la structure de sa nouvelle équipe. Il doit sélectionner les bureaucrates ayant les compétences nécessaires et les fonctionnaires rejoindront le groupe de travail pour une mission à court terme.

Cela signifie que ce groupe est « budgétairement neutre », a ajouté la commissaire, qui insiste sur l’importance de l’adhésion du Royaume-Uni à l’UE. Jean-Claude Juncker a déclaré que l’une de ses priorités était de garder le pays dans l’UE.

Jonathan Faull sera remplacé au poste de responsable de la stabilité financière, des services financiers et de l’union des marchés de capitaux par son adjoint, le Français Olivier Guersent. Celui-ci dépendra donc du commissaire britannique Jonathan Hill.

Environnement

Karl Falkenberg ne sera pas reconduit en tant que directeur général de la DG Environnement, mais deviendra conseiller principal pour le développement durable du conseil des ministres de l’Emploi, des Politiques sociales, de la Santé et des consommateurs.

Cet architecte du paquet sur l’économie circulaire, enterré depuis, sera remplacé par Daniel Calleja Crespo, directeur général de la DG Growth (industrie et entrepreneuriat).

Vu son ancien poste, la nomination de Daniel Calleja Crespo à la tête du département de l’environnement pourrait faire naître des inquiétudes quant à l’influence des entreprises sur les politiques environnementales. Pourtant, de l’avis de certains écologistes, Karl Falkenberg avait lui aussi occupé un poste lié au commerce et s’était avéré être un défenseur efficace de l’environnement.

L’abandon du paquet sur l’économie circulaire relatif aux lois sur les déchets, le recyclage et l’incinération, qui a eu lieu dans le contexte du « mieux légiférer », avait été demandé par le lobby de l’industrie BusinessEurope.

>> Lire : Le paquet sur l’économie circulaire passe à la trappe

L’exécutif a souligné à de nombreuses reprises son engagement pour l’environnement et répété que le paquet serait remplacé par une proposition plus ambitieuse. Cette nouvelle proposition a été confiée à la fois à la DG Environnement et à la DG Croissance, ce qui pourrait considérablement ralentir le processus.

La décision de Jean-Claude Juncker de rassembler les portefeuilles l’Environnement et des Affaires maritimes sous l’autorité d’un seul commissaire est aussi perçue comme un recul par les écologistes.

Sous l’administration précédente, l’Environnement avait son propre commissaire, Janez Poto?nik. Avec Karl Falkenberg, celui-ci avait donné l’impulsion au paquet sur l’économie circulaire original.

Roberto Viola, vice-directeur général de la DG Connect, remplacera son supérieur Robert Madelin, qui deviendra conseiller principal pour l’innovation au conseil des ministres de l’Emploi, des Affaires sociales, de la Santé et des consommateurs.

Plafond de verre

Les commissaires ont proposé trois noms de fonctionnaires haut placés qu’ils aimeraient voir devenir leur directeur général, a expliqué la Commission. Jean-Claude Juncker a consulté ses vice-présidents avant de finaliser sa décision quand le processus a commencé en mars. Il a souligné qu’il n’y avait pas assez de femmes haut placées à la Commission.

Selon un communiqué de presse de la Commission, « le remaniement d’aujourd’hui n’a pas pu régler ce problème parce qu’il était limité aux hauts fonctionnaires actuels ».

« Je suis très déterminée à porter le nombre de femmes à des postes de direction à 40 % d’ici la fin de ce mandat », a néanmoins assuré Kristalina Georgieva.

Le départ de Catherine Day signifie malheureusement que l’un des postes les plus influents de la Commission ne sera plus occupé par une femme. Elle avait été nommée en novembre 2005 par José Manuel Barroso et était restée afin de faciliter la transition au moment de la prise de fonctions de la nouvelle Commission.

Malgré les louanges que lui a adressées Jean-Claude Juncker, Catherine Day n’était pas extrêmement populaire et était souvent décrite comme tirant les ficelles de la Commission, surtout en matière de réglementation sur l’environnement.

Contexte

La Commission européenne est divisée en plusieurs départements, appelés directions générales (DG).Chaque DG s'occupe d'un secteur et est dirigé par un directeur général.

Le plus haut fonctionnaire de la Commission est le secrétaire général. Le 24 juin 2015, un remaniement des directeurs généraux a été annoncé suite à la prise de fonctions de la nouvelle Commission en novembre dernier.

Prochaines étapes

  • 1er septembre : Date d’entrée en fonctions de la plupart des nouveaux directeurs généraux.

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